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29 juillet 2008 2 29 /07 /juillet /2008 11:02

Installé à mon bureau depuis 8h30, je n’ai toujours pas le début de l’ombre d’une vague trame qui me permettrait enfin d’écrire la première phrase du grand roman que je porte en moi. Car c’est une certitude, il est en moi, mais je ne sais pas où précisément. Taquin, il m’accompagne dans tous mes déplacements, mais se refuse à montrer le bout de son nez. Par exemple, ce matin dans la cuisine, il était là quand j’ai préparé mon cacao. Et quand je suis retourné m’asseoir, il était toujours là, naviguant probablement entre mes pieds et le sommet de mon crâne. Si seulement Dame Inspiration pouvait me rendre visite, ce serait tout de suite plus facile pour le débusquer. Mais elle doit sans doute à l’heure qu’il est se tartiner d’huile d’olive pure sur une quelconque plage de la Costa Brava Tout cela est décidemment très énervant D’ailleurs, je m’énerve: je lève les bras et je crie :

« Où es-tu, Dame Inspiration ? »

.Pour toute réponse, on toque à la porte du bas. J’ose à peine y croire… Serait-ce Elle ? Je me penche à la fenêtre de mon bureau et j’aperçois en contrebas l’espèce de salade grisâtre qui tient lieu de chevelure à Madame Caillaux.

L’effet est saisissant.

Avec son index recroquevillé, elle toque une nouvelle fois :

« Monsieur Chabossot ? Vous êtes là ? ».

Je me retranche précipitamment de ma position comme un Bernard-l’Hermite effrayé par un mérou et, le dos collé au mur, hors de vue de qui que ce soit dans cet univers et ses alentours proches, je retiens ma respiration.

« Monsieur Chabossot ? J’ai croisé votre frère qui m'a affirmé que vous étiez chez vous… Je suis à deux doigts d’être inquiète, sachez-le ».

Je décide de descendre lorsqu’elle remplace son index recroquevillé par la crosse de son parapluie.

En désespoir de cause, je la reçois dans la cuisine tout en me tamponnant l’œil gauche avec un gant de toilette humide (le dernier coup de parapluie a hélas raté sa cible initiale). Sous prétexte qu’elle a été durant les années 50 trésorière de la section locale de la Croix Rouge, elle insiste pour s’occuper de mon œil endolori, mais je refuse avec la dernière énergie, et lui accorde 5 minutes, pas plus, pour m’exposer son problème.

- Voilà, Monsieur Chabossot, c’est rapport à mon roman. Vous vous souvenez sans doute que mes héros doivent se rendre sur la planète Colthègor, située non loin de Neptune

- Cela fait partie des choses que l’on n’oublie pas, Madame Caillaux.

- Vous vous souvenez également que la fusée qu’ils empruntent fonctionne au butane. Aussi, je me demandais, combien de temps sera nécessaire pour atteindre Colthègor, sachant d’une part qu’il y a 4 millions et 650 milles kilomètres entre la terre et Neptune, et d’autre part que le butane n’est pas nécessairement le carburant le plus performant pour ce genre d’entreprise ?

Tout en la guidant habilement vers la porte de sortie, je lui conseille de changer soit de planète, soit de moyen de transport car dans l’état actuel des choses, ses héros seront tous réduits en cendres avant même d’avoir posé le pied sur Colthégor, ce qui serait – j’ajoute - fort préjudiciable, non seulement pour eux, mais aussi pour l’histoire de la littérature à venir.

Sur ces quelques mots affables,je tente de refermer la porte derrière Madame Caillaux  mais la bougresse qui n’est pas née de la dernière pluie , a plus d’un tour dans son sac, et en tant que vieux singe, ce n’est pas à elle qu’on va apprendre à faire des grimaces : elle coince son pied dans l'entrebâillement et continue de pérorer.

« Que pensez-vous du méthanol ? Ou de l’hydrogène liquide, plutôt ? En tout cas, pas de gas-oil, au prix où il est ! »

Mon regard, plus précisément la moitié de mon regard, se perd dans l'horizon lointain constitué essentiellement de pavillons de banlieue en meulière ou briquettes rouges. C'est là que j'aperçois la masse imposante de Théophraste qui ondule sur le trottoir, les bras chargés d'un volumineux carton. Il finit par arriver devant le perron, tout essoufflé, rougeaux et brillant de sueur, un sourire de satisfaction béate accroché à ses grosses lèvres caoutchouteuses.

"Je te présente Romuald "dit-il en soulevant le couvercle du carton avec des airs de conspirateur d'opérette. Le susmentionné Romuald, une sorte de rat géant à tête de castor dégénéré, tout à fait répugnant dans son ensemble, s'extirpe de sa prison comme un diable de sa boîte et entreprend aussitôt de labourer le jardin en effectuant des huit dans tous les sens.

- Il est mignon, n'est-ce pas ? me dit Théophraste en me regardant avec cette expression stupide qu'arborent les pères dans les maternités. Madame Caillaux qui depuis l'exhibition du curieux animal est restée muette, décide enfin de s'exprimer. Elle hurle tout d'abord puis prend ses petites jambes malingres à son cou décharné, direction le portail. Ignorant superbement l'effroi de la veille femme, Théophraste n'a d'yeux que pour son nouvel ami : "Romuald ! Romuald ! Viens ici mon pépère!" Le monstre, tout a son travail de destruction, semble tout à fait sourd aux injonctions de son maître.

"C'est normal, précise mon frère d'un ton docte, il n'est pas encore habitué à son prénom".

Je préfère m'abstenir de tout commentaire, retourne dans mon bureau et m'assois devant ma feuille toujours aussi immaculée. Encore une journée de fichue, j'en ai peur.

 

Là devrait se trouver une réflexion profonde sur l’existence, mais rien à faire, je ne trouve pas.

 

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Published by Aloysius Chabossot - dans Le journal de l'été
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commentaires

jerome 19/08/2008 12:02

Qu'est ce qui m'a pris mon dieu (car oui, j'en possède un), non pas de casser la cabane, mais d'atterrir en désespoir de cause sur ce blog en plein mois d'août ? Fallait-il que ces congés payés estivaux fusses tragiques à ce point, pour que sitôt rentré au chagrin, mon mulot aille poser laborieusement son clic inutile sur cette histoire de roman improbable ! Comme je regrette déjà cette acte avarié, je vais encore gaspiller 4 heures d'une après-midi aussi maussade que contre-productive à m'imprégner de mots et puis de phrases et pourquoi pas d'histoires au final, en lieu et place de la petite pierre que j'aurais pu poser, afin de désensabler le train d'une société qui a tant et tant de mal à avancer ces derniers temps. Tiens moi aussi je vais écrire un roman, puisque c'est ça.

Aloysius Chabossot 20/08/2008 01:54


Si vous écrivez un roman, n'hésitez pas à nous l'envoyer ! (voir derniers article sur le blog)


Pffftt... 16/08/2008 18:31

flûtio la tête à toto mais ki vous a di pour mon écran ???
cela di c pas du orange ça ?
nan nan c pas du orange...
jaune dégradé mandarine, un truc dans le genre...ça manke d'un contre jour, ou une lumière divine totalement éblouissante ki feré k'on i voit rien...ça c tendance!

Johan 16/08/2008 07:11

Cher Aloysius,

Dame Inspiration a horreur des pages blanches. C’est à vous de vous lancer, d’écrire n’importe quoi, ce qui vous passe par la tête : un rêve, une anecdote vécue, un fantasme, etc. Si c’est vraiment n’importe quoi (un voyage sur Neptune, par exemple), Dame Inspiration ne viendra pas. Mais dès que vous serez sur la bonne voie, Dame Inspiration sera présente et vous accompagnera.

Ensuite, lorsque votre premier jet sera achevé, Dame Inspiration cédera la place à sa sœur (moins charmante) : Dame Transpiration. Ce sera le temps de la relecture (ou des relectures) avec maints détails à corriger et à recorriger. Là encore, cette dame ne viendra pas toute seule.

Enfin, ce sera le tour de la troisième sœur, la plus impitoyable de toutes : Dame Publication.

Bon courage.

Aloysius Chabossot 16/08/2008 10:27


Merci pour vos bons conseils cher Johan. Vous devriez en fair une livre.


Pffftt... 02/08/2008 17:33

Y'a pas un peu trop de jaune là encore ???

Aloysius Chabossot 16/08/2008 10:38


C'est pas du jaune, c'est de l'orange (peut-être faudrait-il penser à changer d'écran ?)


El_666 01/08/2008 11:14

Merci! C'est nettement plus agréable à l'œil!