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22 mai 2008 4 22 /05 /mai /2008 15:55

Quoi de mieux pour appréhender l’insondable mystère de la création et, tant qu’on y est,  les sinueux arcanes de l’écriture, que l’analyse méticuleuse d’un grand texte de la littérature française ? (Ne vous fatiguez pas à répondre, personne ne vous écoute).
J’avais initialement pensé aux « Misérables », mais c’était un peu long, aussi me suis-je rabattu sur « Héléne », le chef-d’œuvre inégalé du plus grand poète hockeyeur canadien de tous les temps, à savoir Roch Voisine.
Commençons sans plus attendre s’il vous le voulez bien (si vous ne le voulez pas, attendez encore un peu, mettons 30 minutes. Au-delà, inutile d’insister, passez à autre chose).

 

Héléne

Le titre laisse à penser que la chanson s’adresse à une jeune personne de sexe féminin. La suite confirmera cette impression.

 

Seul sur le sable les yeux dans l'eau

Quelques mots suffisent pour planter le décor, installer une ambiance, et on visualise instantanément Roch, agenouillé sur le sable, à la recherche de ses yeux tombés dans l’eau, on ne sait à la suite de quelle malencontreuse manœuvre.

 

Mon rêve était trop beau

Quel était donc ce rêve mystérieux ? Explorer les fonds marins sans mouiller son maillot de bain en jetant ses yeux dans l’eau ? A ce stade du récit, toutes les supputations sont permises, et l’auditeur,fasciné,  se perd en conjectures.

 

L'été qui s'achève tu partiras

A cent mille lieux de moi

Roch nous remet bien vite dans le droit chemin en glissant un indice capital. Il semblerait donc que le rêve trop beau concerne très directement une personne qui selon toute probabilité, pourrait être la Hélène du titre. Difficile cependant de l’affirmer avec certitude puisqu’il utilise le tutoiement. Un moment j’ai pensé qu’il s’adressait à moi, mais ce n’est pas possible, je n’ai jamais fréquenté Roch Voisine en été. Mettons alors qu’il s’agisse bel et bien d’Hélène, sans doute une surveillante de plage ou une vendeuse de beignets à la criée qui, une fois la saison terminée, prend l’avion pour retourner dans sa maison (j’ignore précisément ce que font « 100 000 lieues », mais ça doit être drôlement loin, d’où « ’avion » et non pas « 103 Peugeot » ou « pédalo » ).

 

Comment oublier ton sourire ?

Roch a raison. On peut oublier tout un tas de choses, comme de remettre des sous dans le parcmètre, de prendre sa liste de course pourtant mise en évidence par un énorme magnet « Vache qui rit » sur la porte du frigidaire, de récupérer sa belle-mère à la sortie des WC sur un parking d’autoroute un jour de grand départ en vacances, on peut tout oublier, sauf un sourire (surtout si la personne a une feuille de salade coincé dans les incisives).

 

Et tellement de souvenirs

Pour les souvenirs, Roch fait sans doute allusions aux beignets à moitié prix, ou aux leçons de natation à l’œil dont il a pu bénéficier tout au long de la saison estivale.

 

Nos jeux dans les vagues près du quai
Je n'ai vu le temps passer

On ignore tout de la nature de ces activités ludiques, mais on peut imaginer, vu que le terrain de jeux se situe « près du quai » qu’il s’agissait principalement d’éviter les galettes de mazout qui pullulent généralement à ces endroits. On comprend dès lors qu’il n’a pas vu le temps passer, d’autant que les réjouissances devaient probablement se poursuivre avec une longue séance de décrottage en règle des doigts de pieds maculés de pétrole et autre composant chimiques hautement toxiques.

 

L'amour sur la plage désertée

Le fait que Roch précise une nouvelle fois que la plage était vide de tout touriste en short et en tongs nous conforme dans l’idée d’une récente marée noire, peu propice, comme chacun le sait, aux rassemblements estivaux. Cela prouve, par ailleurs, la force de l’amour qui unit ses deux êtres. Car il faut beaucoup s’aimer pour accepter de se rouler dans le goudron tout en faisant mine d’apprécier l’expérience.

 

Nos corps brûlés enlacés

Evidemment, cette abnégation dictée par l’amour ne va pas sans quelque dommage collatéral.

 

Comment t'aimer si tu t'en vas
Dans ton pays loin là-bas

Là, Roch pose la question essentielle, qui taraude tout amoureux digne de ce nom. Comment aimer quand l’autre est parti, au travail ou au pain, et a fortiori lorsqu’il se trouve à plus de 100.000 lieues de là ? Techniquement cela paraît difficile, même si les progrès de la technologie et des mœurs combinés apportent un début de solution : web cam hot, sex-phone, etc. Pour sa part, Roch n’apporte aucune réponse (car, rappelons-le, il est tout occupé à chercher ses yeux tombés au fond de l’eau).

 

Hélène things you do make me crazy bout you

Pourquoi Roch introduit-il soudainement dans son texte l’usage d’une langue étrangère ? Effet gratuit ? Simple fanfaronnade de l’artiste désirant faire étalage de son parfait bilinguisme ? Pas du tout, Cette pratique audacieuse a de toute évidence pour fonction de « crypter » un tant soit peu des propos sans doute jugés un peu trop polissons par leur auteur. Une traduction s’impose : « Hélène, les trucs que tu fais me rendent fou à ton endroit ». On l’aura compris, la dénommée Hélène a tout d’une sacrée gourgandine pour laquelle, on peut le supposer, le tourniquet bulgare et la brouette tonkinoise n’ont plus de secret. Et l’on comprend mieux dès lors la réticence de notre ami hockeyeur à l’idée de la voir partir.

 

Pourquoi tu pars reste ici j'ai tant besoin d'une amie

Visiblement, Roch ne s’est absolument pas préparé à une abstinence qui semble pourtant aussi inéluctable que prévisible . Là où l’on réalise la pureté et la profondeur de ses sentiments, c’est qu’il n’a même pas l’idée de penser que des vendeuses de beignets, il y en a encore un paquet jusqu’à la fin du mois de septembre, et des drôlement girondes, en plus. Pas certain cependant que toutes acceptent de se rouler dans le mazout.

 

Hélène things you do make me crazy bout you

Voir plus haut. (Cette Hélène a vraiment l’air de valoir le coup)

 

Pourquoi tu pars si loin de moi
Là où le vent te porte loin de mon cœur qui bat

En bon poète, Roch est persuadé qu’Hélène, pour rentrer chez elle, va se poster à un endroit bien dégagé avec ses valises, et attendre que le vent vienne la chercher pour la déposer devant sa cage d’escalier. Dans la vie réelle, les choses ne se passent pas comme ça, ce qui est dommage d’ailleurs, car avec le vent pas de problème d’attente interminable à la douane de l’aéroport. Pas de Duty free non plus, il est vrai.

 

Hélène things you do make me crazy bout you

Voir plus haut (Bon sang ! Mais cette Hélène est un véritable démon !).

 

Pourquoi tu pars reste ici reste encore juste une nuit

Visiblement, il suffit d’une petite nuit supplémentaire pour que Roch fasse définitivement le tour de la question et qu’il n’y revienne plus. Pour Hélène cette demande doit être aussi humiliante que décevante, elle s’attendait tout de même à un peu plus de classe de la part d’un hockeyeur canadien. En fait, nous supputons, car présentement la chanson ne dit pas quelle fût la réaction d’Hélène. Au lieu de cela, Roch préfère parler de lui, encore et encore,et pleurnicher complaisamment sur sont sort. Et vu que son imagination est plutôt limitée, il recommence tout au début :

 

Seul sur le sable les yeux dans l'eau
Etc, etc, etc.

 
Roch en vérité n’est qu’un bel égoïste (doublé d’une grosse feignasse).

Hélène, je t’en prie, si tu me lis, entre vite en contact avec moi pour me raconter comment tout cela s’est terminé. As-tu cédé aux impérieux désirs de cet homme sans scrupule ? Comment s’est passé le voyage de retour?As-tu pensé à acheter deux cartouches de cigarettes et un litre d’alcool fort au Duty Free de l’aéroport ?

 

Roch cherche ses yeux

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Published by Aloysius Chabossot - dans Comment écrire un roman
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commentaires

Lillie 16/09/2008 17:40

Je serai ravie de lire un jour une étude approfondie des paroles, si fouillées, si pleines de sens, des chansons de 2 Be 3. Je suis sûre qu'à vous, grand déchiffreur des phrases alambiquées, elles donneraient du fil à retordre! Et dans les moments où vous auriez trop de difficulté à les comprendre, je vous invité à vous promener sur mon blog. Vous y verrez quelqu'un de moins chanceux que vous, et qui sera sûrement ravi d'avoir votre avis!

Aloysius Chabossot 16/09/2008 18:15


Voici un extrait d'un des nombreux chef-d'oeuvres du légendaire "groupe de garçons" les 2be3 :
On s'est juré
De toujours tout partager
Pour la première fois.

2Be3
Or not to be

On s'est promis
D'être toujours réunis
Pour la première fois

Sans trop savoir où aller
Sur les chemins isolés,
Un soir on s'est trouvé,
Et notre histoire a commencée.

On échangeait, sans soucis,
Les souvenirs de nos vies,
Mais cet instant, tu sais,
On ne peut l'oublier.

Eh bien permettez-moi de vous dire qu'à côté de tels mots, on se sent tout petit...
Non, jamais au grand jamais je ne commenterai un texte des 2be3 !


le citateur 17/07/2008 16:20

J'ai toujours dit :
"Quand un vrai génie passe dans le monde, on le reconnaît à cette marque : Tous les sots se soulèvent contre lui"
Bon ok, Mister voisine est loin d'être un génie donc...

la marquise de sade 02/07/2008 13:56

Je me suis toujours demandée si cette Hélène était la même que l'Hélène de Hélène et les garçons. Après l'analyse de la phrase en anglais que je n'avais pas comprise vu mon niveau d'anglais pitoyable, il semblerait que ce soit bien la même. Hélène s'envoie en l'air avec les garçons, et bien qu'Aloysius ait eu la délicatesse de ne pas le dire ou alors juste à demi mots, Hélène est une salope !

Aloysius Chabossot 04/07/2008 11:46


Etes-vous réellement l'épouse de Donatien Alphonse François, qui est un bon ami à moi ?


clementine 10/06/2008 21:29

comment déformer un chef d'oeuvre de chanson.. Lol
bonne soirée
clem

Aloysius Chabossot 18/06/2008 17:24


Même pas un chef d'oeuvre de chanson, un chef d'oeuvre tout court !


Liliane 09/06/2008 01:17

Je ne pensais pas qu'on pouvais faire une interpretation aussi "suréaliste" de cette chanson. Quel intérêt de faire des commentaires sur des chanson qui s'expliquent d'elles-mêmes; je veux dire qu'il n'y a pas 100 000 explications pour un texte comme celui-ci. Vous trouvez peut-être que c'est simplet comme texte mais une chanson, c'est comme un scénario, ça n'a pas besoin de complication pour être agréable!

Aloysius Chabossot 09/06/2008 08:41


Vous avez raison Liliane, il n'y pas 100 000 explications pour "Hélène", mais une seule, que vous pouvez d'ailleurs lire juste au dessus.