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10 avril 2009 5 10 /04 /avril /2009 16:33

Le principal problème des écrivains en devenir, c’est le style ( Pour ceux dont l’autre principal problème est l’histoire, un conseil : recyclez-vous dans le scrapbooking). Combien d’écrivains prometteurs viennent frapper à ma porte, les yeux emplis de larmes, et me supplient de les aider !

L’honnêteté intellectuelle m’oblige à répondre : aucun. Cela étant, ce n’est pas une raison suffisante pour me soustraire à mon devoir.

Aussi ai-je aujourd’hui la joie et l’honneur de vous faire part d’une toute récente découverte qui va révolutionner votre pitoyable existence d’écrivaillon ignoré (voire moqué).

Oui, lamentable auteur au style aussi invertébré et peu ragoûtant qu’un gastéropode baveux dégorgeant au brutal soleil de juillet, une lueur d’espoir s’offre enfin à ton regard  chassieux. A toi enfin la maîtrise d’un style percussif, original, puissant et moderne, en l’absence duquel il n’est objectivement pas raisonnable d’espérer être lu aujourd’hui, au sein d’une société qui célèbre jusqu'à plus soif les principes d’excellence et de compétitivité.

Avant, bien sûr, c’était plus facile, et un pauvre type comme Maupassant pouvait à loisir noircir des pages et des pages d’où suintait la plus effarante des médiocrités sans être vraiment inquiété : faute de concurrence, ses petites historiettes remplissaient les journaux et lui assuraient un train de vie tout à fait indécent au regard de son incroyable absence de talent. En 2009, tout ça est bien terminé, la concurrence est sauvage, les appétits démesurés, les ambitions hors normes. Pensez tout de même que vous allez vous confronter à des Musso, des Angot, des Beigbeider !

Seule échappatoire : sortir du lot en applicant ma méthode.

 

Pour être tout à fait clair dans notre démonstration, nous nous proposons de prendre l’incipit des « Misérables » de Victor Hugo, écrivain surfait au style plat et soporifique :

 

« En 1815, M. Charles-François-Bienvenu Myriel était évêque de Digne. C’était un vieillard d’environ soixante-quinze ans ; il occupait le siége de Digne depuis 1806.

Quoique ce détail ne touche en aucune manière au fond même de ce que nous avons à raconter, il n’est peut-être pas inutile, ne fût-ce que pour être exact en tout, d’indiquer ici les bruits et les propos qui avaient couru sur son compte au moment où il était arrivé dans le diocèse. Vrai ou faux, ce qu’on dit des hommes tient souvent autant de place dans leur vie et souvent dans leur destinée que ce qu’ils font. M. Myriel était fils d’un conseiller au parlement d’Aix ; noblesse de robe. On contait que son père, le réservant pour hériter de sa charge, l’avait marié de fort bonne heure, à dix-huit ou vingt ans, suivant un usage assez répandu dans les familles parlementaires. Charles Myriel, nonobstant ce mariage, avait, disait-on, beaucoup fait parler de lui. Il était bien fait de sa personne, quoique d’assez petite taille, élégant, gracieux, spirituel ; toute la première partie de sa vie avait été donnée au monde et aux galanteries. »

 

Nous allons à présent transformer cet infâme brouet en phrases modernes et percutantes, grâce au merveilleux outil linguistique que google nous offre gratuitement.

Dans un souci d’efficacité, il est recommandé, pour vos propres textes, de suivre à la lettre la procédure que j’ai appliquée ici et que voici :

traduire le passage en anglais, puis traduire le texte obtenu en allemand, puis le traduire en espagnol pour finalement traduire le résultat obtenu de nouveau en français. Cela apparaît comme un strict minimum pour un effet de modernité conséquent. L’auteur se piquant de modernité extrême, voire d’avant-gardisme, aura tout intérêt à cumuler les traductions successives, passant au gré de sa fantaisie du finnois au hindi, du hindi à l’estonien, etc. Sans oublier in fine de revenir au français, bien sûr.

 

Voici le résultat obtenu, phrase après phrase. La version de Victor Hugoogle est en italique

 

En 1815, M. Charles-François-Bienvenu Myriel était évêque de Digne. C’était un vieillard d’environ soixante-quinze ans ; il occupait le siége de Digne depuis 1806.

 

En 1815, Charles-François-Bienvenu Myriel était évêque de Digne. Il était un homme âgé d'environ soixante-cinq ans, il a occupé le siège de Digne depuis 1806.

 

Quoique ce détail ne touche en aucune manière au fond même de ce que nous avons à raconter, il n’est peut-être pas inutile, ne fût-ce que pour être exact en tout, d’indiquer ici les bruits et les propos qui avaient couru sur son compte au moment où il était arrivé dans le diocèse.

 

Bien que ce détail n'est pas en aucune façon la substance de ce que nous pouvons dire que cela serait utile, ne serait-ce que pour être plus précis dans tout, une référence à des sons et des mots, l'intérêt gagné sur votre compte lorsque vous êtes dans le diocèse.

 

Vrai ou faux, ce qu’on dit des hommes tient souvent autant de place dans leur vie et souvent dans leur destinée que ce qu’ils font.

 

True ou mauvais, ce qui est dit des hommes souvent considérée comme importante dans leur vie et souvent leur sort, comme ils le font.

 

M. Myriel était fils d’un conseiller au parlement d’Aix ; noblesse de robe.

 

M. Myriel était le fils d'un conseiller du Parlement d'Aix, noble toge.

 

On contait que son père, le réservant pour hériter de sa charge, l’avait marié de fort bonne heure, à dix-huit ou vingt ans, suivant un usage assez répandu dans les familles parlementaires.

 

Une histoire de son père, la réserve est d'hériter de son poste, il avait épousé très tôt à dix-huit ou vingt ans, après l'utilisation très répandue dans les familles parlementaires.

 

Charles Myriel, nonobstant ce mariage, avait, disait-on, beaucoup fait parler de lui.

 

Charles Myriel, même le mariage, a dit beaucoup sur elle.

 

 Il était bien fait de sa personne, quoique d’assez petite taille, élégant, gracieux, spirituel ; toute la première partie de sa vie avait été donnée au monde et aux galanteries.

 

C'est à cause de lui, quoique relativement petit, élégant, élégant, spirituel, de la première partie de sa vie a été donnée au monde et d'héroïsme.

 

 

 

Est-il besoin d’en dire davantage ?

Non.

Alors, ami écrivaillon, au travail !


 

Mon nom de moi il est Victor Hugoogle

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Published by Aloysius Chabossot - dans Comment écrire un roman
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commentaires

Anne 30/08/2011 18:08


Merci ! Je vais de ce pas traduire ma mauvaise littérature et espère ainsi en faire un best-seller !!!!


scarch 31/12/2010 12:59



Je découvre votre blog au hasard de mes pérégrinations sur le net, et vos articles ont chatouillé agréablement mon œil donc je m'y suis arrêté. J'ai eu envie de lire les commentaires sur cet
articles, et comme souvent, je suis effrayé par les jugements totalitaires de certaines personnes, donc je me suis senti obligé d'y répondre.


Avant tout, un intellectuel auto-proclamé doit, me semble-t-il, faire preuve d'humour et surtout, surtout, de tolérance. Réfléchir et se poser des questions, puisque c'est de cela qu'il s'agit,
suppose l'acceptation de l'opinion d'autrui, quel qu'elle soit. Ce ne sont pas les actes qui créent le débat, mais les paroles, les dialogues. Donc autant dire des énormités, même pensées, plutôt
que de se garder d'en parler en évoquant je ne sais quel tabou, même s'il s'agit de défendre un écrivain. Je préfère quelqu'un qui parle sans comprendre a un autre bien plus dangereux qui agit de
la même manière. Au delà de l'humour, même si l'auteur de ce blog pensait que Victor Hugo et Maupassant étaient de piètres écrivains, il aurait totalement le droit de le dire, et si je ne
concevais pas cela comme de l'humour, je me serais empressé de lui demander ce qui l'avait amener à penser cela. Mais non, certains préfèrent insulter le style, regarder la paille dans l'oeil des
gens qui ne pensent pas comme eux au risque de passer pour des obscurantistes du gout et des couleurs. Quelle tristesse. Si je m'insurge, c'est simplement parce que ce phénomène n'est pas propre
à ce blog, loin s'en faut. Trop de gens sont influencé par la forme des choses, plus que par leur fond, ce qui les pousse à croire tout ce que tel pseudo intellectuel dit sans aller chercher à en
savoir plus.


J'ai apprécié votre article, et je ne me permettrais pas de juger votre style sur de simples articles de blog. Vous avez manifestement tout compris à la réelle ironie, qui se décompose selon moi
en deux catégories : celle qui consiste à dire des énormités si évidente qu'elle ne peuvent être réellement pensée, et celle qui fait dire à son auteur des vérités difficile à acceptées, sur le
ton de l'humour pour en dégager un fond différent, comme le faisait Desproges, Coluche, ou actuellement des chroniqueurs comme Nicolas Bedos.


Merci pour cet article, je n'en tirerai aucune leçon pour améliorer mon style, mais j'en ai apprécié la lecture.



Aloysius Chabossot 10/01/2011 09:46



Oui, les gens sont méchants.



Kiwaz LaGazelle 18/12/2010 17:11



Hin hin hin ^^


Pardon, cela fait 10mn que je ricane suite à la lecture de votre billet ^^


J'arpente votre blog depuis quelques jours déjà, et étant plutôt du genre "lecteuse" que "commenteuse", je me contentais de glousser tranquillement dans mon coin, sans rien demander à personne.
Las ! Je ne puis plus résister !

Merci encore ^^



Aloysius Chabossot 20/12/2010 11:05



C'est très bien d'avoir franchi la terrible épreuve du commentaire !


En tout cas, ça me fait plaisir !



Wyny 17/09/2010 20:06



Bonjour !


Je ne suis pas écrivain, je m'amuse juste avec de la fanfiction et cherchais quelques conseils pour que mes scribouillis soient mieux construits quand je suis tombée sur votre blog.


Je suis séduite par votre humour, même si, pour être honnête, vos articles ne m'ont pas nécéssairement tous fait sourire. Question d'intérêt pour le sujet, sans doute, ou parce que parfois je ne
partage pas ou que partiellement votre opinion. C'est ainsi.


Mais je trouve vraiment dommage de lire parmis les commentaires tant de preuves d'incompréhension, tant de messages frustrés, agressifs ou même haineux de la part de personnes qui bien souvent
n'ont même pas remarqué que vous plaisantiez. Et d'autres qui l'ont fait, mais qui s'autorisent à être insultants sous prétexte que leur opinion sur le sujet diverge.


"On peut rire de tout, mais pas avec n'importe qui." disait Pierre Desproges. Les
commentaires de votre blog en sont la preuve.


Bref. Je ne m'attarde pas plus et vais continuer la lecture de vos conseils. Je ne sais pas s'ils m'aideront beaucoup dans la
rédaction de mes petites histoires, mais en tout cas ils me font bien rire.


Merci.



Aloysius Chabossot 17/09/2010 23:27



"je trouve vraiment dommage de lire parmis les commentaires tant de preuves d'incompréhension, tant de messages
frustrés, agressifs ou même haineux de la part de personnes qui bien souvent n'ont même pas remarqué que vous plaisantiez."


Je vais peut-être vous étonner, mais j'adore ce type de commentaire. Cela étant, heureusement qu'il n'y a pas
qu'eux !


Merci pour votre lecture !



Finnegans Wake 23/07/2010 01:05



Je laisse ce petit message juste pour vous signaler qu'il y'a encore quelqu'un pour découvrir votre site et lire vos anciens articles ainsi que d'en rire ! Merci pour cet article ! Un peu
choqué de voir les messages de vos autres lecteurs qui, pour la grande majorité, ne savent pas ce qu'est l'ironie et l'absurde, je suis peiné pour eux...



Aloysius Chabossot 29/07/2010 11:28



Meric !


Mais je vous rassure : une large majorité comprend très bien, et seule une mince minorité ne comprends rien, tout en le faisant savoir  bruyamment.