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12 février 2006 7 12 /02 /février /2006 10:08

 a) Les logiciels d’écriture.

L’écrivain en devenir, toujours un peu feignant sur les bords (sinon il serait déjà devenu) s’imagine que l’utilisation d’un logiciel d’écriture va lui permettre de rédiger son roman en toute tranquillité, grâce à un travail qu’il suppose pré mâché. C’est à l’évidence une douce illusion. Car qu’est-ce qu’un logiciel d’écriture, en définitive ? Un traitement de texte élaboré qui permet soi disant d’organiser son travail grâce à des modules dédiés (chapitre, structure, personnages, etc.) Très bien, sauf que tout cela, on peut le faire avec la même efficacité sur un simple traitement de texte. Si l’on prend pour exemple la structure, il suffit d’avoir un document de ce nom, de l’ouvrir en arrière plan et de s’y référer lorsque l’on en a besoin.
Donc premier constat : ce type de logiciel n’apporte rien d’intéressant du point de vue organisation. Mais si l’on pousse un peu plus loin l’étude on s’aperçoit que non seulement il n’apporte rien, mais qu’il complique tout à fait inutilement le travail. Nous passerons bien sûr sur le fait qu’il faille apprendre à se servir du logiciel - et selon les personnes, cela peut représenter un temps perdu non négligeable – pour insister sur la complexité tout à fait hors de propos des « aides proposées », qui s’avèrent plus des entraves à la création qu’autre chose. Prenons le module « Personnages ». Le logiciel va s’ingénier à vous posez quantité de questions plus superfétatoires les unes que les autres sur le caractère et la couleurs des yeux de Robert et de Julie, et qui pour leur très grande majorités ne vous serviront à rien, si ce n’est à vous embrouiller. Quant aux modules d’aides à la création, ils ne font que reprendre les théories habituelles que l’on peut trouver à peu près n’importe où.
En conclusion, l’argument de vente des ces logiciels reposent sur la croyance irraisonnée des auteurs en devenir dans les pouvoirs sans limite de l’informatique. En l’occurrence, il faut se rendre à la raison, en dehors de l’utilisation d’un simple traitement de texte, l’informatique ne peut rien pour vous.

b) Les ateliers d’écriture
Les ateliers d’écritures s’adressent principalement aux gens qui n’ont pas l’habitude d’écrire. A l’aide de petits exercices, ils vont pouvoir mettre en oeuvre leur potentiel créatif (qui existe, à plus ou moins forte dose, chez chacun d’entre nous). Le résultat prendra la forme de textes courts dont l’émergence a été favorisée par une contrainte simple. Par exemple, écrire des phrases en commençant par « Je me souviens… ». (Exercice inspiré du « Je me souviens » de Georges Perec). Dans cet optique, les ateliers d’écritures sont des entreprises louables. Mais la tentation est grande d’attirer un plus grand nombre d’inscrits, dont les objectifs sont plus ambitieux : les auteurs en devenir. Mais comme l’a remarqué François Bon, on reconnaît le véritable écrivain à son inaptitude à se plier aux contraintes imposées par les ateliers d’écritures. Un véritable écrivain possède une voix, un univers, totalement incompatible avec ce genre de jeux. Cela ne signifie pas qu’il sera forcément improductif, mais le résultat lui semblera piteux, sans intérêt et sa présence lui apparaîtra très vite comme totalement incongrue.
Cela n’empêche pas la plupart des ateliers d’écritures de proposer des modules spécifiques à la création d’un roman. Or, à de rares exceptions, les animateurs de ces ateliers n’ont jamais écrit de romans ou pour le moins n’ont jamais été publié. On peut dès lors douter du bien fondé de leurs conseils. Tout cela sent par trop l’amateurisme pour être tout à fait honnête.
Dernier point, mais pas le moindre : dans un atelier d’écriture, jamais on ne vous dira que votre production est exécrable. A cela deux raisons, une bonne et une mauvaise. La bonne : la plupart des gens qui participent à ce type d’ateliers ont besoin de prendre confiance en eux, et il serait tout à fait déplacé de les confronter par trop brutalement à leur propre médiocrité littéraire. N’oublions pas qu’une des vocations des ateliers d’écritures et de fabriquer des gens heureux d’eux-mêmes, quitte à leur brosser l’égo dans le sens du poil. On est pas là pour apprendre, on est là pour s’exprimer et à bien des égards, l’atelier d’écriture présente d’incontestables similitudes avec la thérapie de groupe.
La mauvaise, à présent : les ateliers d’écriture sont dans leur majorité payants, et les sommes demandées sont loin d’être symboliques. Dès lors, l’objectif est de satisfaire le client afin qu’il revienne. Ainsi, dès la signature du chèque d’adhésion, le jeu est faussé.

c) Internet
Vous avez tout intérêt à vous servir de l’Internet, et ce dans plusieurs buts :

-         Recherche d’idée : Le web est devenu le plus gros réservoir d’histoires disponibles au monde. Peu importe qu’elles soient vraies ou fausses, faits divers ou « légendes urbaines » : elles constituent quoiqu’il arrive une source d’inspiration prodigieuse. Ce serait vraiment dommage de vous en priver.

-         Recherche d’informations : Vous avez choisi de situer votre histoire au moyen âge, mais même si l’époque vous fascine (sinon quel intérêt ?) vous avez quelques lacunes qui risquent de vous jouer des mauvais tours niveau crédibilité (Est-ce que le bracelet montre existait sous Henri IV ? Si vous avez des doutes sur la réponse, le Web vous sera précieux).

-         Vous situer face à la concurrence. Comme indiqué plus haut, Internet pullule de sites et de forums consacrés à la littérature. La plupart d’entre eux sont phagocytés par des écrivains en devenir qui rêvent de se voir publiés. Les plus téméraires ont déjà inondés les maisons d’éditions de leurs manuscrits et en toute logique statistiquese sont vu opposer une fin de non recevoir (la fameuse « lettre type de refus »). Le plus souvent, ils ne comprennent pas pourquoi et s’en trouvent un peu aigris. Il crée alors un site, ou un blog, sur lequel ils vont pouvoir exposer à la terre entière l’étendue de leur génie littéraire sous forme d’extraits de romans ou de nouvelles (toujours déposés à la SACD, comme si cela avait la moindre utilité) et accessoirement déverser leur bile à longueur de forum sur les maisons d’éditions « qui ne prennent plus de risques » (en réalité et de tout temps, elle n’en n’ont jamais pris), « qui préfèrent éditer des valeurs sûres » (il faut bien gagner sa vie), etc, etc.
Même si la lecture de ces diatribes peut présenter un intérêt comique indéniable, votre priorité est ailleurs. Lisez avant tout les extraits de romans. Si vous trouvez ça pas mal du tout, pire : si vous aimeriez bien écrire comme ça, alors votre cas est désespéré. Au contraire, si l’histoire ne présente à vos yeux aucun attrait, si les personnages vous semblent fait de cartons, si la lourdeur des phrases vous accable, alors vous êtes sur la bonne voie, vous venez de découvrir ce qu’il ne faut pas faire. Mais attention, la conscience de cette médiocrité ne suffit pas. Car qui nous dit qu’une fois la plume en main, vous serez en mesure de faire mieux ?

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Published by Aloysius Chabossot - dans Comment écrire un roman
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commentaires

Tsouki 27/08/2011 19:11



Bonjour.


Vos conseils me passionnent. Peut-être est-ce parce que mon opinion est le vôtre ? En effet, depuis le début de l'écriture, le vrai début, après s'être débarassé
d'une indécente angoisse de la feuille blanche, un bon nombre de romans, même ceux dont l'intêret fût mis en avant par les prix Hugo en 2010 ou en 2009, ne valent plus la
peine d'être lus, non, ouverts. Ma vocation me paraît toute tracée. Finie la vie de consommeur, et à seulement 17 ans. Je crois même avoir fait une erreur en prenant le chemin de la
fillière S de mon parcours scolaire, mais ça n'est là pas le sujet.


En effet, je n'ai pas à me servir de logiciels d'aide à l'écriture. Par chance, j'ai une bonne imagination. Si le style a parfois du mal à suivre les méandres de mon esprit, je ne pense pas avoir
plus besoin de ces logiciels qu'un Homme n'a besoin d'alcool pour (sur)vivre. Pour finir, Internet est bien, comme vous l'avancez, l'aide la plus précieuse dont je puisse profiter,
après mon clavier, mon écran et Word. Votre blog en est la preuve. Je n'ai cependant pas pensé à m'inscrire sur quelque forum d'écrivains en herbe que ce soit, mais j'y pense de plus en
plus.


Merci d'avoir lesté votre temps pour nous. Je vous donne un peu du mien en guise de remerciement, mais aussi de félicitations.



Lucie 17/02/2011 21:55



Bonjour monsieur,


Je trouve votre site et vos conseils très intéressants, mais je vous trouve un peu dur sur le sujet des ateliers d'écriture : j'en ai suivi un pendant un an, le groupe était sympathique et nous
nous réunissions autour du plaisir d'écrire et du partage de nos écrits (nous lisions à voix hautes nos productions). Je ne dis pas que nous n'avions pas dans un coin de la tête le désir secret
de devenir des écrivains reconnus... mais nous n'avions pas d'autres prétentions que de passer un bon moment et améliorer notre prose. Les jeux d'écriture sont un bon moyen de découvrir de
nouveaux modes d'écriture ou de stimuler la créativité.. et de s'amuser tout simplement. Pourquoi ne peut-on pas être écrivain amateur, comme il y a des peintres, des musiciens amateurs? pourquoi
écrire serait-il forcément horriblement prétentieux lorsque l'on ne le fait pas avec génie?



Grenade 24/01/2010 16:55


 Ce mirifique logiciel s'appelle yWriter5. J'en déduis qu'il y en a quatre autres avant, mais ils doivent être si horribles que seul le quatrième est encore visible. Peut-être que le
yWriter5000 vaudra quelque chose ; en attendant, l'écrivain ne peut compter sur lui-même.


Aloysius Chabossot 26/01/2010 11:20


Votre remarque est drôle, mais un peu injuste tout de même puisqu'ywriter est un logiciel gratuit qui évolue grâce à des développeurs bénévoles, qui méritent donc l'indulgence.
Cela dit, en règle générale, qu'ils soient payants ou gratuits, ces logiciels ne servent à rien, et comme vous le dites : l'écrivain ne peut compter que sur lui-même (normalement, ça doit suffire
!)


gilbert le vert 23/01/2010 17:51


Un cri retentit dans une maternité parisienne : aussi aigu que du cristal. Des voix adultes congratulent la maman :
– Félicitations madame. Quelle jolie petite fille ! Elle pèse 4,100 kilos et mesure 54 centimètres. Beau bébé !
Lentement Jeanne enlace le petit être gluant et rougeaud qu'elle trouve attendrissant. Sûrement elle caresse le corps émergeant du liquide amniotique. Elle lui parle et le rassure.
– Appelez mon mari je vous prie.
A peine quelques secondes plus tard. Louis accourt vers sa femme suivi de leurs deux premières filles : Irène, six ans, et Marie, quatre ans. Des cris à nouveau, plus joyeux et moins contenus cette
fois :
– Ouais ! Une petite sœur. Elle jouera à la poupée avec nous. Maman tu es contente ? Tu lui feras des coiffures, dis maman ? Je lui prêterai mes élastiques.
Marie a les yeux écarquillés et ne dit mot.
– Je t'aime mon amour, caresse Louis de sa voix douce.
Il embrasse sa troisième fille sur la tête et sent les petits cheveux encore collés. Il reconnaît l'odeur du nourrisson. Jeanne passe la main droite sur le dos de sa fille, elle essaye d'atténuer
ses pleurs perçants incessants. Elle susurre un « chuuuuuttttt » pour accompagner son massage. L'accouchement a été difficile et Jeanne sait que cet enfant sera le dernier.
– Et si on l'appelait Adèle ?
Louis a une décharge d'adrénaline. C'était lui qui le premier, avait évoqué ce prénom qu'il trouvait superbe.
– Oh oui ! laissèrent exploser Irène et Marie.
Elles sautent, crient. On demande au papa de les faire sortir. On doit donner les premiers soins à la maman et elle a besoin d'intimité.
– Ce soir je vous fais des crêpes ! On fête ensemble la naissance de votre petite sœur.
– Tu sais les faire ? demande Marie.
– Bien sûr ! lance Louis, un peu piqué.
– Comme grand-mère ? Avec du chocolat ?
– Vous allez voir ce que vous allez voir.
Ils rentrent vite à la maison car il faut laisser reposer la pâte.
La chambre recouvre une quiétude bien méritée. Le nourrisson découvre une nouvelle notion que le corps chaud de sa mère installe : le silence. La sage femme guide la bouche de l'enfant vers le sein
maternel.
– Alors qu'en dites-vous ? Elles sont aussi bonnes que celles de grand-mère non ?
– Oui, ose formuler Marie. Je veux maman pour me coucher. Un câlin de ma maman.
Irène intervient en aînée :
– Il faut qu'elle se repose. Elle reviendra dans …
– Cinq jours, dit Louis avec élan.
Encore une fois Irène sert d'interprète :
– Dans cinq dodos maman revient.

Voici un miraculeux specimen de sous-littérature en ligne.


Aloysius Chabossot 26/01/2010 11:21


J'ai adoré ce texte et j'aimerai savoir où je peux trouver la suite.


Grenade 19/01/2010 20:11



 J'aimerais faire une petite intrusion pour relever ce que vous aviez dit sur les logiciels d'écriture. Etant du genre touche à tout (aussi bien en écriture que dans tout autre domaine,
spécialement la cuisine où il n'y a rien de meilleur que le fond des plats), j'ai essayé un logiciel d'écriture pour voir si les attaques étaient vraiment fondées. J'ai donc pris un gratuit,
puisque je suis tout ce qu'il y a plus d'avare, puis j'ai constaté avec désarroi que :
1) Vraiment, ça ne sert à rien.
2) En furetant dans les dossiers de mon ordinateur, bien au fond du disque dur, j'ai vu qu'il y avait une tonne de copies, car au lieu de sauvegarder sur l'autre sauvegarde, le logiciel a cru plus
malin de créer à chaque fois une autre sauvegarde. Pour les back-up, apparemment. C'était donc ça, qui prenait toute la place. Et pour désinstaller tout à fait le logiciel, il m'a fallu pas mal de
temps, puisqu'il y avait des sauvegardes dans de nombreux dossiers, sans compter les sauvegardes des sauvegardes, au cas où.


Aloysius Chabossot 20/01/2010 09:28


Et c'était quoi, ce mirifique logiciel ?