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7 janvier 2009 3 07 /01 /janvier /2009 15:13
 Alors que chacun d'entre nous se pique, à l'instar de Florent Pagny, d'une totale liberté de penser, la question mérite d'être posée.
D'autant que la réponse à laquelle je suis parvenu après des heures de méditation intensive met à mal cette illusion de libre-arbitre qui nous habite tous lorsque nous nous promenons au milieu des étals des librairies :
on achète un livre,  parce qu'on nous a dit de le faire.
Tout simplement.
Bien sûr, le "on" en question peut revêtir une multitude de formes, plus ou moins pernicieuses : cela va du bon ami qui déboule dans votre salon en s'écriant: "Sapristi, ce bouquin envoie du steak ou je ne m'y connais pas ! Il faut absolument que tu le lises !" à l'article de magazine spécialisé (la Quinzaine littéraire, Biba, etc), en passant par la publicité toute bête.
Quoiqu'il arrive une chose est sûre : l'acte d'achat est toujours motivé par une influence extérieure. Et même lorsqu'on batifole autour de la table des nouveautés, on ne passera jamais à la caisse sans au moins avoir lu la quatrième de couverture qui n'est rien d'autre, tout compte fait, qu'une incitation à dépenser son argent.
Bon, vous allez me dire que je suis en train d'enfoncer une porte déjà largement ouverte. C'est vrai, c'est probablement parce que ça fait moins mal. Mais restons sérieux un instant, car vous êtes cependant loin d'imaginer à quel point le système de la prescription est efficace lorsqu'il est appliqué à grande échelle...
En Angleterre, il existe depuis plusieurs années un talk-show animé par un couple, Richard Madeley et Judy Finnigan, la cinquantaine propre sur eux, qui draine une dizaine de millions de téléspectateurs. Une fois par semaine, nos deux comparses présentent un livre qui leur a drôlement plu. Bon, pour dire la vérité, c'ets la productrice de l'émission qui les choisit pour eux, mais on s'en fiche, le résultat est le même : dans les semaines qui suivent la diffusion, les ventes dudit roman augmentent de 3000% ! Rien que sur la première année, les ventes tout titre confondu se sont élevées à 25 millions d'exemplaires et on en est à 60 millions aujourd'hui. Impressionnant, d'autant que les bouquins mis en valeur ont bien souvent été écrits par des auteurs inconnus du grand public, voire par des primo romanciers, comme Victoria Hislop qui après que son livre fut élu "lecture de l'été 2006", s'est maintenu pendant 14 semaines au top des ventes. Pivot, à côté, c'est la force de frappe d'une feuille de choux ronéotypée à 50 exemplaires.
 Tout cela est bien beau (surtout pour les éditeurs) mais pose tout de même un problème que je m'en vais illustrer sans plus attendre.
Je lisais l'autre jour le blog de Pierre Assouline (l'homme qui a arrêté récemment le café) lorsque je tombe sur un billet consacré à un petit livre de Philippe Garbit "L'invitation à dîner : Et autres récits venimeux ". L'article est tellement bien tourné, flatteur sans être obséquieux, attirant sans être aguicheur que mon sang ne fait qu'un tour : direction amazon, clics frénétiques, numéro de carte bleue, vous connaissez le topo. Quelques jours plus tard je reçois le livre, que je commence en me pourléchant mentalement les babines (sinon ça fait pas propre). Et là, grosse, énorme déception : c'est carrément mauvais, à tel point que j'abandonne ma lecture pour me plonger aussitôt dans une revigorante étude du catalogue des 3 Suisses (Printemps/Eté, celui avec les maillots de bain) qui me permet d'oublier un peu mon désarroi.
 Par la suite, je n'ai pas pu m'empêcher de me demander si je n'avais pas été la victime d'un "coup de pub" de la part de Pierre Assouline, qui aurait tout simplement donné un petit coup de pouce à un bon vieux copain par le truchement de son blog. Bien sûr, je ne le saurais jamais, mais le doute subsistera pour toujours dans mon esprit désormais tourmenté.
 D'où ma conclusion, effrayante (je vous aurais prévenu) : s'il est possible de berner avec une telle déconcertante facilité un être aussi évolué et malin que moi, imaginez ce que cela doit être pour vous, pauvres petites créatures naïves et crédules ! Tous ces livres que vous vous êtes empressés d'acheter, bercées par les douces et fallacieuses promesses d'une voix faussement amie ! Toutes ces fois où vous avez succombé au mielleux PPDA vous jurant, la main sur le coeur et une larme au coin de l'oeil, qu'il n'avait de sa vie jamais rien lu d'aussi beau (ce qui, dans un sens n'était pas faux, car PPDA ne lisait PAS les livres qu'il présentait, et se contentait le plus souvent d'une fiche de lecture rédigée à la hâte par une jeune et accorte stagiaire).
Aussi je me permets de vous adresser cet avertissement solennel : méfiez-vous des conseils, surtout s'ils proviennent d'une voix soi-disant autorisée et compétente. Souvenez-vous du cas ô combien emblématique des "Bienveillantes", le livre que tout le monde a acheté, mais que personne n'a lu (du moins jusqu'au bout). N'y a-t-il pas eu là encore, et sur une grande échelle, tromperie sur la marchandise ?
Le plus cocasse, c'est que les auteurs en devenir auto-édités sont parfois eux aussi tenté par le coup de la prescription. Sauf qu'ils ne connaissent aucun journaliste qui pourrait parler de leur livre (et d'une manière générale, il ne connaissent personne qui serait en capacité de parler de leur livre, puisque personne ne l'a lu). Ils se lancent donc à corps perdu dans une pathétique opération que je nommerai l'auto-buzz, et qui consiste à submerger les forums littéraires d'appréciations outrageusement dithyrambiques sur leur production, signées par une multitude de pseudos qui ne dissimulent en réalité qu'une seule personne : le machiavélique auteur. Certains vont même jusqu'à conclure leur logorrhée hagiographique par un touchant : "Je tiens à préciser que je ne suis pas l'auteur de cet incroyable chef d'oeuvre, ni un de ses amis, mais que j'aurais bien aimé parce que vraiment, qu'est-ce que c'est bien". Autant dire que la plupart du temps, ce genre de combine se solde par une augmentation des ventes de 3000% (3000% de zéro restant malgré tout assez proche du néant).
Il existe toutefois un auteur qui a su pousser cette démarche jusqu'à l'absurde avec un talent certain, c'est J-P Bâchet. Le personnage m'a tellement intrigué que j'ai voulu commander son livre "Eddy Magior contre les puissances des ténébres" (ce titre...) . Las, mal m'en a pris : j'ai attendu la livraison pendant plus de deux mois, en vain : l'éditeur, sollicité par amazon, était dans l'incapacité de fournir.
 Alors, J-P, si tu me lis...


On ne l'a fait pas à Florent Pagny : même sa
 feuille d'impôt, il refuse de la lire.


En complément, voici un lien vers une émission d' "arrêt sur image" qui traite de la critque et de la complaisance à la télévision, très intéressant.
LIEN
Merci à Aphasique pour cette information


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Published by Aloysius Chabossot - dans Actualité littéraire
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commentaires

Camille 21/04/2009 18:16

Je ne sais même plus comment je suis arrivée sur ce blog, mais le pourquoi du comment n'est finalement pas si important.
Après avoir lu les commentaires postés sur cet article, je me suis posée une question existentielle...étiez-vous si âgé ou si respectable au point que tout le monde vous vouvoie? Après un petit détour par la case auteur pour trouver une réponse à ce mystère, je me dis que oui, je suis dans l'obligation de vous vouvoyer.
Délicate mission, étant donné que je suis une jeune personne habituée à l'anonymat d'internet et à la douce berceuse du tutoiement, fort plus pratique pour m'éviter les fautes d'orthographe! Donc pardonnez moi d'avance pour toutes celles qui subsisteront.

Bref, je m'égare, je m'égare.
Je n'ai pas la prétention d'être publiée un jour, mes fonds de tiroir sont en effet enchantés d'accueillir les multiples feuilles que je remplis de mon écriture.
Et pour remplir mes étagères de livres, j'ai privilégié une technique relativement simple.
Ne faisant pas confiance aux multiples classements, revues, et autres émissions littéraires, je n'achète que ce que l'on nomme "des classiques". De bons vieux auteurs morts (paix à leur âme), mais ayant fait leur preuve.
Quant au reste, les bibliothèques municipales sont une mine d'or relativement inépuisable, et me permettent d'emprunter sans scrupule les derniers romans chaudement recommandés par la critique, mais qui me refroidissent dès la 20ème page. Dieu merci, l'abonnement est gratuit, et je peux les reporter sans culpabiliser.
Vous pouvez aussi essayer la technique dite du "squattage de boutique". Rendez vous à la Fnac, ou à la librairie la plus proche, prenez le premier "roman" qui vous tombe sous la main, posez votre divin postérieur sur un siège, et profitez sans honte du merveilleux livre que vous avez eu le malheur de choisir. Quelques minutes plus tard, je vous conseille de trouver un autre sujet de lecture. En dernier recours, vous pouvez toujours vous diriger vers le rayon "voyage", et regarder s'il n'y a pas une île perdue qui vous attend au milieu du Pacifique, et qui vous permettra d'échapper à ce monde cruel...peace, love and rock'n roll.

Il n'est plus temps de le faire, mais je n'ai jamais fait dans la normalité, donc je vous souhaite une très bonne année.

Camille, 18 ans et toutes ses dents.

PS: Je risque de hanter votre blog quelques temps. Votre écriture est "décapante".

Aloysius Chabossot 22/04/2009 09:35


Chère Camille qui a toutes ses dents (félicitations) merci pour ce long commentaire, et pour tous ces conseils de lecture pas chère (des techniques que j'ai moi-même adoptées depuis longtemps).
Et je ne peux que vous encourager à poursuivre votre exploration des auteurs morts et tombés dans le domaine public, qui sont en général plus intéressants et moins bruyants que les vivants.


Pierre Pignoche 09/04/2009 15:04

Bonjour cher Aloysius,

Avez-vous réussi à vous procurer le fameux livre "Eddy Magior" ?
D'après le site amazon.fr, il reste encore un dernier exemplaire en stock...

C'est avec impatience que nous attendons votre critique littéraire de ce chef-d'œuvre !

Aloysius Chabossot 09/04/2009 15:38


Hélas, mille fois hélas ! Je n'ai jamais reçu le livre, l'éditeur ne daigne pas, semble-t-il, honorer ses commandes. L'auteur aurait sans doute été plus inspiré en passant par une maison telle que
lulu.com... Car là, combien de lecteurs potentiels plongés dans le plus grand des marasmes ? Tiens, je ne préfère pas y penser.



anne veillac 23/01/2009 21:21

Il y a aussi les fois où l'on traîne dans une librairie, où l'on ouvre les livres (presque) au hasard, où l'on lit le début de l'histoire et où l'on est conquis par l'écriture.

Aloysius Chabossot 29/01/2009 09:33


Ce sont les fois les meilleures.


Schlabaya 17/01/2009 22:20

Je peux comprendre l'autobuzz, mais je ne crois pas que cela marche très bien. Je crois tout de même plus efficace de créer un site d'auteur, si possible avec un blog ou un forum associé, dans lequel on fait la promotion de ses livres. En revanche, il est important dans ce cas de bénéficier d'un réseau composé d'autres auteurs et de lecteurs-blogueurs avec lesquels il peut y avoir échange de liens. Bien sûr, le copinage aura aussi des effets pervers. Mais, personnellement, j'ai découvert plusieurs auteurs grâce à leurs sites et/ou en lisant des critiques sur différents blogs. Personnellement, j'achète peu de livres (faute de moyens), ce qui me rend sélective. J'emprunte volontiers à la bibliothèque, et quand je suis séduite, j'achète parfois après lecture pour offrir. C'est vrai aussi qu'il faut bien avoir entendu parler d'un livre d'une façon ou d'une autre. Personnellement, j'aime bien parler de livres sur mon blog, le plus souvent d'auteurs pas hyper connus.
En résumé, je préfère la pub gratuite faite par internet (même si elle n'est pas nécessairement désintéressée) que la pub organisée par les décideurs économiques.

Aloysius Chabossot 20/01/2009 10:04


Les décideurs économiques ont d'ailleurs compris le poids que prenait internet, et ils commencent à envoyer des livres aux"bloggeurs influents" afin qu'ils en fassent la critique.
Le piège serait bien sûr pour le bloggeurs de ne produire que d'excellentes critiques pour continuer à obtenir de livres gratuits. Mauvais calcul, puisqu'il perdrait bien rapidement toute
crédibilité... Cependant la tentation est grande !
Dans ce domaine, une seule est intraitable et incorruptible : Cogito Rebello (voir les liens)


Corn-Flakes 14/01/2009 20:56

Tout de même l'auto-buzz est compréhensible, on est fier de son petit livre. Bon après, il y a des techniques plus ou moins agressives de promotion, c'est vrai...
Enfin bref, sinon c'est une petite diatribe appréciable, même si elle peut être étendu d'une manière plus générale.

Aloysius Chabossot 15/01/2009 15:09


C'est vrai.