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13 novembre 2008 4 13 /11 /novembre /2008 19:30

Le train s'arrête enfin dans un sifflement de ferraille (assez classique pour un train). Le spectacle qui nous attend à l'extérieur de la gare me soulève les tripes : à perte de vue, tout n'est que ruine, malheur et désolation. Quelle connerie la guerre, comme l'avait si finement observé le poète.

Non, je plaisante.

Pour sortir de la gare, nous devons emprunter un chemin encadré de barrières sur lesquelles s'agglutinent une cinquantaine de retraités, appareil-photo en main, l'œil clignant nerveusement dans le viseur, l'index frémissant prêt à s'abattre sur le déclencheur. On aime la littérature à Brive ! Ou du moins, les têtes connues de la littérature. Car des visages vaguement familiers, vaguement entrevus, d'accord, mais de vedettes : point. Pas de quoi la ramener lors de la soirée photo du club du 3ème âge. Du coup, les flashs restent en berne, et ce n'est pas aujourd'hui qu'on attrapera une conjonctivite.

A l'extérieur, un type me tend un papier. Pensant qu'il veut un autographe, je m'en empare avec une joie à peine contenue et commence à chercher mon stylo. Mais non, il s'agit d'une délégation de cheminots de la CGT qui manifeste contre leurs conditions de travail.. Pris de court, j'empoche le tract, l'air penaud.

Pas moins de quatre cars ont été affrétés pour transporter tous les éminents scripteurs parisiens à leur hôtel respectif, qui sont d'un standing très variable selon la magnificence et le prestige supposé de l'éditeur. Chez Gallimard, par exemple, on est logé dans une sorte de palace rococo. Chez Milan , on est à l'hôtel Ibis, ce qui reste très convenable. (Pour les éditions Chabossot, j'avais imaginé planter des tentes sur les bords de la Corrèze, mais l'idée n'a pu se concrétiser, faute de tente).

Je m'installe à l'arrière d'un bus et observe les arrivants. En fait, les écrivains ne se démarquent absolument pas d'un groupe de touriste moyen embarquant pour le circuit des châteaux de la Loire, si ce n'est peut-être, le nombre surprenant de chapeaux en feutre qui ornent les têtes. Dans un virage en épingle à cheveux, j'aperçois avec effroi les trois cars qui nous précédent : et si d'un coup les conducteurs devenus fous écrasaient leur champignon respectif, et si tout le monde volait dans le décor ? C'est la littérature française et contemporaine dans sa presque intégralité qui s'en trouverait subitement anéantie. A cette vision d'horreur, je suis à deux doigts de tourner de l'oeil. Heureusement, l'engin vient de s'arrêter devant l'hôtel Ibis. Un petit groupe descend, je fais une pause au milieu de parking et empli mes poumons du bon air de la campagne, avant de me rappeler que nous nous situons en centre-ville. La halle Georges Brassens se trouve à 500 m de là, et le programme qui m'a été transmis par mail m'indique que nous y sommes attendus vers 16 h pour entamer la première séance de dédicace. Je prends possession de ma chambre, range les multiples tenues d'apparat que j'ai apporté dans mon énorme valise Samsonite dans une armoire de style "Mélaminé 1er", me brosse les dents, réajuste le noeud de ma cravate, puis pars enfin à la rencontre de mon large public.

En chemin, une pensée m'assaille... Je n'ai toujours pas croisé mon Frédo... Qu'à cela ne tienne, l'inauguration officielle est à 19h, il sera forcément là pour serrer quelques louches et tapoter le crâne du préfet.

Je fais mon entrée dans la halle Georges Brassens qui, en temps normal, accueille le fameux marché de Brive. Là, pas de canards, d'oeuf, de laitues ou de cochons, mais des stands, partout, avec des piles de livres qui encombrent les tables. Etonnant, non ? Je finis par trouver l'emplacement de Milan qui se situe dans l'espace réservé à la jeunesse. L'idée de passer trois jours au milieu d'abominables enfants hurleurs et capricieux ne m'enchante pas plus que ça, mais Emilie, la sémillante responsable marketing des éditions m'apprend qu'on m'a trouvé une petite place dans la partie "adulte", ce qui fait tout de même plus sérieux, et me propose sur le champ de m'y accompagner. Il s'agit d'un stand regroupant divers éditeurs, de ces "petites maisons" qui n'ont pas forcément les moyens d'envoyer tout un staff d'auteurs encadrés d'attachés de presse/gravure de mode pour ratisser les boîtes de nuit du coin (suivez mon regard...) Du coup, on trouve un peu de tout ici et le prix Médicis2008 Jean-Marie Blas de Roblès (Là où les tigres sont chez eux) côtoie sans plus de manière d'obscurs auteurs spécialisés dans le secret des Templiers et autres fariboles (dans le genre « méthode pour devenir un brillant écrivain »....).

Je m'assois donc derrière ma table. Devant moi, une cinquantaine d'exemplaires de mon bouquin, à ma gauche un journaliste qui a écrit plusieurs ouvrages sur "le mystère de Rennes-le-Château", à ma droite Caroline Sers, une jeune romancière des éditions Buchet-Chastel qui compte déjà trois romans à son actif. Nous échangeons quelques paroles aimables tout en observant le public déambulant devant le stand, qui de son côté nous observe également. Curieuse impression d'être au zoo, côté bestiole... Reste à savoir quel type : grand fauve majestueux ou autruche ridicule. En parlant de grand fauve, j'aperçois à ma droite un groupe plus dense que les autres qui avance entouré d'une nuée de photographes se déplaçant à reculons avec force gesticulation.

Serait-ce…?

Je regarde ma montre (ou plutôt celle du voisin) : 19 h passées ! Il est donc là, forcément, dans l'oeil du cyclone. Je me lève : effectivement, j'aperçois le crâne outrageusement capilarisé de notre night-clubber national. Il avance d'un pas de maréchal cacochyme, l'oeil perdu, un sourire mièvre aux lèvres et un verre de... grenadine ou de vin rouge je ne sais pas exactement, à la main. J'ai l'impression d'assister au passage d'une étape du tour de France cycliste. Heureusement que ce n'est pas le cas, car Frédo aurait sans doute été contrôlé positif.

Je m'explique.

Dans le train qui nous a amenés jusqu'à Brive, figurait un wagon spécial réservé à l'usage exclusif des VIP, où l’on pouvait trouver bien évidemment notre ami, accompagné d'Amélie N et quelques autres du même acabit. Comme vous ne l'ignorez plus, ce tortillard est un véritable lieu de perdition pour quiconque aime goûter plus que de raison les plaisirs de Bacchus. Ce que n'a pas manqué de faire mon Frédo. Résultat : il s'est mis consciencieusement minable tout le long du trajet pour finalement atterrir (?) en gare de Brive saoul comme un petit cochon. Les organisateurs venus l'accueillir l'avaient drôlement mauvaise, d'autant que le choix de Beigbeider, maintenant que la municipalité avait basculé de droite à gauche lors des dernières élections, était loin de faire l'unanimité et le bonheur de tous. Car enfin quoi, l'écrivain jet-setter, même s'il avait commis la campagne de Robert Hue aux avant-dernières élections présidentielles, était encore loin d'épouser les oripeaux du parfait écrivain de gauche (sauf pour le caviar). Furibond, le staff a accompagné notre ami proseur incapable de mettre un pied devant l'autre à son hôtel, l'a abandonné les bras en croix sur son lit puis à tourné les talons.

Mais c'était sans compter sur la puissance de récupération de la bête qui, à l'heure dite, était bel et bien présent pour se pavaner dans les allées du salon, accompagnée du maire et de quelques sommités locales terrorisées à l'idée qu'il gerbouille sur les micros au moment du discours inaugural. Mais finalement, tout s'est très bien passé. Et dès le soir même, Fredo était en boîte (enfin, dans LA boîte de Brive), où il a fait le "DJ" pour tous ses amis jusqu'à plus d'heures.

De mon côté, la fin de journée a été nettement moins mouvementée. Aucune tendinite en vue, dans la mesure où je n'ai signé aucun livre. Le soir, l'équipe Milan s'est rassemblée pour manger dans un excellent restaurant (sans foie gras cette fois) puis chacun a sagement regagné sa chambre d'hôtel. Allongé sur mon lit et sentant l'inspiration monter, je me suis emparé de mon stylo et de mon calepin, puis j'ai écrit un roman jusqu'à 6 heures du matin. En fait, c'était mon intention initiale, mais j'avais perdu mon stylo, alors je me suis rabattu sur la télévision. « Chouette, me suis-je dit en me frottant les mains d’un air concupiscant, j'ai Canal+ et nous sommes samedi, à moi les délices du stupre et de la lubricité, à moi l'extase de la volupté, bref, à moi le film coquin !". Après avoir étudié longuement le fonctionnement de la télécommande, je tombe enfin sur ladite chaîne. En lieu et place des cochoncetés espérées, on avait droit à une sorte de clip publicitaire pour le yoga tantrique, visiblement commandité par une association gay californienne, sensé faciliter la compréhension du corps de l'autre afin de décupler les sensations lors de l'acte charnel. Pour ma part, je suis tout prêt à m'investir dans la compréhension du corps de l'autre, à condition cependant que l'autre en question ne porte pas de moustache.

De toute façon, il était déjà bien tard. Un peu dépité, je suis rentré dans mes draps et j’ai éteins la lumière (ou le contraire, je ne sais plus).

Le lendemain, une rude journée nous attendait.


 Tout comme Frédo, Sébastien Follin nourrit une véritable passion
pour les excès cappilaires (et pour la littérature aussi, bien sûr).

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Published by Aloysius Chabossot - dans Actualité littéraire
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commentaires

victoria 01/12/2008 20:36

Je viens seulement de récupérer internet chez moi (cause déménagement) et au bureau je suis en panne depuis 1 mois.. donc je viens de lire votre tome 2 et je dois vous avouer cher Aloysius que comme vous j'ai logé à l'hôtel ibis mais à Lyon et j'ai aussi chercher à mater un film de cul mais je me suis rendue compte que la semaine il n'y a pas de sexe sur canal + c'est balo hein en même temps ça risquait pas de m'énerver...Bon l'année prochaine mon salon a lieu à Barcelone : c'est fun non ? Barcelone ça vous branche Aloysius ? Je file lire le tome 3 !

Maudit-Bic 15/11/2008 17:29

Pour cause d'absence (avec mot d'excuse de maman), je viens de prendre connaissance du tome 1 et 2 de ces merveilleuses aventures. C'est avec une joie non dissimulée et un plaisir anticipatoire difficilement soutenable que je me dirige vers le 3. A fond le tome !

Aloysius Chabossot 16/11/2008 12:04


Oui, mais on voit bien que c'ets vous qui avez imité la signature de votre maman, sur le mot, c'est pas joli-joli.
Mais bon, ça va pour cette fois...


Stef 15/11/2008 11:16

La suite, la suite, vite, la suite!

Aloysius Chabossot 15/11/2008 14:32


Ca vient (lentement), ça vient !


Seb 14/11/2008 22:26

Billet tout aussi réussi que le précédent. Mais on veut la suite. Quel suspens. Le face à face avec Frédo s'est-il produit ? Sinon, pour répondre à votre question d'hier, le salon de Lyon, c'était pas mal, mais ça ne vaut pas Brive. Enfin, je parle du souvenir que j'ai du salon de Brive de l'année dernière. Qui ressemble presque au salon que vous décrivez. Presque, oui.

Aloysius Chabossot 14/11/2008 23:01


La suite, ben je vais m'y atteler, mais c'est pas facile, vous savez !
L'année prochaine, j'irai à Lyon !


Antooniiaa (c'est rare, profitons) 14/11/2008 21:46

Damned ! encore perdu. (Fredo)

Aloysius Chabossot 14/11/2008 23:00


Perdu quoi ? C'est qui Antooniiaa ? C'est qui Fredo ? (ça fait 3 questions)