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6 août 2007 1 06 /08 /août /2007 12:17
Présentation de l'auteur :
Je m'appelle Alec. Alec Gurney, homme 40 ans.


Ce texte que je soumets aujourd'hui n'est que le début d'une nouvelle écrite en 2007 d'environ 20 000 signes.
Elle s'appelle " A un cheveu près" et je vous livre les premières pages pour avis.
D'avance, je vous remercie d'avoir la chance d'être publié et d'être critiqué.


Dimanche de merde.

Je me rappelle encore chercher cette foutue carte de crédit dans le fond du sac.

Evidemment, agacé, il avait fallu que je le retourne pour étaler le contenu sur la tablette de la cabine téléphonique.

Evidemment, les clefs, les capotes, les clopes, et tout le foutoir étaient tombés au sol.

Evidemment, le portefeuille s’était ouvert pendant le plongeon, faisant valser dans les airs mes intimités.

Enfin, je retrouvais cette foutue plaquette de vinyle parmi une demi-douzaine d’autres.

            Et ce clébard au regard abruti, avec son imper Vuitton, qui me regardait ramasser mon bric-à-brac sur le plancher en alu, après avoir généreusement pissé sur la vitre à hauteur de mon visage.

Et sa matrone, à l’autre bout de la laisse,  au même regard abruti et à l’imper assorti à celui du chien.

Elle tirait sur la laisse - ou peut-être c’était le chien qui tirait - pendant que je renvoyais un rictus qui voulait dire : « j’ t’emmerde ! ».

Dimanche de merde.

 

Carte dans la fente.

Code.

Tapotage des touches avec indicatif de l’Allemagne.

Sonneries.

Deux et puis un clic.

Communication coupée.

 

Je me suis allumé un clope.

Trois bouffées.

Le téléphone sonne.

Je lance :

 

« Salut Rudy, c’est Nolan.

- Salut mec, il fait beau chez toi ?

- Il flotte pire qu’en Irlande, je déprime.

- C’est bon pour les fleurs, mec.

- Comment va ta sœur ?

- Elle est rentrée à l’hôpital ce matin, une appendicite apparemment. »

J’ai balancé le mégot d’une pichenette en entrouvrant la porte du pied.

 « On peut passer la voir ?

- Sûr mec ! Chambre 215 Rotkreuz Hopital à Munchen.

- Je passerai.

- ok, mec. »

   Clic.

 

 

 

Je suis remonté dans la 740ci flambant neuve qui me servait de carrosse en repensant à Rudy.

 

 

 

Rudy Zimmer le logisticien, l’homme de toutes les merdes, un malade planqué derrière ses téléphones, ses écrans de pc à refroidissement liquide fluorescents, téléphones satellites, scanners de flics, scanners d’aéroports, scanners des hostos, scanneurs de tout, voyeur et branleur à mort, radios à ondes courtes, diffusant en permanence et en simultané des stations du monde entier dans une cacophonie impossible, cafetières, dégueux, culottées d’une brune couche, posters de starlettes du X aux nibards siliconés, sourires Colgate en position sans équivoque avec gode dans le cul, collection de boîtes de bières du monde entier en pyramide, emballages MacDo de l’année dernière, parfum d’ambiance fétide, volets clos qui devaient être soudés depuis le temps, paire de lunettes sur le nez, une autre sur le front, trente deux mètres carrés exactement, porte blindée avec six verrous, voix gutturale et taches de rousseurs, rouquin à mort et fils de pute, enfant de putain véritable né dans un placard de Lieberstrasse à Berlin- Est.

Ce type était ma famille.

 

Ca devait faire cinq ans que je ne l’avais pas appelé, j’étais content qu’il soit toujours à l’autre bout du numéro de téléphone d’urgence.

On s’était donné rendez-vous à la brasserie Kammerzell place de la cathédrale à Strasbourg. Quinze heures pétantes demain.

 

C’était ça le motif de mon coup de fil.

Le dialogue était clair pour nous.

Le code était clair pour nous.

Les mots ne valaient rien de plus que leurs sens cachés.

 

Billet de train.

Train.

Strasbourg trois minutes d’arrêt.

Une Mercedes en loc au nom de Julien Spitller.

Brasserie Kammerzell.

15h00.

Bière blonde hollandaise.

Poil de carotte s’assoit devant moi en posant son bock.

 

« Alors ? T’as besoin ?

- J’ai besoin.

- C’est officiel ?

- Non.

- T’es dans la merde, alors »

 

Je crois avoir regardé les petits mecs qui jouaient au baby-foot comme unique réponse.

Il but une goulée haute de la moitié de son verre.

 

            « Tu veux quoi ? »

            Je tripote mon verre. Répondant. D’un trait.

 

            «  Glock 9 avec deux boîtes, ricine, un milli, solution buvable, pentothal, vingt milli, injectable, un code téléphone satellite,  trois g de coke. »

            Il but l’autre goulée jusqu’au fond du verre.

            -« Mouais….C’est pas pour partir en vacances je suppose ?!

            - Vrai. »

 

            Silence.

 

            Eddy Mitchell et sa couleur menthe à l’eau en ambiance sirupeuse dégoulinante succédait à Sardou et son lac de merde où il aurait dû se noyer depuis longtemps.

 

            «  Ok, on se revoit ce soir, vingt heures. »

 

            Il me glisse sur la table un bout de papier.

            Adresse d’un hangar en bordure du Rhin à cinquante kilomètres.

            Je le regarde partir.

 

Chambre d’hôtel en attendant.

A poil sur le lit.

Zapping réflexe des chaînes sat.

 

En y repensant, j’arrivais toujours pas à comprendre comment j’avais pu me faire berner par cette furie. Fallait vraiment que j’arrête de penser avec ma queue, ça me chloroformait les méninges.

 

Quatre semaines.

 

Quatre putains de semaines, avant de déchiffrer l’embrouille. Je vieillis, j’aurais dû prendre ma retraite comme je me l’étais dit l’année dernière. Maintenant, je viens de choper les quarante printemps et les boules en même temps. Faut que j’arrête de déconner, un jour je vais me retrouver converti en aliment complet pour verrats et consorts alors que je pourrais me retrouver peinard en Thaïlande à siroter des cocktails et à me faire masser les couilles pendant des vacances à vie.

Le roi des cons, Nolan Sampitrio, Julien Spitller, Thomas Vezel, ou n’importe quel autre identité que j’avais pu avoir ; c’était quand même moi le roi des cons.

 

Xième clope.

Dernière mignonnette de whisky du mini bar.

 
            [......]

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Published by Aloysius Chabossot - dans Avis sur texte
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commentaires

Marlène 25/11/2010 01:19



J'aime, j'adore. C'est une écriture virile et saisissante qui donne envie de continuer, de voir, de comprendre. Tous les sens sont en alerte, surtout l'ouïe et la vue. J'aime beaucoup. La
vulgarité est bien menée. Clap clap.



Jérémy C 08/01/2010 09:55


cela me rappelle étrangement un grand films que j'ai dégusté avec un certain brad pitt "fight club" il me semble,le style est identique et l'histoire très ressemblante ;-)


Luz 07/09/2009 11:53

Au risque de bouleverser toutes ces critiques positives, moi j'ai envie de dire que c'est encore un peu sauvage comme texte.
Tout dépend de l'effet recherché, mais si tu comptes publier, là tu te prives d'une grande partie du public. Les ptites mamies et les adolescentes rêveuses lisent beaucoup.. Tu risques de les choquer.
J'aime le rythme, l'originalité, mais c'est un peu trop .. violent. Et puis, entre le sexe, l'alcool, le tabac et la drogue, ça fait un peu célibataire perdu. Le héros perd de sa dignité.
Bref, je dis ce que j'en pense, tu n'en tiens compte que si ça te chante.
= )

Coline 19/08/2008 15:28

Un style très personnel, dépourvu de tout " gras", qui file vite , avec des ruptures de rythme agréables, une efficacité remarquable !
Et vous dites être un débutant ?
Au secours, maman, qu'est-ce que ça va être quand il sera grand !
J'aime !

Irraison 15/06/2008 22:13

J'apprécie ce style enlevé, vivant et bien contemporain. Il y a du rythme. Moi, la carte dans la fente... je suis pas contre, cela évoque la scène dans sa réalité. Par contre le portrait de Rudy Zimmer m'a lassée. Trop long, trop dense.
Ce n'est qu'un humble avis, j'écris un peu, j'aime ça, mais sans ambition.