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9 janvier 2008 3 09 /01 /janvier /2008 15:49

Samedi après-midi, je me suis rendu à la grande librairie parisienne « Gibert Jeune » afin de constater si mon opuscule s’y trouvait en bonne place (ou plus modestement, s’il s’y trouvait tout court).
Pour l’occasion, je m’étais adjoint la présence rassurante – quoique parfois un peu encombrante -de mon frère Théophraste (il faudra un jour que je vous parle de lui plus en détail).

 

Ainsi flanqué de cet incomparable soutien, j’explorais un par un les rayons, l’œil aux aguets, la narine frémissante, mais toujours emprunt de cette dignité dont Victor Hugo en exil a fait sa marque de fabrique lorsqu’il posait seul, cheveux aux vents et regard perdu sur son rocher de Guernesey. On ne pouvait hélas pas en dire autant de Théophraste qui exsudait de tout son être une euphorie brouillonne et tapageuse frisant la camisole de force, soulevant chaque pile de livre avec une précipitation hystérique comme un enfant excité soulèverait un par un les galets de la plage à la recherche d’un hypothétique crustacé, ponctuant chacune de ses déceptions (et elles furent nombreuses) d’un cri déchirant et lugubre. Résultat, nous fûmes assez rapidement pris en filature par deux vigiles au physique imposant qui nous observaient de loin, les sourcils froncés, tout en chuchotant dans leur talkie-walkie avec des airs de conspirateurs tchétchènes.
A l’issue d’une longue quête qui serait tout à fait fatigante de narrer ici, nous finîmes toutefois par atteindre le Saint Graal, que les employés de la maison avaient modestement disposé sur une table émanant de toute évidence d’un magasin d’origine suédoise bien connu. Le livre était bien là, en cinq exemplaires, occupant un angle et menaçant à chaque instant de tomber dans le vide sous la pression des autres opuscules peuplant tant bien que mal le même espace confiné. En contemplant ce désolant spectacle, je ne pus m’empêcher de penser au « Radeau de la Méduse » et je me dis in petto, tout en massant pensivement ma barbe auguste, que l’affaire n’était pas gagnée.
C’est alors que Théophraste, qui se pique d’être un commercial de génie, tout ça parce qu’il a vendu pendant 3 semaines des chaussettes sur un marché de banlieue, m’empoigna par les épaules et entreprit de me crachoter dans les oreilles l’idée qui venait de traverser son esprit embrumé. Voilà, me dit-il en substance, il suffit de se poster à côté de la table, et de faire semblant de lire un exemplaire du livre tout en riant à gorge déployée. Cet habile stratagème* ne manquerait pas, selon lui, de piquer la curiosité du chaland qui dès lors n’aurait de cesse de s’emparer du chef-d’œuvre ainsi mis en lumière et de courir à la caisse ventre à terre. Théophraste était visiblement très satisfait de son idée, comme en témoignaient la suractivité globulaire de ses yeux et le mince filet de salive qui s’écoulait de chaque côté de sa bouche purpurine. Je m’empressai toutefois de tempérer son ardeur en émettant quelques réserves sur l’efficacité du projet, dont « à la louche » j’évaluai les chances de réussite à un peu moins d’une sur un million. Tandis qu’il se lamentait bruyamment de mon manque d’enthousiasme sous l’œil de plus en plus soupçonneux des deux vigiles, j’entrevis un quidam qui baguenaudait autour de la sainte table, puis qui contre toute attente s’empara de mon livre et s’abîma aussitôt dans la lecture de la quatrième de couverture. Au bout de moins de temps qu’il n’en faut à une Ferrari pour parcourir un cent mètres, il reposa l’objet d’un air carrément dédaigneux et poursuivi son chemin au milieu des rayons, la mine goguenarde et le pas innocent. C’en fut évidemment trop pour Théophraste dont l’émotivité de demoiselle combinée à une capacité de pondération comparable à celle du taureau débouche parfois sur des réactions inconsidérées. Après avoir pris un élan raisonnable, il sauta sur notre infortuné ami, le plaqua au sol et commença à lui marteler le crâne de ses deux poings velus. C’est précisément le moment que choisirent les vigiles pour intervenir. Hurlements, tables renversées, os qui craquent sinistrement, femmes enceintes qui s’évanouissent : la suite de l’histoire s’avère un peu confuse à narrer. J’imagine qu’entre-temps le directeur du magasin, soucieux de la bonne tenue de son établissement avait alerté les forces de l’ordre puisqu’une cohorte de cerbères uniformisés a rapidement fait irruption sur les lieux du chaos avant que de s’emparer sans la moindre délicatesse de nos personnes pour nous déposer lourdement dans une fourgonnette garée en bas du boulevard.

 

Nous passâmes donc, mon frère et moi, le reste de la journée et toute la nuit au commissariat du Vème, dans une sorte de cellule dépourvue du confort le plus élémentaire mais en contrepartie plaisamment fréquentée. Nous fîmes ainsi la connaissance de Gustave, un homme charmant quoiqu’un peu négligé et dont le dernier moment de lucidité devait remonter à l’élection de René Coty. Il y avait également Madame Gisèle, une femme d’un certain âge dont la contemplation du maquillage nécessitait le port de lunettes de ski, avec laquelle nous avons longuement disserté sur l’affaire des surprimes américaines et de sa désastreuse influence sur l’économie mondiale.

 

 En résumé, j’ai passé un excellent week-end.

 

Pour ce qui est des ventes du livre, j’ai appris de source sûre que Stéphane Lavaud s’en était procuré un exemplaire. J’ignore toutefois s’il l’a payé ou plus simplement volé. Mais qu’importe, c’est un excellent départ.

 
 
 
 

* private joke

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Le celèbre magasin est depuis ce week-end fermé pour rénovation.

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Published by Aloysius Chabossot - dans Actualité littéraire
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commentaires

any 31/07/2008 14:02

Ayant découvert il y a seulement quelques jours votre existence et votre site dont le contenu mais aussi celui des liens m'a bien fait marrer, j'étais ravie d'apprendre que vous aviez publié une méthode originale et pleine d'humour pour apprenti-écrivain. J'ai commandé immédiatement votre livre en étant sûre de me régaler. Las, au lieu de la terre promise, je découvre un ouvrage très "light" malgré le nombre imposant de pages car la fonte est grosse et les interlignes importants; ainsi que des commentaires se voulant très drôles mais se révélant seulement caricaturaux ou même franchement injurieux envers une certaine catégorie de gens dont je n'ai aucune honte à dire que je fais partie, mais mon discours aurait été le même si ce n'avait pas été le cas. Je n'ai lu pour l'instant que quelques pages, mais je ne suis pas sûre d'aller jusqu'à la fin et je songe déjà à le revendre. Quelle déception. Au fait, il y a une faute d'orthographe dans votre page.

Aloysius Chabossot 31/07/2008 14:25


On en peut pas plaire à tout le monde. Cela dit, je remarque que vous êtes à même d'émettre un jugement en n'ayant lu "pour l'instant que quelques pages". On ne peut que saluer la profondeur et le
bien-fondé de votre critique, cher(e) Any !


socrate 11/02/2008 22:30

Franchement, ce devait être un beau week end car, chacun sait que la cellule est un haut lieu de méditation. La prochaine fois, Aloysius, il faudra y aller seul. C'est beaucoup plus enrichissant. Ceci dit, je lis ton bouquin. Intéressant. Par certains aspects il me rappelle "Ecrire" de Jean Guenot.

bouklifa 10/02/2008 10:29

bonjour a vous toute cette histoire ça peu faire l'objet d'un roman
c'est vraiment bien raconté pour le magasin fermé pourquoi alors avoir laissé votre livre a l'intérieur il fallait le vendre a l'extérieur a partir d'aujourd'hui dimanche bonne continuation
a +

Line 06/02/2008 16:13

Bonjour Aloysius Chabossot,
Sur le programme des dédicaces du Salon du Livre 2008, vous êtes inscrit le 16 mars à 17h00.
Cette information est-elle exacte ?
Par ailleurs, j'ai comme l'impression que votre ouvrage se vend bien, à plusieurs reprises le site Amazon a affiché "plus que x exemplaires (réapprovisionnement en cours)". Félicitations, je vous souhaite un succès bien mérité (je suis à ma 2ème lecture de votre livre, la 1ère fois je l'ai dévoré d'une seule traite, cette fois j'en fais un support de méditation, pour en extirper la quintessence)
Bon après-midi,
Line

Aloysius Chabossot 06/02/2008 16:30

Oui, l'information est exacte, selon mes sources.J'ignore s'il s'agit d'une habile maneouvre commerciale de lapart d'Amazon ou bel et bien d'un stock qui diminue... J'avoue être dubitatif.En tout cas, vous êtes à la deuxième lecture de mon livre, alors là je dis : bravo ! Voilà quelqu'un qui sait optimiser ses achats !(je plaisante, bien sûr ! Merci à vous...)

Line 02/02/2008 23:57

Votre livre est très agréable à lire ; le partage de votre expérience engendre de nombreuses réflexions chez le lecteur et s'il s'agit de personnes ignorant tout du "monde de l'édition", les voilà désormais munies d'un bagage qui ne peut être considéré comme une invitation au voyage : vous incitez au réalisme plutôt qu'au rêve, avec un humour léger et délicat.
Vous n'évoquez pas le cas des écrivains portés à l'introspection, vivant entourés de bibliothèques remplies d'ouvrages d'auteurs anciens, lus et relus, préférant la lecture aux mondanités ?
Pour avoir su concrétiser la publication du thème de votre blog : bravo ! Tous mes voeux à votre nouveau-né et bonne continuation sur votre site.
Très cordialement.

Aloysius Chabossot 03/02/2008 21:31

Merci pour votre lecture et vos encouragements.Concernant les écrivains portés sur l'introspection, il n'ont besoin de personne, se suffisant à eux-mêmes (Peut-être, tout au plus, ont-ils besoin de lecteurs...)