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6 août 2007 1 06 /08 /août /2007 12:08

Introduction  '' Les damnés de l'olympe''
 
Il s'agit d'une histoire romancée de 350 pages environ ancrée dans les évènements récents dont nous avons été les témoins ces dernières années, à savoir le 11 septembre et ce qu'il nous a fait découvrir de l'Amérique. Lorsque je dis témoin, c'est une façon de parler, parce que nous ici en Algérie nous vivons ces évènements très souvent en direct, à titre d'exemple les derniers attentats.
 
Nous avons eu des flots de mots sur la perspective occidentale et tout spécialement américaine  de ces évènements. J'ai pensé qu'il serait, peut être, interressant de connaître le point de vue de ceux qui sont de l'autre coté de la barrière,  par exemple des gens conne ceux d'Algérie, non que je  veuille défendre le point de vue islamiste, pour beaucoup d'entre nous, ce sont nos pires ennemis,   et c'est justement  là,  me semble t-il,  l'intéret de cette approche, si férocément opposés à l'islamisme, nous n'en trouvons pas moins l'attitude du gouvernement américain révoltante.  
 
Vous imaginez bien qu'avec cette façon de voir, et d'exposer,  je ne suis pas prêt de trouver un éditeur français qui veuille bien  publier ce que j'écris.  J'ai essayé: quatre refus déjà. Mais je continue de proposer mon texte. Inutile de me demander pourquoi je n'édite pas en Algérie. il est des plus certain que par susceptibilité religieuse, citoyenne ou masculine aucun éditeur n'accepera de le faire.
 



Elle peinait quelque peu sur les dernières moutures de son rapport lorsque sa secrétaire, Samira, arriva en trombe dans son bureau.
-Venez, venez voir, cria-t-elle, on a attaqué L’Amérique.
-Attaquée, L’Amérique? Par qui? Elle a reçu une déclaration de guerre de la Chine?
Belinda parlait sans accorder de sens réel à ses paroles. C’était une situation tout à fait inimaginable. Elle pensa que Samira  était tombée  sur un  reportage explorant diverses situations futuristes  qu’elle avait confondues  avec de l’information.-Non, pas la Chine, les Arabes, dit Samira, respirant d’un souffle trahissant une grande excitation.

 

Belinda éclata de rire.  L’auteur du reportage  faisait preuve d’un sens exploratoire des plus fantaisistes. Elle se  souvint  pourtant d’un séminaire de stratégie à Paris, il y avait quatre ans de cela, au cours duquel l’un des participants appartenant à une institution de veille stratégique avait déclaré qu’on les entraînait à simuler toutes sortes de périls, pour lesquels ils devaient imaginer des parades adéquates et le danger le plus simulé, celui considéré comme le plus vraisemblable était celui provenant d’une agression arabe massive. La France devait se préparer à une attaque musulmane susceptible de se déclarer durant la décennie à venir. Une réédition de leur avancée jusqu’à Poitiers, au moment de la conquête arabe dans la première moitié des années sept cent sans doute. Elle avait jugé la préoccupation parfaitement ridicule. Tout un chacun savait que les Ara      bes n’avaient pas les moyens, ni l’envie d’attaquer les Français ou les Américains, du moins en guerre officielle. Ils auraient eu des sentiments belliqueux à assouvir, ils s’en seraient pris depuis longtemps à Israël. Les Palestiniens leur reprochaient suffisamment leur pacifisme.

 

  Cette angoisse  relevait du fantasme, du même registre que celui que l’on peut déceler au fond de soi, en contre sens de toute raison,  d’une attaque en masse, un jour, par une armée d’abeilles, de serpents, de rats ou de cafards. Des peurs irrationnelles qui prennent naissance dans le dégoût que l’on peut avoir  de ces insectes ou de ces espèces dont on craint une démultiplication  envahissante, incontrôlée, à l’image de ce chef de parti français d’extrême droite, xénophobe, qui imaginait publiquement que le milliard actuel de petits chinois industrieux puisse, dans un avenir proche  se transformer en cinq milliard de chinois agressifs aux portes de Paris. 

 

 

  Belinda se leva et alla dans la pièce voisine, celle où se trouvait le poste de télévision. Les personnages sur l’écran  n’étaient pas des acteurs, c’étaient des citoyens anonymes, engagés dans une situation réelle, transmise en direct. Enveloppés d’une épaisse poussière grise ils avaient les yeux  hagards, certains titubaient. Les journalistes parlaient d’un ton incrédule, hébété, rien de comparable avec les voix parfaitement audibles,  froidement professionnelles, à l’articulation soignée et détachée, que l’on pouvait entendre lors de reportages en direct sur les massacres au Rwanda, en Tchécoslovaquie. 

 

-Sait-on ce qui s’est réellement passé? 

-Des avions kamikazes se sont abattus sur le World Trade Center et le Pentagone. 

«Des avions kamikazes ! se dit Belinda, les Arabes faisaient quelques avancées           en la matière ! Jusque là, ils ne s’étaient battus qu’avec leurs corps, si l’on devait s’en tenir à ce qui se passait en Palestine. Pour L’Amérique, pays de la haute technologie, ils étaient passés à un stade supérieur.»

Assise face à son poste de télévision, elle prenait connaissance des derniers évènements. Elle devait se rendre aux États-Unis sous huitaine. La destruction, quelques jours auparavant, des deux tours jumelles de New York par des forces, disait-on,  terroristes  islamistes faisait peser l'incertitude sur l'accueil que lui réserverait la police des frontières à l'aéroport de Washington. De nationalité algérienne, elle devenait forcément suspecte. Elle pensa annuler son voyage, le retarder tout au moins jusqu'à ce que les choses aillent mieux. Sur l'écran de télévision les discours belliqueux se succédaient. L'Amérique partait en guerre et le faisait savoir dans un discours populiste. Légèrement étonnée, elle écoutait sans comprendre.
Elle avait toujours imaginé que le populisme était réservé aux discours des membres des gouvernements successifs que L'Algérie avait pu connaître depuis son indépendance, une culture propre, un pot pourri de religiosité primaire,  de  morale populacière, de vantardise nationale pathétique, une marque de fabrique en somme, qu'elle avait crue spécifique à son pays, mais là elle découvrait que les officiels américains étaient de parfaits disciples, utilisaient exactement les mêmes ingrédients,  Dieu, La Nation, Le Peuple en souffrance virile, les Ennemis Extérieurs. Ils  s'exprimaient avec grandiloquence et vivaient petitement le malheur qui leur était arrivé.
Jusqu'à présent, on n'avait pas vraiment su qui était Georges Bush, le président actuel des États-Unis d’Amérique. Maintenant dans la soif de vengeance qui dévorait les Étasuniens, on découvrait un Gorges Bush à âme de cow boy  qui parlait le langage de son prédécesseur Reagan, acteur de films de séries B avant de devenir président: il voulait Ben Ladden, le terroriste saoudien, que l'on soupçonnait d'être l'auteur des attentats  qui avaient déstabilisé l'Amérique mort ou vif. 
Belinda fixa soudain l'écran sans en croire ni ses yeux ni ses oreilles ! En réponse à la question du journaliste de la B.B.C. qui lui demandait de commenter les évènements, un ambassadeur des États-Unis éclatait en sanglots. Son Excellence ne pouvait articuler un mot, les sanglots étaient le commentaire. L'ambassadeur en larmes disparut de l'écran et le président Bush lui succéda. Dans un langage martial, il annonçait l'état de guerre, on ne savait pas encore exactement contre qui, et dans un style pindarique il échauffait le peuple en moulant de ses lèvres fines, presque inexistantes, les expressions pompeuses de "justice infinie" et  "liberté immuable" dont l’emphase la firent sourire.
En Algérie on avait décapité des bébés de deux mois, on les avait accrochés par des piques aux portes de la maison de leurs parents, en ville ou au marché on partait en morceaux sous les bombes, on égorgeait à tour de bras à chaque tombée de crépuscule et cela depuis des années. Aucun ambassadeur n'avait jamais pleuré et aucun président n'avait jamais fait de discours enflammé sur le sujet. Elle jugeait la réaction des États-Unis inédite, pour tout dire de mauvais goût. On lui avait toujours appris qu'il fallait rester digne et mesuré dans le malheur et dans ces pleurs de diplomate, ces remous patriotiques, cette sensiblerie larmoyante, cette cacophonie médiatique, ces appels d'harangueurs de foire à la vengeance, ces mines de journalistes étrangers, profondément attristées, de circonstance,  comme si, coincés par les bonnes manières, ils se devaient d'assister à l'enterrement du voisin, elle n'entrevoyait pas beaucoup de dignité. Elle se rappela que l'élégance n'était pas toujours le fort des Américains, qui, pour beaucoup d'entre eux,  elle avait eu l’opportunité de le constater, ne détestaient rien plus que la finesse des propos, des attitudes et des idées. 
Fatiguée, elle éteignit son poste de télévision. Elle en avait vu et entendu suffisamment pour se faire une juste opinion de l'atmosphère qui prévalait en ce moment aux États-Unis. Elle appela le cabinet de conseil en management Axe One chez lequel elle devait se rendre dés le surlendemain. Bientôt elle eut au bout du fil la voix de son directeur Patrick Blank Wright. La voix était bien timbrée, métallique, grave, froide. Elle exposa ses craintes, suggérant que peut être il était préférable de remettre sa venue de quelques jours. Un silence, puis:
-Je ne vois pas pourquoi vous auriez des problèmes à votre arrivée
- Mon passeport!
- Il est faux?
« En voilà un idiot! » pensa t-elle
-Non, il est Algérien
- Je ne crois pas que cela soulève des difficultés, mais si vous en aviez, téléphonez moi.
Il raccrocha. « Cela doit être la fameuse efficience américaine se dit-elle. Droit au but, pas plus loin que le but et sans fioritures.»
Les trois jours avant son départ furent stressants. Le monde des médias, affairé, énervé, chauffait l'opinion à blanc par une surexcitation verbale et émotionnelle encore jamais égalée. Un délire de chagrin, d'indignation, de révolte, d'incrédulité: comment avait-on pu s'en prendre à des Américains sur leur propre sol?  Les terroristes étaient bien plus que d'odieux criminels, c'étaient des apostats et des sacrilèges.  On se rappelait Pearl Harbor et en représailles, la bombe atomique. D’aucuns se demandaient s’il n’était pas temps d’en envoyer une autre sur un quelconque pays arabe pour l’exemple ou encore mieux, sur tous. Des esprits plus raisonnables appelaient à la prudence : il n’était pas du tout certain que cela résolve le problème et des biologistes rappelaient à tous que certaines espèces, les cafards entre autres, avaient la particularité de bien résister aux radiations.   L'hébétude chassait l'intelligence. Elle scruta sur l'écran le visage de Georges Bush, qui une fois encore s'invitait dans les foyers du monde. En fait y en avait-il encore de l'intelligence?  Il semblait que le temps d'un mandat présidentiel  américain ou deux, une pénurie s'annonçait.
L'airbus s'élevait lentement, à grand peine, tel un oiseau volumineux, pesant, vacillant, ondulant péniblement à droite, puis à gauche, un à coup, puis un autre. L'ascension progressait toujours et l'équilibre tardait à venir. Belinda ferma les yeux. Elle détestait et aimait à la fois ces premiers instants de décollage. Pénibles par l'apesanteur dont l'aéronef ne pouvait encore s'affranchir, comme si la terre le retenait malgré lui, ils préludaient cependant à d'agréables moments, lorsque l'avion à huit mille mètres d'altitude, fendrait le ciel au dessus des nuages floconneux, immaculés, éparpillés dans les cieux comme autant de messages d'avenir à élucider. L'airbus atteignit enfin sa vitesse de croisière et le ronronnement des moteurs, ayant perdu de sa furie, devenu régulier, la berçait et l'invitait à la rêverie. À  travers le hublot, elle se mit à observer le tapis mouvant de nuages. Certains semblaient courir plus vite que d'autres, avec une légèreté mutine vers une quelconque destinée. Ils s'assemblaient et se séparaient selon la chorégraphie d'un ballet à la signification mystérieuse, orchestré  on ne savait où et on ne savait comment.
Belinda avait vingt huit ans, et se rendait aux États-Unis. Elle devait se rendre  à un cabinet de conseil en management pour y présenter et approfondir le travail pour lequel elle avait été recrutée. L'étude qu'on lui avait demandé de mener n'était pas totalement terminée et elle disposait de peu de temps pour y remédier. Elle comptait mettre à profit les sept heures de vol qui la séparaient de Washington. Son ordinateur personnel branché, elle se mit au travail.  Au bout d'une heure elle se dit qu'un peu de musique lui ferait du bien et mit ses écouteurs. C'était effectivement bien plus agréable de travailler en musique. Sans s'en apercevoir vraiment, elle se mit à taper sur son clavier, se mouvant légèrement, très légèrement, sur son fauteuil, au rythme des mélodies. C'était une manière pour elle d'atteindre la concentration absolue. Elle sentit soudain qu'on lui prenait le bras. Elle tourna la tête et le vit qui la regardait avec  des yeux courroucés tout en articulant elle ne savait quoi, le casque sur sa tête ne lui permettant pas d'entendre. Elle le  retira
-Mademoiselle, disait-il, pourriez-vous arrêter de bouger continuellement? Vous me donnez le tournis.
Il parlait lentement, articulant soigneusement, comme s'il voulait bien lui faire comprendre le sens des mots, ou comme si l'irritation ralentissait son débit. Ce faisant, il la fixait de ses yeux bleus grands ouverts.
-Excusez- moi, je n'ai pas pensé que je pourrais vous gêner.
De son coté, elle étudia le visage, jeune, la trentaine passée de quelques années peut être, les cheveux qui, en contre jour, apparaissaient châtain foncé, le regard volontaire. Il lui avait parlé un peu comme on s'adresse à un enfant fautif, aussi ne dit-elle rien de plus, remit son casque et se replongea dans ses calculs.
Elle ne travailla pas longtemps. Une hôtesse avenante, souriante présenta un plateau repas. Elle le tendit par delà son compagnon de rangée, celui là même qui un peu plus tôt s'était impatienté de son agitation. Il s'enfonça légèrement dans son fauteuil pour laisser passer le plateau et dans le même temps tourna la tête un court instant pour l'observer. L'hôtesse proposa des boissons, et le choix une fois exprimé, tendit la bouteille à Belinda qui la posa sur son plateau, mais qui,  gênée par l'étroitesse de l'espace, faillit la laisser échapper. Une main adroite saisit  la bouteille de justesse, la reposa doucement et la cala. Elle lui sourit, gênée par  sa maladresse. Il vint à son secours:
-Vous savez, même en classe affaires, les fauteuils sont trop rapprochés. J'ai toujours du mal à y installer mes jambes.
Elle l'observa plus attentivement que la première fois. Elle balaya les jambes des yeux, longues effectivement, remonta vers le buste habillé à la mode du moment, pull fin à col en V très fermé, brun foncé sous une veste de même ton, de coupe classique,  avec cependant, une pointe de modernité. Elle remonta encore plus haut vers une bouche immobile, pleine mais sans surplus, bien dessinée, tout en ne distillant rien de féminin. « Quoique, se dit elle, dans ce monde à la modernité galopante, dans lequel l'homosexualité a droit de cité et se revendique comme un nouvel art de vivre, sait-t-on jamais? » Son regard poursuivit ses investigations et elle nota que le nez était droit, avec des narines raisonnablement écartées. Un bon point pour lui. Elle détestait vraiment les narines trop écartées. Elle rencontra enfin le même regard bleu que précédemment, celui qui quelques instants auparavant la sommait de se tenir tranquille. L'expression d'autorité y avait disparue maintenant pour laisser place à une lueur amusée. Les yeux bleus observaient l'observatrice et semblaient dire:
-Suis-je à ton goût? T'es-tu fait une opinion déjà ou désires tu en savoir plus?
Elle se sentit irritée et se mit à regarder à travers le hublot, rompant ainsi le contact qui s'établissait.

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Published by Aloysius Chabossot - dans Avis sur texte
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commentaires

jo jaguar 24/02/2008 23:59

Bon , je l'ai pas lu, je me suis arrêté à "attaque musulmane" qui est un terme bizarre et pas approprié à mon avis.
"Attaque islamiste" plutôt?

Sophie 15/11/2007 00:03

Bon rythme, chouettes images!

Essayez de mettre ce texte au présent, et il gagne en présence je trouve (au passé, il peut faire penser aux débuts de romans à l'eau de rose) En tout cas, j'ai envie de connaître la suite. Quelques paresses d'écriture dans des enchaînements de phrases qui mériteraient d'être relues plusieurs fois (au niveau de "j'adore les surprises" par exemple) et un vocabulaire qui pourrait être élargi parfois (répétitions laissant une impression d'amateurisme). Je ressens aussi le besoin de plus de description de Belinda, si elle était vraiment moche ça serait tragique par exemple, (bon mais moi je dis ça je dis rien)
Sinon, pour ma part, je vous encourage vivement à continuer.