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12 novembre 2008 3 12 /11 /novembre /2008 20:15

Suite à mon petit sondage, où une majorité s'est clairement dessinée pour que je rende compte en ce lieu de mon périple à la foire du livre de Brive-la-Gaillarde, je tiens à présent mon engagement (et ne félicite pas, au passage, tous ces gens qui pensaient -honte à eux - que Brive avait été rayée de la carte lors de la Seconde Guerre mondiale).
Autant l'avouer tout de suite, le titre de cet article, s'il a pu éventuellement servir de cri de ralliement à quelques participants, ne présente que peu d'analogie avec ma réalité à moi (si ce n'est peut-être, rayon "folie furieuse", les 15 minutes durant lesquelles, dans la chambre d'hôtel, je me suis escrimé avec ma télécommande pour trouver Canal + ).
Alors pourquoi un titre aussi fanfaron qu'éloigné de la réalité ? Tout simplement pour générer un max de visite et, par voie synchrone de conséquence, un max de com. Car si ces trois jours m'ont apporté un enseignement, c'est qu'il faut se montrer prêt à tout pour arriver à ses fins…
Mais ne grillons pas les étapes, et prenons plutôt les choses là où elles ont débuté, c'est-à-dire à la gare d'Austerlitz.
Persuadé comme d'habitude d'être terriblement en retard, j'arrive rougeaud et essoufflé aux abords du quai 21 où le fameux "train du livre" attend patiemment sa cargaison d'auteurs parisiens en tout genre. Je ne prête qu'une attention distraite à la cinquantaine de quidams occupés à discuter un verre de café dans une main et un croissant dans l'autre tout en battant de la semelle le sol bétonné, pour consacrer toute mon énergie à trouver une place assise.
Je parcours donc les wagons déjà bien remplis d'individus plutôt volubiles et manifestement ravis de faire partie du voyage. Las, les rares tables libres sont toutes réservées, et mon côté optimiste prenant toujours le dessus dans ce genre de situation, je m'imagine déjà passer le voyage coincé à l'intersection de deux wagons, abrutis par le bruit des roues sur le ballaste et le claquement incessant de la porte des toilettes délivrant au passage son lot d'odeurs putrides. A force d'arpenter les allées, je finis toutefois par tomber sur une tablée pour ainsi dire déserte, à l'exception d'une place, occupée par un homme encravaté, aux allures affables de voyageurs de commerce. Après avoir reçu une courtoise bénédiction, je m'installe enfin. Quelques secondes plus tard, les deux derniers sièges sont pris d'assaut par deux dames qui, à peine le manteau quitté, comment à discuter entre elles. Le train s'ébranle finalement et bientôt le spectacle grisâtre de la banlieue parisienne exhibe ses reliefs puissamment sensuels sous mes yeux encore rougis de sommeil.
Nous roulons depuis une petite demi-heure lorsqu'on nous propose un apéritif. Vin de figue ou vin de noix, tout cela n'est pas pour me déplaire, peu importe l'heure, et je m'empresse d'accepter le gorgeon. Mes trois compagnons de table déclinent pour leur part, et je me retrouve à siroter mon verre avec l'impression tenace d'un alcoolique anonyme venant de faire son outing. Dans la foulée, on nous apporte l'entrée. Je ne vous ferai pas le détail du menu, parce qu'à dire vrai, on s'en fiche un peu, vu que nous sommes sur un blog littéraire (notons juste au passage que le choux farci aux ris de veau et au foie gras, couplé au doux balancement du train, a un peu de mal à passer).
Enhardi par mon vin de figue et un ou deux verres de bordeaux, je commence à lever le nez et à observer avec mon acuité légendaire les gens aux alentours. Certaines têtes me disent vaguement quelque chose, mais quoi exactement ? Heureusement, le "Guide de la 27e foire du livre de Brive" sorte de trombinoscope who's who est là pour me renseigner. Et quelle n'est pas ma stupéfaction de constater que ma modeste personne se trouve à quelques mètres de KENZA !!! Oui... Kenza... Vous ne voyez pas ? Le Loft... Mais enfin, si : le LOFT !!!! Si vous ne voyez vraiment pas, c'est que vous le faites exprès ou que vous n'y connaissez vraiment rien en littérature contemporaine (comme Kenza, quoi). Un peu plus loin, se trouve Denis Tillinac, un peu plus loin encore Jean-Louis Debré, très rock'n'roll avec son djin informe de jardinier du dimanche, porte-feuille en cuir marron dépassant de la poche arrière (ne me demandez pas ce qu’il a écrit…). Et puis juste à côté de moi, Bertina Heinrichs, auteur de "La joueuse d'échec". Pas de doute, on est bien dans le "train du livre" également appelé "le train du cholestérol" par ses contempteurs/détracteurs, on ne sait pas trop. Sans doute dans l'idée de tuer un peu du temps qui nous est imparti, le monsieur affable et encravaté juste devant moi décide d'engager la conversation. Il se trouve qu'il est l'éditeur de Kenza, la George Sand du vingt-et-unième millénaire citée plus haut, mais aussi de Jacques Pradel, qui vient de sortir "Saint-Exupéry, l'ultime secret ". Je m'étonne : quel rapport entre l'homme de la supercherie de Roswell (entre autres casseroles médiatiques) et l'aviateur français ? Réponse : Pradel aime beaucoup l'aviation, d'ailleurs il a son brevet de pilote de coucou et... voilà, quoi. Oui, mais quand même, mener une enquête pour retrouver le pilote de la luftwaffe qui a abattu Saint-Exupéry durant la guerre, c'est un sacré travail de fourmi, ça prend un temps fou non ? Oui, et c'est pour cela que le livre est cosigné avec un journaliste, Luc Vanrell. Pressentant que l'homme cherche à m'embobiner avec de vaines ratiocinations, je m'empare de la bouteille de Bordeaux disposée devant nous et menace de lui fendre le crâne avec s'il ne passe pas aux aveux. Il hésite, je le menace alors de lui commander une seconde part de choux farcis aux ris de veau et au foie gras, il abdique sans condition : en fait, le nom de Jacques Pradel sur une couverture est bien plus vendeur que celui d'un journaliste ignoré du grand public, aussi talentueux soit-il. Et puis signer un contrat avec l'ex-animateur télé, s'est s'assurer d'un service après-vente de haute volé, avec passage à la télé/radio, articles dans les journaux et tutti quanti. Non pas que l'homme fascine à ce point les médias: il en fait tout simplement partie depuis plusieurs décennies, et à ce titre, leurs portes lui sont grandes ouvertes...
Pour être vraiment juste, on se doutait un peu de ce genre de pratique. Cela étant, en avoir la confirmation fait toujours plaisir.
Mais tous ces bavardages m'ont presque fait oublier une des principales raisons qui ont motivé mon déplacement à Brive : rencontrer Frédéric Beigbeider pour qu'il puisse enfin me dire de vive voix tout le bien qu'il pense de moi. L'envie combinée de griller une cigarette et de satisfaire quelque besoin naturel me donne l'occasion toute trouvée pour partir à sa recherche. Un wagon... deux wagons... toujours pas de Frédo... Qu'à cela ne tienne, je m'arrête entre deux pour satisfaire mon besoin de fumée. Tout en allumant mon clope j'avise à deux pas un grand gaillard d'environ 195 centimètres : c'est Jean Teulé. Je lui fais aussitôt part de mon admiration pour son album de bande dessinée/reportage photo "Gens de France" auquel l'émission Streap Tease a tout piqué. Le bonhomme est très simple et gentil, il pourrait pourtant avoir la grosse tête avec la palanquée de bouquin qu'il vend depuis quelques années, mais non, il discute gentiment et me demande même la raison de ma présence dans ce train. Je lui parle de "Comment devenir", il fait "Ah oui ! Ah oui !" comme s'il l'avait lu, ce qui fait toujours plaisir même si d'évidence tout cela ne lui dit absolument rien. Et puis il ajoute : "C'est la première fois que vous prenez le train du cholestérol, alors ?" Et en désignant la drôle de cigarette qu'il tient à la main : "C'est aussi le train du pétard, parfois !". Vraiment sympathique.
Mais tout cela ne me dit pas où est Frédéric Beigbeider...
Je retourne à ma place. Le temps passe gentiment, et le haut parleur finit par annoncer une arrivée imminente en gare de Brive. Les choses sérieuses vont vraiment commencer...

 

Suite au prochain billet.


Où te caches-tu, mon Frédo ?

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Published by Aloysius Chabossot - dans Actualité littéraire
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commentaires

FG 16/11/2008 12:16

Non on ne se connaît pas... enfin si moi je vous ai vaguement vu à Brive... mais ne revenons pas sur cet épisode...
Pourquoi le dictionnaire ? Dans votre réponse du 15/11 vous indiquiez que ma flatterie était "emprunte" d'ironie... et fidèle à mon caractère incisif, peu indulgent... j'en passe et des pires, j'ai voulu, habilement, vous proposer les différentes facettes du mot emp... perdu...

FG 16/11/2008 01:29

METAPHORE ! Vous êtes lourd ... ou muffle ... ! Les corps d'albâtre... opalescents, comme une porcelaine de ... Limoges... Les femmes quoi !
A propos du pont musique littérature, je sors du dernier spectacle de Jacques Higelin... atypique, bourré d'erreurs, de fausses notes mais bouillonnant de poésie, de créativité...
Quand à mon ironie si elle emprunte souvent des chemins ornés de cactus, elle reste empreinte de tendresse... ! ... et vous vous devriez emprunter un dictionnaire ! Ca vous calme ça comme flatterie ?
Les couchers tardifs ... ? Mais jeune homme, vous les accumulez aujourd'hui... ! A mon âge, on n'a plus rien à perdre, ce qui devait s'écrouler l'a fait et ce qui tiendra jusqu'au bout est inaltérable... ! Mes 50 piges approchent et plus l'automne s'affiche plus les feuilles deviennent chatoyantes... alors... espoir !

Aloysius Chabossot 16/11/2008 11:57


Non, les deux : lourd et muffle (et aussi parisianiste et condescendant. Vous êtes sûr qu'on ne se connaît pas tous les deux ?)
Je file emprunter un dictionnaire (Je n'en possède pas chez moi... Pour quoi faire ?)


FG 15/11/2008 02:17

Quel dommage ! Mais cessez donc de regretter, l'avenir est devant nous... enfin devant vous, parce que les femmes vieillissent tellement plus vite que les hommes ! (allez les filles, bougez-vous et hurlez votre révolte !). Se reposer sur votre stand ? Heureusement que mes copines et moi-même n'avont pas propulsé nos corps d'albâtre sur votre tas de livres... vous auriez vu ce qu'épuisement veut dire...
Je viens de sortir avec délice dans un merveilleux concert de Rokia Traoré : créative, vivante, festive, grave et fragile, une voix de blues dans un corps de liane... Du genre à inspirer les écrivains... ! Pourquoi les ponts sont-ils si rares ?
10 dédicaces... ! Pas mal pour Brive, félicitations... ma mère m'a toujours dit que la flatterie marchait toujours avec les hommes ! Allez 2h du matin, je vais plonger moi aussi dans Nathalie Sarraute : Enfances...

Aloysius Chabossot 15/11/2008 14:45


Les hommes vieillissent lentement, l'avenir est devant moi... Décidemment, vous avez un côté rassurant qui gagne à être connu. Pour les corps d'albâtre propulsés sur la table, j'imagine le petit
bois qui en aurait résulté (c'est lourd, l'albâtre, non ?)
Concernant les ponts entre musique et littérature, c'est moins rare que vous ne l'imaginez, et pour ne citer qu'un exemple très récent, Bertina Heinrichs vient de sortir un roman intitulé "It's
allright mama" (je ne vous ferai pas l'affront de vous dire à qui le titre fait allusion). Et vous avez peut-être vu, sur la colonne de gauche à l'entrée du blog, cette magnifique radio qui tend à
démontrer modestement que si l'on écrit, on n'en est pas sourd pour autant ! (Cela dit, je ne connais pas (encore) Rokia Traoré).
Me féliciter pour 10 pauvres dédicaces, si c'est de la flatterie, permettez-moi de penser qu'elle est fortement emprunte d'ironie (ce qui n'est pas pour me déplaire, j'avoue).
Attention, les couchers tardifs tendent à ternir l'éclat de la peau...


FG 14/11/2008 13:14

Allez hop (non, calmez-vous !), une salade au boulot et un p'tit coup d'oeil sur votre site... J'adore littéralement votre description de Brive et j'attends avec impatience la suite de vos sublimes aventures... pour ce que j'en ai vu en passant sur votre stand vous étiez à fond la caisse !
Pour la langue... ciel ! Mais vous n'avez donc jamais été petit ? Jamais fait un super difficile devoir de math ? Jamais tiré la langue de concentration et de souffrance mélangées ? Mais, qu'alliez-vous imaginer... ? Le rouge me monte au front ! Je parlais de dédicace, seulement de dédicace, vous l'aurez compris sans doute ! ... Mais, si je comprends bien... vous ne seriez pas passé à l'acte... à Brive ?? Pas étonnant que vous soyiez ronchon !

Aloysius Chabossot 14/11/2008 14:08


Le stand donne une fausse idée de la chose, tout se passe ailleurs, bien sûr. Le stand n'ets là, en définitive, que pour se reposer du reste, vous l'avez bien compris.
Pour la langue, je parlais bien sûr de dédicace, quoi d'autre ? Et bien sur que si que je suis passé à l'acte : un dizaine de dédicace, tout de même, ce qui n'est pas énorme mais pas négligeable
non plus. Avec vous, si vous l'aviez voulu, ça aurait fait 11. Quel dommage, tout de même !


FG 13/11/2008 21:32

Excellent ! Mais passez donc à l'acte ! L'avez-vous fait à Brive ? Et si vous l'avez fait y avez-vous pris du plaisir ? Main droite ou main gauche ? et la langue, passant doucement entre les dents pour favoriser la concentration ? et votre partenaire a-t-elle râlé longuement ou bien muette de plaisir a-t-elle tendu une main tremblante pour saisir.... Aaaaaahhhh ! Mmmmmhn ces séances de dédicaces !

Aloysius Chabossot 14/11/2008 09:11


Vous ne voudriez tout de même pas que je raconte des choses qui ne sont jamais arrivées ! Ce n'ets pas vraiment mon genre...
(Il faudra cependant que vous m'expliquiez cette histoire de langue qui favoriserait la concentration...)