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Présentation

Pour les fétichistes de la pâte à papier, disponible en librairie :

Ce blog comprend plusieurs parties: tout d'abord une série d'articles qui peut vous permettre de mener à bien l'écriture d'un roman. Libre à vous de suivre ou pas les conseils que vous y trouverez. Il n'y a pas de recette miracle. Il a y cependant un certain nombre de choses à éviter qu'il est utile de connaître avant de se lancer dans une telle entreprise. Aucune langue de bois ici, mais plutôt une vision de la problèmatique, certes parfois très colorée, mais qui a le mérite de la franchise.
 
Ensuite, la possibilité pour l'auteur en devenir de déposer des textes courts afin que les internautes donnent leur avis ("Avis sur texte")
Enfin, des articles traitant de l'actualité littéraire, vue sous un angle original (ou qui tente de l'être).

Nous attendons évidemment vos réactions.

Aloysius Chabossot 


Bouche à oreille

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Jeudi 22 mai 2008

Quoi de mieux pour appréhender l’insondable mystère de la création et, tant qu’on y est,  les sinueux arcanes de l’écriture, que l’analyse méticuleuse d’un grand texte de la littérature française ? (Ne vous fatiguez pas à répondre, personne ne vous écoute).
J’avais initialement pensé aux « Misérables », mais c’était un peu long, aussi me suis-je rabattu sur « Héléne », le chef-d’œuvre inégalé du plus grand poète hockeyeur canadien de tous les temps, à savoir Roch Voisine.
Commençons sans plus attendre s’il vous le voulez bien (si vous ne le voulez pas, attendez encore un peu, mettons 30 minutes. Au-delà, inutile d’insister, passez à autre chose).

 

Héléne

Le titre laisse à penser que la chanson s’adresse à une jeune personne de sexe féminin. La suite confirmera cette impression.

 

Seul sur le sable les yeux dans l'eau

Quelques mots suffisent pour planter le décor, installer une ambiance, et on visualise instantanément Roch, agenouillé sur le sable, à la recherche de ses yeux tombés dans l’eau, on ne sait à la suite de quelle malencontreuse manœuvre.

 

Mon rêve était trop beau

Quel était donc ce rêve mystérieux ? Explorer les fonds marins sans mouiller son maillot de bain en jetant ses yeux dans l’eau ? A ce stade du récit, toutes les supputations sont permises, et l’auditeur,fasciné,  se perd en conjectures.

 

L'été qui s'achève tu partiras

A cent mille lieux de moi

Roch nous remet bien vite dans le droit chemin en glissant un indice capital. Il semblerait donc que le rêve trop beau concerne très directement une personne qui selon toute probabilité, pourrait être la Hélène du titre. Difficile cependant de l’affirmer avec certitude puisqu’il utilise le tutoiement. Un moment j’ai pensé qu’il s’adressait à moi, mais ce n’est pas possible, je n’ai jamais fréquenté Roch Voisine en été. Mettons alors qu’il s’agisse bel et bien d’Hélène, sans doute une surveillante de plage ou une vendeuse de beignets à la criée qui, une fois la saison terminée, prend l’avion pour retourner dans sa maison (j’ignore précisément ce que font « 100 000 lieues », mais ça doit être drôlement loin, d’où « ’avion » et non pas « 103 Peugeot » ou « pédalo » ).

 

Comment oublier ton sourire ?

Roch a raison. On peut oublier tout un tas de choses, comme de remettre des sous dans le parcmètre, de prendre sa liste de course pourtant mise en évidence par un énorme magnet « Vache qui rit » sur la porte du frigidaire, de récupérer sa belle-mère à la sortie des WC sur un parking d’autoroute un jour de grand départ en vacances, on peut tout oublier, sauf un sourire (surtout si la personne a une feuille de salade coincé dans les incisives).

 

Et tellement de souvenirs

Pour les souvenirs, Roch fait sans doute allusions aux beignets à moitié prix, ou aux leçons de natation à l’œil dont il a pu bénéficier tout au long de la saison estivale.

 

Nos jeux dans les vagues près du quai
Je n'ai vu le temps passer

On ignore tout de la nature de ces activités ludiques, mais on peut imaginer, vu que le terrain de jeux se situe « près du quai » qu’il s’agissait principalement d’éviter les galettes de mazout qui pullulent généralement à ces endroits. On comprend dès lors qu’il n’a pas vu le temps passer, d’autant que les réjouissances devaient probablement se poursuivre avec une longue séance de décrottage en règle des doigts de pieds maculés de pétrole et autre composant chimiques hautement toxiques.

 

L'amour sur la plage désertée

Le fait que Roch précise une nouvelle fois que la plage était vide de tout touriste en short et en tongs nous conforme dans l’idée d’une récente marée noire, peu propice, comme chacun le sait, aux rassemblements estivaux. Cela prouve, par ailleurs, la force de l’amour qui unit ses deux êtres. Car il faut beaucoup s’aimer pour accepter de se rouler dans le goudron tout en faisant mine d’apprécier l’expérience.

 

Nos corps brûlés enlacés

Evidemment, cette abnégation dictée par l’amour ne va pas sans quelque dommage collatéral.

 

Comment t'aimer si tu t'en vas
Dans ton pays loin là-bas

Là, Roch pose la question essentielle, qui taraude tout amoureux digne de ce nom. Comment aimer quand l’autre est parti, au travail ou au pain, et a fortiori lorsqu’il se trouve à plus de 100.000 lieues de là ? Techniquement cela paraît difficile, même si les progrès de la technologie et des mœurs combinés apportent un début de solution : web cam hot, sex-phone, etc. Pour sa part, Roch n’apporte aucune réponse (car, rappelons-le, il est tout occupé à chercher ses yeux tombés au fond de l’eau).

 

Hélène things you do make me crazy bout you

Pourquoi Roch introduit-il soudainement dans son texte l’usage d’une langue étrangère ? Effet gratuit ? Simple fanfaronnade de l’artiste désirant faire étalage de son parfait bilinguisme ? Pas du tout, Cette pratique audacieuse a de toute évidence pour fonction de « crypter » un tant soit peu des propos sans doute jugés un peu trop polissons par leur auteur. Une traduction s’impose : « Hélène, les trucs que tu fais me rendent fou à ton endroit ». On l’aura compris, la dénommée Hélène a tout d’une sacrée gourgandine pour laquelle, on peut le supposer, le tourniquet bulgare et la brouette tonkinoise n’ont plus de secret. Et l’on comprend mieux dès lors la réticence de notre ami hockeyeur à l’idée de la voir partir.

 

Pourquoi tu pars reste ici j'ai tant besoin d'une amie

Visiblement, Roch ne s’est absolument pas préparé à une abstinence qui semble pourtant aussi inéluctable que prévisible . Là où l’on réalise la pureté et la profondeur de ses sentiments, c’est qu’il n’a même pas l’idée de penser que des vendeuses de beignets, il y en a encore un paquet jusqu’à la fin du mois de septembre, et des drôlement girondes, en plus. Pas certain cependant que toutes acceptent de se rouler dans le mazout.

 

Hélène things you do make me crazy bout you

Voir plus haut. (Cette Hélène a vraiment l’air de valoir le coup)

 

Pourquoi tu pars si loin de moi
Là où le vent te porte loin de mon cœur qui bat

En bon poète, Roch est persuadé qu’Hélène, pour rentrer chez elle, va se poster à un endroit bien dégagé avec ses valises, et attendre que le vent vienne la chercher pour la déposer devant sa cage d’escalier. Dans la vie réelle, les choses ne se passent pas comme ça, ce qui est dommage d’ailleurs, car avec le vent pas de problème d’attente interminable à la douane de l’aéroport. Pas de Duty free non plus, il est vrai.

 

Hélène things you do make me crazy bout you

Voir plus haut (Bon sang ! Mais cette Hélène est un véritable démon !).

 

Pourquoi tu pars reste ici reste encore juste une nuit

Visiblement, il suffit d’une petite nuit supplémentaire pour que Roch fasse définitivement le tour de la question et qu’il n’y revienne plus. Pour Hélène cette demande doit être aussi humiliante que décevante, elle s’attendait tout de même à un peu plus de classe de la part d’un hockeyeur canadien. En fait, nous supputons, car présentement la chanson ne dit pas quelle fût la réaction d’Hélène. Au lieu de cela, Roch préfère parler de lui, encore et encore,et pleurnicher complaisamment sur sont sort. Et vu que son imagination est plutôt limitée, il recommence tout au début :

 

Seul sur le sable les yeux dans l'eau
Etc, etc, etc.

 
Roch en vérité n’est qu’un bel égoïste (doublé d’une grosse feignasse).

Hélène, je t’en prie, si tu me lis, entre vite en contact avec moi pour me raconter comment tout cela s’est terminé. As-tu cédé aux impérieux désirs de cet homme sans scrupule ? Comment s’est passé le voyage de retour?As-tu pensé à acheter deux cartouches de cigarettes et un litre d’alcool fort au Duty Free de l’aéroport ?

 

Roch cherche ses yeux

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Mercredi 16 avril 2008


 


Voilà donc, habillés comme il se doit des scintillants atours de la rigueur scientifique, les résultats du grand sondage récemment lancé ici même.

Je tiens d'ores et déjà à remercier chaleureusement les 154 personnes qui ont cru bon prendre sur leur temps de loisirs afin de cliquer sur l’une des 7 réponses proposées à la question « Qu’écoutez-vous lorsque vous écrivez ? », et j’imagine avec un effroi rétrospectif l’irréductible dilemme qui a pu parfois s’emparer d’elles lorsqu’il leur a fallu choisir entre « du trash-speed-metal » et « l’intégrale d’Annie Cordy remastérisée en 48 bits » (c’est toujours le problème lorsque l’on possède une trop grande ouverture d’esprit).

Passons si vous le voulez bien à l’analyse des réponses (si vous ne voulez pas, passons plutôt au salon, nous y serons plus tranquilles pour prendre le café).

Partant du postulat que ce qu’on écoute va de près ou de loin influencer notre travail, il est dès lors aisé de tirer quelque enseignement pratique de ce petit sondage. Nous notons de prime abord qu’une majorité, certes relative, écoute avant toute chose le silence (qui lui-même est souvent relatif, surtout lorsqu’on habite à deux pas du périphérique). Ces gens-là ont raison, ces gens-là sont indubitablement sur la bonne voie. En effet, l’idée vous serait-elle venue, jeunes garnements, de passer votre Bac de Français avec un Walkman sur les oreilles ? J’en entends déjà qui s’exclament, au nom de la sacro-sainte inspiration : « Ah oui ! Mais attention c’est pas pareil du tout, le bac de Français c’est du travail, alors que l’écriture, c’est de l’Aaaaaaaaaart » Et ils insistent bien sur le « A » de Art, histoire qu’on comprenne bien à quel point on est à côté de la plaque. Vaste plaisanterie en vérité ! L’écriture est peut-être de l’art, si ça vous chante, mais c’est avant tout un travail ! Pour lequel une concentration maximale est nécessaire. Si vous n’avez pas conscience de cela, vous vous exposez à de terribles désagréments que nous allons découvrir bientôt…

Poursuivons avec le deuxième du classement. « Vos envies », avec 27,92% de votes. Ce résultat tout a fait honorable prouve une fois de plus qu’une part non négligeable des personnes interrogées répondent la plupart du temps absolument n’importe quoi. Car effectivement, on n’écoute pas ses envies, du moins pas avec un lecteur de CD ou un iPod. Il était donc grotesque de choisir cette réponse, et je m’empresse de préciser que la sévérité de mon jugement n’est en rien altérée par le fait que c’est moi qui aie rédigé le sondage en question.

Passons vite au troisième, car je sens que mes nerfs me lâchent.

Ainsi, 13,63% des écrivains en devenir écoutent du « trash-speed-black-metal ». C’est une véritable surprise, d’autant que j’ignorais jusqu’à présent l’existence d’un tel style musical, qu’on imagine intuitivement pour le moins vigoureux et un tantinet brutal, tant dans la forme que dans le fond. Forcément, la question se pose : peut-on, en écoutant du « trash-speed-black-metal » écrire autre chose que « AAAAAAAAAAAAArrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrgggggggggggggg RRRReuuuuuuuuuhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh NNNiiiaaaaaaaaaaaaaaaaaaarrrrrrrrrg… » (si vous êtes dans ce cas de figure et que vous souhaitez répondre, n’hésitez pas à laisser un commentaire ci-dessous. Abstenez-vous toutefois d’écouter votre musique préférée en le rédigeant).

Nous découvrons ensuite que 9,74% écoutent l’Adagio d’Albinoni. Mais il est fort possible, à l’heure où j’écris ces lignes, que le chiffre soit tombé à 4, voire à 3%. Car il est scientifiquement prouvé que l’écoute répétée de cette œuvre musicale entraîne des ouvertures compulsives de fenêtres, de veines et de robinet de gaz. Un conseil donc, réservez plutôt cette chose à la rédaction de votre testament, à condition que vous n’ayez ni trop de biens ni trop de famille : le temps vous ferait défaut et on se battrait chez le notaire pour savoir, en définitive, à qui reviennent les couverts en argent hérités en leur temps de la tante Yvette (celle qui avait de la moustache et qui sentait le café au lait).

Quelle n’a pas été ma stupeur de découvrir que 7,14% des écrivains fréquentant ce blog écoutaient NRJ, cette sympathique radio dont le seul but avoué a toujours été l’élévation des âmes de notre belle jeunesse. Voilà en vérité une nouvelle proprement incroyable et tout à fait encourageante pour l’avenir de la littérature française. Pour être honnête, je pensais qu’une seule personne aurait coché cette case : Victoria Canard. Mais c’eût été de sa part une boutade, car Victoria n’écrit pas (ou alors elle me l’a caché…) sinon des mails, sauf en ce moment, du moins pas à moi… Mais c’est une autre histoire !

A l’inverse, j’ai du mal à cacher ma déception face aux pauvres 3,24% que recueille « Mes voisins qui s’engueulent ». Pourtant quel formidable gisement fictionnel que ces prises de bec à jet continu, entrecoupées de claquement de talons hystériques sur le plancher et de vaisselles brisées sur le mur. Bon, évidemment, si le jet est vraiment continu, ça finit par énerver, et alors là, adieu l’inspiration, bonjour les idées de meurtre. Une solution que vous suggère amicalement : passez-leur, en continu et à très fort volume, l’Adagio de Machin-Chose (en ayant bien sûr pris soin de vous équiper de bouchons phoniques efficaces).

Lanterne rouge du classement, nous trouvons l’intégrale d’Annie Cordy remastérisée en 48 bits, qui recueille un piteux 2,59%. Le plus stupéfiant n’est pas tant ce chiffre ridicule qui tutoie dangereusement le score de Marie-Georges Buffet aux dernières élections présidentielles que le terrifiant constat suivant : 2 personnes sur 154, en âge de lire et écrire à peu près couramment, écoutent Annie Cordy, et qui plus est, son intégrale. Alors que, vous en conviendrez aisément, un bon « Best of » aurait largement fait l’affaire (La pétulante fantaisiste d’origine belge n’a pas produit que des chefs d’œuvres, surtout dans les années comprises entre 1978 et 1991, que les spécialistes (ceux qui font autorité, pas les autres) s’entendent pour qualifier – à juste titre – de « période noire » de l’artiste).

Je vous embrasse tous sur le front et vous dis « A bientôt ! »

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