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Pour les fétichistes de la pâte à papier, disponible en librairie :

Ce blog comprend plusieurs parties: tout d'abord une série d'articles qui peut vous permettre de mener à bien l'écriture d'un roman. Libre à vous de suivre ou pas les conseils que vous y trouverez. Il n'y a pas de recette miracle. Il a y cependant un certain nombre de choses à éviter qu'il est utile de connaître avant de se lancer dans une telle entreprise. Aucune langue de bois ici, mais plutôt une vision de la problèmatique, certes parfois très colorée, mais qui a le mérite de la franchise.
 
Ensuite, la possibilité pour l'auteur en devenir de déposer des textes courts afin que les internautes donnent leur avis ("Avis sur texte")
Enfin, des articles traitant de l'actualité littéraire, vue sous un angle original (ou qui tente de l'être).

Nous attendons évidemment vos réactions.

Aloysius Chabossot 


Bouche à oreille

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Dimanche 6 avril 2008

Je fais partie de ceux qui pensent (nous sommes 47) qu’il existe une chanson adaptée à chaque occasion de la vie,  que cette  occasion soit triste ou gaie. Et lorsque nous écoutons cette chanson, au hasard d’une programmation radiophonique ou dans un supermarché de banlieue, elle contribue comme par magie à regonfler d’espoir notre petit cœur d’enfant (ou à le gonfler encore plus, c’est selon). Pour ne vous citer qu’un exemple, il m’est arrivé une fois, il y a bien longtemps, de perdre sur une plage du sud de la France une bonne amie prénommée Aline (en fait, je m’étais endormi sous le parasol et lorsque je me suis réveillé, elle n’était plus là. J’ai appris, mais bien plus tard, qu’elle était partie prendre des leçons de natation avec un de ces gommeux bodybuildés et imberbes qui se font pompeusement appeler « maître-nageur ». Le plus étonnant dans cette histoire est qu’elle se piquait d’être vice championne de la Creuse en 400 mètres nage libre. J’ai parfois du mal à suivre la logique féminine).
Inquiet, je pars bien évidemment à sa recherche, et bientôt ma quête me mène devant la pizzéria-friterie de la plage, plaisamment nommée « Chez Luigi », au moment précis où le juke-box qui équipait cet endroit se met à jouer « Aline », du grand chanteur néo-romantique Christophe. Là, pétrifié par l’émotion, je reste, les bras ballants, les pieds tremblotant dans le sable, à écouter les paroles, tandis qu’un caniche abricot, ayant probablement confondu mon mollet avec un réverbère, entreprend de se soulager sur mes tongs achetées de la veille…
Bon, je réalise que ce n’est pas un bon exemple, vu que juste après j’ai voulu me suicider en tentant de m’introduire dans le four à pizza de chez Luigi.
Je pense cependant que vous avez compris le principe.
Mais il arrive parfois que pour une occasion donnée, on soit impuissant à la trouver, cette fameuse chanson. Pourtant on sait qu’elle existe (enfin, les 46 qui pensent comme moi savent qu’elle existe). Elle est là, tapie quelque part au fond d’un garage, sous la forme désuète d’une galette de vinyle noir, ou encore pire, étalée sur une musicassette  poussiéreuse se languissant dans la boite à gants d’une Simca Gordini… Elle est peut-être là, à deux pas (mon voisin à une Simca Gordini). Mais comment le savoir ?
Et puis un jour, alors que l’on espérait plus, elle apparaît, au détour du hasard, et sa puissance évocatrice que l’outrage du temps a miraculeusement épargnée (en général c’est un vieux machin) submerge votre âme et s’empare de votre corps( surtout si la musique est entraînante).
C’est précisément ce qui m’est arrivé il y a peu.
Voilà, un jour, j’étais au téléphone depuis une petite heure avec Victoria Canard, occupé à l’entretenir de ma passion pour les renoncules (comme vous les savez, la renoncule est un genre de plante herbacée, annuelle ou vivace, de la famille des Renonculacées qui regroupe près de 1 500 espèces à travers le monde, c’est absolument fascinant) lorsque soudainement elle me raccroche au nez… Interloqué, à la limite de l’hébétude, je fixe mon combiné le regard empli d’une légitime incompréhension. Il est vrai que Victoria Canard possède son petit caractère, mais tout de même ! Pourquoi tant de haine ? Je raccroche le téléphone et me mets à tourner en rond autour de ma table de salon. « Bon sang » me dis-je à moi-même, mais pas trop fort pour ne pas me réveiller, « Bon sang, il doit exister une chanson sur le raccrochage au nez qui serait sans doute à même de m’indiquer la voie à suivre dans cette terrible épreuve… Oui, mais où ? »
Cette quête infernale, mes amis, a duré un an. Douze longs mois durant lesquels j’ai vécu un véritable calvaire : je ne mangeais pas, je ne dormais pas, je  ne regardais plus la télé, à part « Question pour un champion ». Et puis un beau jour, alors que je m’étais résolu à devenir une loque humaine (j’étais à deux doigts de m’inscrire à l’UMP), la délivrance arriva enfin, le sauveur s’appelait Frédéric Chawa. Ne me demandez pas qui est Frédéric Chawa. Eventuellement demandez-lui directement. Mais sait-il lui même qui il est ? Mais trêve de balivernes philosophantes, passons à l’essentiel.
Sur une musique dont l’apparente rusticité contribue  à magnifier le propos en lui offrant un écrin de bois brut (avec de-ci de-là quelques échardes), Frédéric Chawa venge définitivement en deux petites minutes toutes les personnes ayant été victime un jour ou l’autre d’un raccrochage au nez. Et c’est le cœur serré et les yeux révulsés par l’émotion que nous entonnons avec lui la question qui taraude chacun d’entre nous : « Mais qu’est-ce que c’est ces façons-là ? »

 

Pour écouter "Ne raccroche pas", cliquez sur ce téléphone.

 


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Samedi 29 mars 2008

Face à la demande générale (une personne) j'ai décidé d'ouvrir une nouvelle rubrique, "le coin du musicologue". Certains diront que tout cela n'a que peu à voir avec l'écriture d'un roman. Certains auront sans doute raison. Mais certains ne sont pas obligés de lire, et peuvent passer leur chemin d'un air dédaigneux. Pour tous les autres (au moins une personne, donc) : bienvenue dans cette nouvelle rubrique !


Le 19e siècle a eu Arthur Rimbaud, les années 80 Rony Emanuel.
Rony, Belge de naissance, a commencé très tôt sa carrière, sans doute pour disparaître plus vite. Et force est de constater que, dès 1981, on perd sa trace une bonne fois pour toute. Est-il, à l’instar de son illustre prédécesseur, parti en Ethiopie revendre des armes aux autochtones, où s’est-il plus modestement reconverti dans la gérance de superette aux envions d’Anvers… Nul ne le sait.
C’est bien dommage, car « Disco laser » laissait présager d’une belle carrière. Un peu comme s’il était conscient qu’il livrait là son chant du cygne, Rony laisse sans aucune retenue éclater tous ses talents : mélodie envoûtante, paroles qui laissent entrevoir une sensibilité à fleur de peau, le tout enveloppé d’une rythmique implacable et littéralement hypnotisante.
Rony chante les déboires amoureux du laideron acnéique au cœur trop tendre qui convoite la plus belle fille de la soirée (alors qu’il aurait été plus simple, et sans doute plus efficace de convoiter un laideron acnéique de sexe féminin, cela existe). Las, la belle ne cesse de jouer l’indifférente tout en tournoyant tel un derviche sur la piste de danse illuminée. Pourtant, Rony avait sorti le grand jeu en lui proposant de lui offrir un café crème (il avait économisé la monnaie du pain spécialement pour l’occasion). Mais rien n’y fait, et Rony se retrouve seul et stupide au milieu de la piste de danse. Toutefois, contre toute attente, la demoiselle sans doute prise de remords accepte finalement de rire et de danser avec notre héros, en lui précisant cependant qu’elle ne l’aime pas. Rony, bon bougre dans le fond, semble s’en contenter, et la chanson s’achève somme toute sur une note d’optimisme bienvenue et relativement euphorisante pour tous les laiderons acnéiques au cœur trop tendre.


  Pour écouter, "Disco Laser" cliquer sur cette boule à facettes

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