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Pour les fétichistes de la pâte à papier, disponible en librairie :

Ce blog comprend plusieurs parties: tout d'abord une série d'articles qui peut vous permettre de mener à bien l'écriture d'un roman. Libre à vous de suivre ou pas les conseils que vous y trouverez. Il n'y a pas de recette miracle. Il a y cependant un certain nombre de choses à éviter qu'il est utile de connaître avant de se lancer dans une telle entreprise. Aucune langue de bois ici, mais plutôt une vision de la problèmatique, certes parfois très colorée, mais qui a le mérite de la franchise.
 
Ensuite, la possibilité pour l'auteur en devenir de déposer des textes courts afin que les internautes donnent leur avis ("Avis sur texte")
Enfin, des articles traitant de l'actualité littéraire, vue sous un angle original (ou qui tente de l'être).

Nous attendons évidemment vos réactions.

Aloysius Chabossot 


Bouche à oreille

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Mercredi 19 mars 2008

Le Salon du livre, c’est un peu comme le salon de l’agriculture, sauf que les produits du terroir sont remplacés par des livres, et les bovidés/ovidés parqués dans des étables de pacotilles par des auteurs assis à des tables, occupés à griffonner sur la page de garde de leur chef d’œuvre des choses absconses destinées à des personnes qu’ils ne connaissent même pas.
Cette vision à la froideur clinique mais néanmoins frappée au coing du bon sens m’est tout simplement dictée par une pratique assidue dudit salon durant de longues années. Néanmoins, cette fois-ci cet événement mondain revêtait un caractère inédit et puissamment euphorisant dans la mesure où je me trouvais pour la première fois à la place de la vache placide qui meugle en regardant passer les badauds.
J’arrivais donc sur les coups de 14h, accompagné de la pétillante Victoria Canard qui m’avait fait l’honneur de sa lumineuse présence, et me dirigeais vers l’entrée VIP, brandissant à qui voulait la voir la fameuse carte d’accréditation sur laquelle étaient inscrites en lettres capitales : « Professionnel ». Avisant une file d’attente longue comme un bras de mer, je glissai à Victoria : « Vous allez voir, grâce à mon passe-partout de professionnel, nous allons passer devant tous ces manants ! » Et je partais aussitôt dans un rire démoniaque dont certains se souviennent encore, les poils du coup tout hérissé et la peau de poulet sur les bras.
En fait, non. Il s’agissait de la queue des professionnels, que nous rejoignîmes, contraints et la tête basse, un peu honteux de nous être gaussés du bas peuple dont – il fallait s’y résoudre - nous faisions bel et bien partie.
Je vous passe les détails (le monsieur de la sécurité refusant obstinément  de laisser entrer Victoria sous le fallacieux prétexte qu’elle n’avait pas d’invitation, j’ai dû traverser tous le salon en courant pour lui en trouver une) nous finissons par arriver sur le stand Milan, où je prends place à ma table, une pile de mon ouvrage soigneusement rangée devant moi.
Et puis j’attends…
Comme il fallait s’en douter, la patience de Victoria Canard atteint rapidement ses limites et c’est comme hypnotisée qu’elle se dirige vers la boulangerie « Chez Paul » que la providence a eu soin de placer à quelques enjambées de notre stand.
Sur ces entre faits une demoiselle se présente à moi (dont hélas, trois fois hélas, j’ai oublié le nom) et sort de son sac un exemplaire de mon ouvrage. Inquiet je m’enquiers de savoir si elle l’a volé, mais elle me rassure aussitôt : elle l’a acheté il y a quelque temps déjà, et l’apporte exprès pour que je gribouille dessus.
« Voilà une séance de dédicace qui commence bien » me dis-je. Las, Victoria revenue entre-temps de son expédition boulangère me glisse à l’oreille que Marc Lévy, Anna Gavalda et Harlan Coben viennent d’arriver (ils sont drôlement bien renseignés chez Paul). En quelques minutes, les travées se vident et ne restent bientôt plus, en guise de chaland, que quelques papiers gras mollement agités par l’air conditionné. Connaissant le peu d’intérêt que les papiers gras portent en général aux séances de dédicace, je me dis cette fois-ci que l’affaire est bien mal engagée. Contre toute attente, deux jeunes hommes, l’air cependant soupçonneux, marquent un arrêt devant ma table. Désignant la couverture du livre, l’un d’eux demande sur un ton suspicieux : « C’est sérieux ?» A peine ai-je le temps de déclamer la première phrase de mon argumentaire que Victoria s’écrie, la bouche pleine de sandwich jambon-gruyère : « Ché vachement drôle ! ».Les deux la regardent… puis se regardent.
Puis nous tournent le dos et se dirigent d’un pas dédaigneux vers le stand de Pif-Gadget qui propose des abonnements tout à fait compétitifs à l’occasion du salon.
J’émets prudemment quelques doutes quant à la pertinence de cette intervention, mais Victoria n’en n’a cure et continue, imperturbable, de dévorer son sandwich.
Le temps s’égrène lentement…
Une dame me sort des ma torpeur en me secouant l’épaule : « Dites, c’est pour les enfants, ce livre ? », mais un grossier personnage lui passe devant et demande à brûle-pourpoint : « Vous pouvez m’indiquer le stand de Marc Lévy ?». Poliment je lui réponds que non, mais que je peux lui indiquer l’accueil qui pourra lui indiquer où se trouve le stand de Marc Lévy.  Je m’apprête à me rendormir lorsque qu’une annonce retentit dans les haut-parleurs du salon « En raison d’une vérification technique, nous prions nos aimables visiteurs de se diriger vers la sortie la plus proche ». Dans un éclair de lucidité salvateur, je comprends sur-le-champ que cette prétendue « vérification technique » n’est rien d’autre qu’une terrifiante alerte à la bombe, et qu’on va tous mourir. Mu par un admirable instinct de survie, je prends Victoria Canard par le bras et nous courrons ainsi durant 50 minutes en direction de la porte de Versailles, avant de nous réfugier dans une sanisette Decaux juste à côté du périphérique. Vers 21 heures, estimant que le risque est suffisamment éloigné, je risque une tête à l’extérieur. Tout paraît normal. Lorsque je veux informer Victoria Canard que nous sommes enfin hors de danger et que nous pouvons rejoindre en toute quiétude la bouche de métro la plus proche, je m’aperçois qu’elle a disparu.
 

Elle refuse depuis de me parler, et j’ai appris par hasard qu’elle allait se rendre le week-end prochain au salon de l’érotisme avec un certain Maurice S.

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  Impossible de repartir avec une lampe, elles étaient vissées aux tables.

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Trêves de plaisanterie, un grand merci à tous ceux qui sont venus me voir :

 

-         Inconnue (si vous passez dans le coin, rappelez-moi votre nom !)

Antonia (qui fréquente le site, mais n'ose pas poser de commentaire... Allez Antonia, lancez-vous !)

-         Guiseppe Salamone (merci encore pour le café !)

-         Mélodie (qui ne connaissait pas le livre avant de venir au Salon !) (Mélodie et non pas Mélody... Merci Victoria...)

-         Stéphane Lavaud (le seul, le grand, l’unique)

-         François Martini, romancier (son site : http://fr.martini.free.fr/livres/index.html)

-         Lucile (qui n’a pas été sélectionnée pour un concours de nouvelles, mais qui le sera sûrement pour le prochain !)

-         - Sébastien Fritsch, romancier (« le sixième crime », « le mariage d’Anne d’Orval »)

http://sebastienfritsch.canalblog.com/

 

Je sais qu’il y en a eu quelques autres, mais ma mémoire brinquebalante me fait défaut. N’hésitez pas à vous manifester !

 

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Mercredi 12 mars 2008

Monsieur Chabossot, cher Aloysius,

J’ai une ambition dans la vie : devenir une grande vedette, comme par exemple Tatiana de l’Ile de la tentation. Seulement j’ai passé le casting pour la prochaine saison et ces idiots ils n’ont pas voulu de moi à cause de mes lunettes à double foyer et mes moustaches. Ils sont trop nuls, c’est pourtant ce qui fait tout mon charme, enfin c’est ce que dit Monsieur Brissot, le gérant de la station-service à côté de chez moi, qui s’y connaît bien en esthétique vu qu’il a déjà organisé deux concours de ticheurt mouillé à la salle des fêtes du village (je devais y participer mais au dernier moment Monsieur Brissot m’a dit que je pouvais pas parce qu’il y avait plus d’eau, c’est rageant !). 

Bon alors je me suis dit que si de ce côté-là ça marchait pas, il fallait que je trouve autre chose de moins dur pour devenir célèbre. J’ai beaucoup réfléchi pendant que je coiffais Madame Gimbert au salon et j’ai finalement trouvé : je vais devenir écrivain de livre. Parce que j’ai remarqué que presque tout le temps les écrivains sont largement moins beaux que moi, et souvent carrément moches, alors il n’y a pas de raison pour qu’ils réussissent et puis pas moi. Par exemple, vous, quand on regarde votre photo sur le blog, sans vouloir vous vexer faut bien dire que vous faites pas vraiment envie, et d’ailleurs si vous voulez un conseil, vous présentez pas à un concours de ticheurt mouillé, vous avez aucune chance. 

Bon maintenant que mon choix est fixé, que je sais que je vais devenir écrivain, le plus dur est fait, sauf quand même qu’il faut que j’écrive un truc, oui, parce que sinon on risque de dire que je suis pas un vrai écrivain et tout mon plan va tomber par terre. Alors voilà Monsieur Chabossot, si vous pouviez me donner un coup de main ça serait drôlement gentil de votre part. Je vous donne quelques tuyaux pour que vous vous mettiez très vite au travail. Alors je voudrais un livre assez gros quand même, genre 300 pages, écrit petit parce que ça fait staïle et surtout sans image parce que ça fait tartignolle, sauf sur la couverture où il y aura une photo de moi en maillot de bain que M. Brissot à prise à la piscine municipale l’été dernier, qu’est trop bien. Voilà. Bon, pour l’histoire, j’ai pas trop d’idée et je préfère vous faire confiance. Mais quand même j’aimerai bien que dans les héros il y ait Jean Dujardin (parce qu’il est trop beau) et aussi Léonard Caprio (parce qu’il est trop beau). Pour le reste vous faites comme vous voulez, vous avez patte blanche. Ah si ! Quand Même, j’aimerai bien que ça se passe entre Monaco et Clermont-Ferrand, et qu’il y ait deux ou trois scènes de sexe avec Léonard et Jean (mais pas ensemble, hein !) 

Bon, j’attends votre réponse.

Et vu que je suis pas une ingrate, je vous ferai inviter sur le plateau de Fogiel (dès que je le connaîtrai)

Salutations distinguées, 

Caroline Muzoc 
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Chère Caroline, 

Contrairement à ce que vous pouvez penser, j’ai participé à de nombreux concours de ticheurts mouillés dont je suis plus d’une fois sorti victorieux, comme en atteste la série de trophées Marlboro qui trônent fièrement dans mon armoire à souvenir sise en face de mon bureau. Fort de cette expérience, je puis si vous le souhaitez vous prodiguer de judicieux conseils dans un domaine qui, je l’avoue modestement, n’a plus de secret pour moi (en voici un pris au hasard, juste pour le plaisir : n’oubliez pas de vous munir d’une bouteille d’eau avant de concourir).

 En revanche il va m’être difficile, en dépit de la belle éloquence dont vous avez su parer votre demande, de vous aider dans votre quête, car je dois absolument classer ma collection de timbres et surveiller une tarte aux pommes que je viens de mettre au four. Mais pourquoi ne pas essayer par vous-même ? Les éléments que vous me fournissez sont amplement suffisants pour rédiger un solide roman, qui plus est de 300 pages écrites petit.
 
 Puisque vous m’êtes sympathique (alors que, vous le noterez, je n’ai même pas encore vu votre photo en maillot de bain) voici une petite trame sur laquelle vous allez pouvoir broder à l’envie :
 
Jean et Léonardo, deux sympathiques SDF cocaïnomanes de Clermont-Ferrand décident, afin d’échapper à l’IGF, de rejoindre Monaco en stop. A la sortie de la ville, ils sont pris par un agriculteur en retraite et en 4L qui les dépose à Saint-Flour en passant par la R11 (c’est sans doute la partie la moins intéressante de l’histoire).
Nous les retrouvons ensuite marchent la tête basse et le moral en cale sèche le long d’une route poussiéreuse, le pouce mollement tendu en direction de la circulation impassible. Soudain, une Lamborghini rouge s’arrête à leur hauteur dans un crissement de pneu assourdissant. Il s’avère que la luxueuse voiture est conduite (à tour de rôle) par deux sœurs siamoises nymphomanes qui entreprennent sans plus attendre de réviser l’intégrale du Kama Sutra avec nos deux acolytes (tout en gardant un œil sur la route).
Chemin faisant, cahin caha, ils finissent par arriver à Monaco. Nos deux compères décident séance tenante de s’infiltrer dans l’armée de la principauté et d’en corrompre les plus hauts dirigeants en leur offrant des barres chocolatées. Fort du soutien de leurs nouveaux amis, ils font un putsch, renversent Albert de Monaco et prennent sa place sur le trône. Grâce à la caisse noire du Palais, ils importent un prestigieux chirurgien de Buenos Aires qui va opérer les siamoises afin de leur rendre une vie normale. L’opération est une réussite, mais les ex-siamoises n’ont plus qu’une jambe chacune pour se déplacer, et l’une d’elle tombe dans le grand escalier du palais en se brisant le coup. Fou de douleur, Jean tente de suicider en fondant le Parti Communiste Monégasque (PCM). Le chirurgien argentin, avec toute la puissance de conviction de son BAC+5 le ramène in extremis à la raison. Par la même occasion il lui apprend qu’il va prochainement changer de sexe, et Jean promet de tomber fou amoureux de lui dès qu’il s’appellera Carlotta.

L’histoire s’achève sur le mariage en grande pompe de Jean et Carlotta et de Léonardo et le morceau de siamoise qui reste.

En espérant vous avoir été utile, 

Votre AC 

PS : N’oubliez pas de m’envoyer votre photo.


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 Il semblerait que cette photo soit un faux grossier,
sinon comment expliquer l'absence de lunettes à double foyer ?

 

 

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