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2 août 2007 4 02 /08 /août /2007 22:05
(Extrait du roman "Le guerrier maudit")

Birkam n’avait plus qu’une idée en tête, se sortir du guêpier dans lequel il s’était fourré. Cela devenait une habitude chez lui. Chaque fois qu’il partait à la chasse aux kemlals, il manquait se faire tuer ou du moins se faire salement amocher, comme en témoignaient les nombreuses cicatrices qui lui zébraient le corps.
La plus « belle » était celle de sa première chasse, sans doute due à son inexpérience mêlée à l’excitation de son jeune âge. Elle zigzaguait sur son torse, partant du mamelon gauche au ras de son nombril, sur la largeur d’un pouce.
Ce matin-là, en plus de trois côtes cassées, il avait perdu beaucoup de sang et si Ezmira la sorcière ne s’était pas trouvée dans les parages, il y aurait aussi perdu la vie.
Il venait d’avoir 13 ans. Dans la tribu des Walimy, cela signifiait qu’il était en âge de passer les trois épreuves qui le rendraient adulte et feraient de lui un guerrier.
La première était celle du feu. Marcher sur des braises ardentes était déjà un art délicat, mais quand celles-ci surplombaient une falaise d’une centaine de mètres de haut, cela devenait carrément suicidaire.
Beaucoup avaient péri dans cet exercice avant lui, notamment Helguen son meilleur ami, l’année précédente. Lorsqu’il l’avait vu à mi-chemin de sa course basculer dans l’abîme, hurlant sa peur et sa souffrance, il s’était juré de réussir l’épreuve, pour lui.
Mais le moment venu, il lui avait fallu rassembler bien plus de courage qu’il ne l’aurait cru, et acquérir une concentration hors du commun, rythmée par les sons caverneux et répétitifs des tamtams.
Birkam ne saurait jamais que sans les couches de pâte molle issue du Sotys, l’arbre du froid, que sa mère lui avait passé chaque nuit plusieurs semaines auparavant, il n’aurait sans doute jamais réussi cet exploit.
Terrifiées autant qu’indignées à l’idée de perdre leur fils, nombre de mères enfreignaient la loi barbare qui interdisait toute aide extérieure. Helguen, lui, n’avait pas eu cette chance, sa mère était morte en le mettant au monde.

Blotti derrière son rocher, recroquevillé dans une cavité si réduite que son nez en touchait ses genoux, il se remémorait cette journée, y cherchant une solution qui l’aiderait peut être à se sortir de la situation présente.
En vain.
Aïe !!
Un kemlal venait de lui gifler le haut du crâne de sa queue longue et fourchue. Cet animal, guère plus gros qu’un mouton, n’en était toutefois pas moins redoutable. Le corps puissant recouvert d’écailles tranchantes et les griffes acérées aux extrémités de ses pattes avant rendaient la bataille difficile, voire inégale au regard du petit couteau à lame de silex, seule arme dont disposait Birkam ce jour-là.
Le jeune homme tenta de se frotter la tête mais sa position l’en empêcha. Ses deux mains coincées sous ses pieds, il pouvait tout juste espérer se gratter un orteil ou deux si le besoin s’en faisait sentir.
-J’en ai plus que marre de ces bestioles… maugréa-t-il entre ses dents.

Par-dessous un genou, il réussit à entrevoir le kemlal qui venait de le gifler impunément. Son faciès allongé et ses dents aussi jaunes que pointues semblaient le narguer dans un sourire moqueur.
« -Il faut que je trouve un moyen, je ne peux pas rester là une éternité !! »
L’orifice de la grotte était trop étroit pour que l’animal puisse l’atteindre avec un autre membre que sa queue.
Au risque de recevoir une nouvelle baffe, il referma les yeux tenta autant que faire se peut de faire le vide dans son esprit, se concentrant uniquement sur un sens : l’ouïe.
Il y parvint un court instant, assez longtemps cependant pour remarquer que les grouillements sourds avaient cessé. Sans doute lassés par cette proie inabordable, les congénères du kemlal s’en étaient allés chasser ailleurs. Du moins l’espérait-il…
Il rouvrit les yeux pour constater que le dernier encore en course était couché ventre à terre et le regardait fixement.
Ses trois petits yeux minuscules, arrondis et démunis de paupière ne cessaient de bouger en tous sens. Chacun d’eux avait une couleur différente. L’œil de gauche, rouge flamboyant, permettait à l’animal de détecter toute forme de vie dans un rayon de plusieurs kilomètres. Celui de droite, vert émeraude, lui indiquait tout individu mort dans un même rayon. Au centre, avec sa pupille jaune barrée d’un éclair noir, ce dernier lui permettrait de lire à travers vous, de deviner vos pensées, d’anticiper vos réactions imminentes si vous le regardiez en face. Transpercer cet organe était le seul moyen de le tuer.

Birkam s’engourdissait de plus en plus. Le visage toujours plaqué sur les genoux, il parvenait de moins en moins à respirer dans cet espace confiné.
« -Il faut que je me sorte de là, persistait-il à penser. » Mais son cerveau en ébullition mêlé  à son instinct de survie ne trouvaient aucune solution satisfaisante malgré les distances incroyables que parcouraient ses neurones à cet instant. Las de cette condition, il risqua un nouveau coup d’œil extérieur, histoire d’analyser une fois de plus la situation.
L’animal, à présent assis sur son postérieur, semblait attendre patiemment la suite des évènements. Birkam soupira. Tenant fermement son couteau dans une main, il fixa le torse de l’animal.
-Si son torse est là, pensa-t-il en lui-même, son œil central doit être, environ, ici… si je me laisse tomber sur le côté et si une fois dehors je lève le bras gauche assez haut et si je vise bien, je devrais pouvoir l’atteindre… Cela faisait beaucoup de « si » et Birkam savait qu’il n’avait pas droit à l’erreur sans quoi, d’un seul coup de griffe ou de dents, le kemlal l’achèverait illico.
L’arme était dans la bonne main, c’était déjà çà… mais tout son bras commençait sérieusement à s’engourdir ! Il allait devoir faire très vite.
Il repassa une dernière fois le film de son plan dans sa tête et, sans plus tergiverser, rassembla tout son courage et bascula sur le flanc droit hors de sa cachette.
A peine sorti du trou caverneux, il lança son bras en l’air comme prévu. Mais il ne rencontra que le vide et une peur indicible l’envahit aussitôt. D’un bond, il se mit sur ses jambes et fouetta plusieurs fois l’air de son poignard, se protégeant le visage de l’autre bras. Toujours rien. Pas de cible, pas de sang qui gicle ni de cris perçants. Rien. Le néant le plus total. Interloqué, il baissa son bras de garde, le couteau toujours suspendu dans les airs et regarda autour de lui. Le kemlal avait disparu. Tous les kemlals avaient disparu. Partis, volatilisés.
Dérouté et toujours sur ses gardes, il fronça les sourcils, ses yeux scrutant l’horizon et l’ouïe à l’affût du moindre bruit. Rien. Il était seul…
Il se toucha le crâne du bout des doigts. Un peu de sang poisseux collait ses cheveux bruns et un mal de tête lui tambourinait le cerveau et les tempes.
« Foutues bestioles ! » Grogna-t-il à nouveau.
Cependant, quelque chose clochait. Il le sentait, mais ne parvenait pas à déterminer quoi. Il regarda encore autour de lui. Au nord, le vallon verdoyant s’étendait à perte de vue. À l’ouest et à l’est, la forêt, dense et impénétrable. Derrière lui, la montagne rocheuse et se nombreuses cavernes abritant les rapaces à la saison des amours. Tout semblait normal… Et pourtant, il ressentait un étrange malaise.
C’est alors qu’il comprit ce qui clochait dans ce paysage enchanteur. Le silence ! Aucun bruit ne parvenait à ses tympans. Ni bruissement de feuillage, ni craquement de branche ou pépiement d’oiseau, pas même le battement des ailes d’une mouche si tant est qu’il pût l’entendre. Tout semblait figé comme s’il s’était retrouvé dans un décor de cinéma à l’heure de la pause déjeuner. Regardant une dernière fois autour de lui, sceptique, il prit le sentier de terre qui jalonnait à l’est. Il avançait prudemment, levant parfois les yeux au ciel dans l’espoir d’y apercevoir un volatile, ou les abaissant au ras du sol pour y découvrir d’éventuelles empreintes. En vain. Il se décida alors à pénétrer dans l’épaisse forêt et tendit à nouveau l’oreille. Toujours rien !
"Qu’est ce qu’il se passe ici ?" se demanda-t-il, à moitié rassuré.
A peine s’était–il posé clairement la question qu’un grognement sourd attira son attention. Il stoppa net sa marche et attendit un second grognement pour mieux en localiser la provenance. Celui-ci ne se fit pas attendre. La source était environ à cinquante mètres sur sa droite jugea-t-il.
Lentement, il bifurqua dans cette direction et s’approcha délicatement, prenant bien soin de ne pas briser une branche de bois mort sous ses pas. Un vent léger lui faisait face menant à présent une ignoble puanteur à ses narines. Il avança encore de quelques mètres et bien qu’il pensa se trouver au bon endroit, il ne voyait toujours rien. Le remugle était toujours là mais les grognements avaient cessé. Les arbres, hauts, puissants, et pour certains plusieurs fois centenaires pouvaient fort bien dissimuler la « chose »…
Birkam se blottit derrière l’un d’eux et se remit à cogiter. Le soleil commençait à décliner. Il n’allait pas tarder à faire nuit et il était encore loin du village. C’est alors qu’il senti quelque chose lui tapoter l’épaule.
Ploc… Ploc…
Doucement, il tourna la tête. Une petite tache rouge et noire marquait son habit de peau et de chanvre tressé. Lentement, très lentement, il releva la tête et ce qu’il découvrit alors le tétanisa d’effroi et de dégoût.

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Published by Aloysius Chabossot - dans Avis sur texte
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Johan 09/08/2007 19:08

Concernant le style, exercice périlleux dont je suis la première victime, il y aurait beaucoup à revoir. Outre la grammaire et les coquilles, on sent les fautes du débutant qui veut trop bien faire.

En dehors des remarques déjà formulées, j’ai noté :

« Birkam n’avait plus qu’une idée en tête, se sortir du guêpier… » S’il est dans un guêpier et que sa vie est en jeu, comment peut-il avoir autre chose en tête ? Idem pour « -Il faut que je trouve un moyen, je ne peux pas rester là une éternité !! » On s’en doute !

A votre place, j’aurais mis la phrase « Blotti derrière son rocher (…) il se remémorait… » avant cette longue parenthèse sur les 13 ans du héros. Je me suis demandé pourquoi il pensait à tout cela dans le feu de l’action. Attendu que puiser dans ses souvenirs est une solution pour donner du courage et qu’il ne peut rien faire d’autre sur l’instant, ça passe très bien. Sinon, ça casse l’ambiance.

Le « aie » suivi de deux « !! » est assez maladroit. La littérature méprise les onomatopées et interdit ces doubles signes réservés à la BD.

« Un kemlal venait de… » casse une nouvelle fois le rythme, comme tous les « venir de » dans une scène d’action. Suggestion : Birkam est dans ses souvenirs et la queue d’un kemlal vient lui rappeler le présent. Un truc du genre.

Si les kemlals peuvent l’achever à coups de queue, pourquoi ne font-ils pas ?

« En avoir marre de ces bestioles » correspond davantage à des mouches enquiquinantes qu’à des monstres assoiffés de sang.

J’aurais dit : « Il rouvrit les yeux et constata… » plutôt que « pour constater ». Je peux me tromper, mais « pour », sans être faux, fait un peu « dans le but de ».

L’histoire des neurones en ébullition, c’est en trop à mon avis.

Enfin, au dernier chapitre, je trouve bizarre qu’il relève lentement la tête.


L’ensemble me plait, ceci dit. La trame, l’ambiance, le décor et les monstres sont bien trouvés. Et j’aimerais bien connaître la suite.

Pardon pour ces critiques, toujours plus facile quand on lit les autres.

PS. A la troisième personne du singulier, l’imparfait du subjonctif est souvent employé par les auteurs, et n’a rien de pédant ni de loufoque.

Béatrice 09/08/2007 19:01

Edwige, ne négligez pas l'avis de la grande maison d'édition. Avoir obtenu une critique est déjà un bon point. De nombreux auteurs n'ont pas de critique parce qu'ils ne sont pas lus (non pas parce que la grande maison les méprise, mais souvent parce qu'ils ne sont pas très bons). Vous pouvez, me semble-t-il, vous appuyer sur cette critique, même si elle fait mal. Le peuple est comme l'élite, il aime les écritures originales, les scénarios qui sortent de l'ordinaire. Il a le même droit à être surpris que le gratin germano-pratin.
On peut avoir un vrai style sans pour autant exiger le dico tous les trois mots. Il me semble que le questionnement doit être: en quoi ce texte est-il original? différent? Que nous apporte-t-il? qu'a-t-il de plus que les 3000 manuscrits déjà reçus?
Aujourd'hui, je sais très bien pourqoi mon premier manuscrit n'a pas trouvé preneur, même si écrit fort correctement, sans faute d'orthographe ou de syntaxe et avec une histoire ma foi pas si mauvaise (et "bien meilleur que certains qu'on voit" etc).
Par ailleurs, la différence entre rencontrer un éditeur et être imprimé est notable: se confronter à la relecture et à la correction (pas le repositionnement des virgules, mais la prise à bras-le-corps du texte) c'est à quoi doit vous amener un véritable éditeur. Et ce peut être très douloureux pour l'ego. Mais quand l'éditeur fait correctement son boulot...

Edwige 09/08/2007 14:35

N'en déplaise à Mr Blondiau, quand on habite le trou du c.. du monde, on n'a pas forcément un éditeur qui boit le café dans le même bistrot que soi.
J'ai cependant repris l'écriture de mon texte et bouclé le second chapitre.
Un comité de lecture d'une grande maison dont je tairai le nom m' fait comme critique : écriture trop convenue...
C'est vrai, pardonnez moi d'écrire pour les gens du peuple, pour le commun des mortels, pour la femme seule qui s'ennuie...
Il ne m'intéresse nullement d'écrire un livre où le Petit Robert ( voire l'encyclopédie Larousse )serait indispensable pour en comprendre le sens, je n'y vois là aucun intérêt!!!!

Pascal Blondiau 03/08/2007 21:19

Je vais encore faire mon gros méchant, mais Je n'appelle pas ça un éditeur... Un éditeur c'est quelqu'un en chair et en os, que l'on rencontre, avec qui on va boire un verre et on tisse des liens d'amitié et de confiance...surtout dans les petites maisons d'édition, justement !

Tu as rencontré un prestataire de services. Un imprimeur un peu perfectionné...

edwige 03/08/2007 19:52

Oups, à mon tour de faire mea culpa Béatrice...
Je serai bientôt publiée chez Edilivre, une tout petite maison sur le net...
Bien cordialement