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10 septembre 2007 1 10 /09 /septembre /2007 18:58

Vu hier soir (normalement je devrais écrire « j’ai vu… », mais je ne peux  résister à la tentation de me faire passer pour un diariste distingué,  ce genre de personnage qui a « vu » la veille au soir des choses extravagantes et dont le plaisir secret – qui peut s’apparenter à  la masturbation –est d’en retranscrire les moments les plus pétillants dans un style où le détachement feint le dispute à l’élégance raffinée)
Donc, vu hier soir « Les sœurs fâchées » sur France 2, en short sur mon canapé avec un bol de chipsters à portée de main (bon, ça calme tout de suite)
Loin de moi l’idée de me recycler dans la critique de cinéma dont la blogosphère regorge d’abondance (« trop cool ce film, et les effets spéciaux trop forts » etc). Je me contenterai juste de dire que ce long métrage est de toute évidence trop cool, bien que souffrant manifestement d’un budget « effets spéciaux » comparable au PIB de l’Ouzbékistan.
Une fois les considérations cinéphiliques  réglées, abordant enfin le vif du sujet : « Les sœurs fâchées » est, pour tous les auteurs en devenir, une véritable incitation à envoyer des manuscrits aux maisons d’édition.
Je m’explique.
Catherine Frot (enfin, son personnage), provinciale bon teint telle que l’imagine le petit monde du cinéma (anticoupe de cheveux, vêture fonctionnelle, accent du terroir et naïveté à tout crin) « monte à la capitale » avec un double objectif : revoir sa sœur qu’elle a un peu perdue de vue (autant dire que cet objectif, du moins dans le cadre restreint de ce modeste article, ne retiendra pas plus avant notre attention), et se rendre au rendez-vous que lui a fixé un éditeur.
Et c’est là, bien sûr que ça devient intéressant. Vous l’avez compris, même si vous n’avez pas vu le film (si vous l’avez vu et que vous n’avez toujours pas compris, consultez au plus vite) : Catherine, esthéticienne au Mans, a écrit un manuscrit qu’elle a aussitôt envoyé aux maisons qui comptent sur la place de Paris. Résultat : un entretien chez Grasset (on voit la plaque en cuivre sur la porte, briquée de frais au Mirror) dont l’objet véritable semble échapper à tous les protagonistes (mais en fait, c’est pour le suspense !)
Voilà qu’arrive le dernier tiers du film et nous retrouvons  notre Catherine, toujours aussi empotée, enfin reçue par ce que l’on pourrait identifier comme un directeur littéraire (raies sur le côté, veste pied-de-poule, foulard autour du cou), lequel lui fait, après quelques politesses d’usage (« les onze personnes du comité de lecture ont aimé votre roman. Enfin non : certaines l’ont adoré ! »), signer un contrat en bonne et due forme, là, sur le coin du bureau.
Imaginez un peu le bonheur de notre amie mancelle ! Et la surprise des auteurs en devenir qui frisent la crise d’apoplexie devant leur petit écran : Ainsi donc, ça se passe comme ça ! Crénom, mais c’est donc pas aussi compliqué qu’on le dit alors ! Evelyne, sors-moi mon manuscrit pendant que je réserve mon billet de train pour Paris ! Comment ça lequel ? Mais « Le rossignol se cache pour chanter » ! J’en ai pas écrit d’autre de toute façon…
Gageons que dans les jours qui viennent (et les mois prochain, pour ceux qui, portés par une folle espérance, ont commencé le premier chapitre hier soir) les éditions Grasset  et consorts vont devoir faire face à une arrivée massive de manuscrits qu’ils ne sauront, comme d’habitude, pas où ranger.
Bien fait pour eux !


catherine-frot.jpg"Toi aussi, deviens un auteur publié et célèbre grâce à Grasset"

 
EDIT : Faut-il y voir un lien de cause à effet ? Le blog a reçu aujourd'hui deux fois plus de visite que les jours précédents. Dingue, non ?

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Published by Aloysius Chabossot - dans Actualité littéraire
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commentaires

Célia 02/11/2007 11:23

Bonjour,
Merci à vous !
Je suis tombée ici par hasard en cherchant des blogs de critiques ou chroniques littéraires et je tenais à vous féliciter pour votre verve expérimentée, votre ironie. Il n'est pas facile de me dérider : j'ai été lectrice pour deux maisons d'édition jeunesse pendant deux ans et je me souviens d'avoir fait un stage au service manuscrits d'une maison d'édition. Le problème, c'est que la plupart des textes envoyés sont ce qu'on peut appeler "lénifiants", pesants ou trop clichés. Je pense que vous pourriez faire une liste des clichés à éviter avec l'humour qui vous caractérise, ça aiderait pas mal de gens. Enfin, c'était juste une suggestion... Je vais passer pour une ennemie ici. Je voudrais aussi conseiller un livre publié chez Gallimard justement sur ce sujet : Première ligne...

Aloysius Chabossot 02/11/2007 12:10

Mais c'est moi qui vous remercie de votre commentaire !Merci également pour votre conseil : à la vue du résumé, "Première ligne" a l'air effectivement très intéressant. Avis aux amateurs !

Lois de Murphy 19/09/2007 09:01

Morte de rire ! Il n'empêche que cette phrase lancée par l'éditeur j'ai adoré l'entendre, comme d'autres aiment les fins heureuses dans les contes de fées, ce que cette scène représente d'ailleurs, ni plus, ni moins... Ceci dit Grasset va sûrement s'en bouffer les Montblanc :o)

Antoine 17/09/2007 18:30

Là, vraiment, oui, il y a matière à débat !!
Honnêtement, comment pouvez-vous manger vos chipsters dans un bol ?
Je n'imagine pas déguster ces petites saletés sans entendre, chaque fois que ma main les empoigne, le cri glissant du sachet aluminium plastifié se plaignant que je l'écartèle.

Aloysius Chabossot 17/09/2007 18:49

C'est un point de vue respectable. Mais pour ma part, je préfére entendre mes chipsters tintinabuler doucement contre la paroi de mon bol en faïence lorsque, animé d'une juste fringale, je m'en empare. J'allie ainsi les joies de la musique concrète au plaisir gustatif, ce qui , vous l'avouerez bien volontier, n'arrive pas tous les jours.

linka 14/09/2007 08:03

Mince, quelqun l'a déjà dit...mais curieusement, moi aussi j'ai une envie de chipsters là (à 8 heures du mat...) ;)
Comme d'habitude, un réel plaisir de vous lire, suis de bonne humeur pour la journée.

Aloysius Chabossot 15/09/2007 09:40

Surtout après une bonne poignée de chipsters trempée dans un bol de chocolat chaud !

Béatrice 12/09/2007 10:20

Sympathique lecture de bon matin! Je me souviens avoir vu ce film au cinéma et avoir beaucoup aimé ce passage où on lui dit: "Certains n'ont pas aimé, ils ont adoré!". Vous croyez vraiment que c'est exagéré? Ah, ah, ah!

Aloysius Chabossot 12/09/2007 19:16

Non, pas du tout, c'ets la vraie vérité !Bon cela dit, il y a toujours une part de fable ou de simplification dans les films. Cela n'empêche que celui-ci reste très bon, à mon goût bien évidemment.