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Bouche à oreille

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Mercredi 12 mars 2008

Monsieur Chabossot, cher Aloysius,

J’ai une ambition dans la vie : devenir une grande vedette, comme par exemple Tatiana de l’Ile de la tentation. Seulement j’ai passé le casting pour la prochaine saison et ces idiots ils n’ont pas voulu de moi à cause de mes lunettes à double foyer et mes moustaches. Ils sont trop nuls, c’est pourtant ce qui fait tout mon charme, enfin c’est ce que dit Monsieur Brissot, le gérant de la station-service à côté de chez moi, qui s’y connaît bien en esthétique vu qu’il a déjà organisé deux concours de ticheurt mouillé à la salle des fêtes du village (je devais y participer mais au dernier moment Monsieur Brissot m’a dit que je pouvais pas parce qu’il y avait plus d’eau, c’est rageant !). 

Bon alors je me suis dit que si de ce côté-là ça marchait pas, il fallait que je trouve autre chose de moins dur pour devenir célèbre. J’ai beaucoup réfléchi pendant que je coiffais Madame Gimbert au salon et j’ai finalement trouvé : je vais devenir écrivain de livre. Parce que j’ai remarqué que presque tout le temps les écrivains sont largement moins beaux que moi, et souvent carrément moches, alors il n’y a pas de raison pour qu’ils réussissent et puis pas moi. Par exemple, vous, quand on regarde votre photo sur le blog, sans vouloir vous vexer faut bien dire que vous faites pas vraiment envie, et d’ailleurs si vous voulez un conseil, vous présentez pas à un concours de ticheurt mouillé, vous avez aucune chance. 

Bon maintenant que mon choix est fixé, que je sais que je vais devenir écrivain, le plus dur est fait, sauf quand même qu’il faut que j’écrive un truc, oui, parce que sinon on risque de dire que je suis pas un vrai écrivain et tout mon plan va tomber par terre. Alors voilà Monsieur Chabossot, si vous pouviez me donner un coup de main ça serait drôlement gentil de votre part. Je vous donne quelques tuyaux pour que vous vous mettiez très vite au travail. Alors je voudrais un livre assez gros quand même, genre 300 pages, écrit petit parce que ça fait staïle et surtout sans image parce que ça fait tartignolle, sauf sur la couverture où il y aura une photo de moi en maillot de bain que M. Brissot à prise à la piscine municipale l’été dernier, qu’est trop bien. Voilà. Bon, pour l’histoire, j’ai pas trop d’idée et je préfère vous faire confiance. Mais quand même j’aimerai bien que dans les héros il y ait Jean Dujardin (parce qu’il est trop beau) et aussi Léonard Caprio (parce qu’il est trop beau). Pour le reste vous faites comme vous voulez, vous avez patte blanche. Ah si ! Quand Même, j’aimerai bien que ça se passe entre Monaco et Clermont-Ferrand, et qu’il y ait deux ou trois scènes de sexe avec Léonard et Jean (mais pas ensemble, hein !) 

Bon, j’attends votre réponse.

Et vu que je suis pas une ingrate, je vous ferai inviter sur le plateau de Fogiel (dès que je le connaîtrai)

Salutations distinguées, 

Caroline Muzoc 
_________________________________________________________________________

Chère Caroline, 

Contrairement à ce que vous pouvez penser, j’ai participé à de nombreux concours de ticheurts mouillés dont je suis plus d’une fois sorti victorieux, comme en atteste la série de trophées Marlboro qui trônent fièrement dans mon armoire à souvenir sise en face de mon bureau. Fort de cette expérience, je puis si vous le souhaitez vous prodiguer de judicieux conseils dans un domaine qui, je l’avoue modestement, n’a plus de secret pour moi (en voici un pris au hasard, juste pour le plaisir : n’oubliez pas de vous munir d’une bouteille d’eau avant de concourir).

 En revanche il va m’être difficile, en dépit de la belle éloquence dont vous avez su parer votre demande, de vous aider dans votre quête, car je dois absolument classer ma collection de timbres et surveiller une tarte aux pommes que je viens de mettre au four. Mais pourquoi ne pas essayer par vous-même ? Les éléments que vous me fournissez sont amplement suffisants pour rédiger un solide roman, qui plus est de 300 pages écrites petit.
 
 Puisque vous m’êtes sympathique (alors que, vous le noterez, je n’ai même pas encore vu votre photo en maillot de bain) voici une petite trame sur laquelle vous allez pouvoir broder à l’envie :
 
Jean et Léonardo, deux sympathiques SDF cocaïnomanes de Clermont-Ferrand décident, afin d’échapper à l’IGF, de rejoindre Monaco en stop. A la sortie de la ville, ils sont pris par un agriculteur en retraite et en 4L qui les dépose à Saint-Flour en passant par la R11 (c’est sans doute la partie la moins intéressante de l’histoire).
Nous les retrouvons ensuite marchent la tête basse et le moral en cale sèche le long d’une route poussiéreuse, le pouce mollement tendu en direction de la circulation impassible. Soudain, une Lamborghini rouge s’arrête à leur hauteur dans un crissement de pneu assourdissant. Il s’avère que la luxueuse voiture est conduite (à tour de rôle) par deux sœurs siamoises nymphomanes qui entreprennent sans plus attendre de réviser l’intégrale du Kama Sutra avec nos deux acolytes (tout en gardant un œil sur la route).
Chemin faisant, cahin caha, ils finissent par arriver à Monaco. Nos deux compères décident séance tenante de s’infiltrer dans l’armée de la principauté et d’en corrompre les plus hauts dirigeants en leur offrant des barres chocolatées. Fort du soutien de leurs nouveaux amis, ils font un putsch, renversent Albert de Monaco et prennent sa place sur le trône. Grâce à la caisse noire du Palais, ils importent un prestigieux chirurgien de Buenos Aires qui va opérer les siamoises afin de leur rendre une vie normale. L’opération est une réussite, mais les ex-siamoises n’ont plus qu’une jambe chacune pour se déplacer, et l’une d’elle tombe dans le grand escalier du palais en se brisant le coup. Fou de douleur, Jean tente de suicider en fondant le Parti Communiste Monégasque (PCM). Le chirurgien argentin, avec toute la puissance de conviction de son BAC+5 le ramène in extremis à la raison. Par la même occasion il lui apprend qu’il va prochainement changer de sexe, et Jean promet de tomber fou amoureux de lui dès qu’il s’appellera Carlotta.

L’histoire s’achève sur le mariage en grande pompe de Jean et Carlotta et de Léonardo et le morceau de siamoise qui reste.

En espérant vous avoir été utile, 

Votre AC 

PS : N’oubliez pas de m’envoyer votre photo.


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 Il semblerait que cette photo soit un faux grossier,
sinon comment expliquer l'absence de lunettes à double foyer ?

 

 

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Lundi 11 février 2008

Aujourd’hui, un lecteur insatisfait. Le courrier commence directement.

 Immense écrivain et poète, doté d’une culture prodigieuse et d’une qualité de réflexion incomparable, je suis à la tête d’une œuvre colossale qui ne compte pas moins de 85 volumes, tous édités dans les plus prestigieuses maisons d’édition (mais dont vous n’avez bien sûr jamais entendu parler, insignifiant inculte que vous êtes) à un nombre d’exemplaires frisant la démence. Mes thèmes de prédilection sont très variés : promenade dans les bois, dîner entre amis, sortie en boîte, cinéma, et j’aime à les essaimer dans la profusion des genres que m’offre l’écriture : essais, romans, poèmes, épopées, liste de courses, cartes postales, rapports financiers… Tout est bon pour moi tant mon inspiration, que dis-je, ma voracité créative, ne connaît aucune limite.
 Par ailleurs, afin que le tableau soit achevé, je dois à la vérité de dire que le jour de ma naissance les Dieux se sont donné rendez-vous autour de mon berceau afin de parer ma personne de toutes les vertus que la terre puisse décemment porter. Ainsi chacune de mes apparitions en public est l’occasion de manifestations grotesques d’adoration mystique tout à fait déplacées, j’en conviens. Néanmoins, il m’arrive parfois, lorsque je me sens d’humeur badine, d’accorder quelques instants d’attention à une créature repérée pour sa beauté dans le tas informe de larves idolâtres qui rampent à mes pieds. A ce titre on ne compte plus mes conquêtes féminines, toutes des créatures de classe internationale qui me tombent dans les bras avec toute l’insolence de leur jeunesse, dans l’unique et fol espoir que je leur lise de ma voix chaude et délicatement timbrée quelque extrait de mon œuvre pris au hasard des pages, tandis qu’elles se prélassent, un verre de pink champagne à la main sur une peau d’ours fraîchement dépecée (mais lavée).
 Après cela, dire que je côtoie les grands de ce monde apparaît comme purement accessoire, mais pourquoi après tout le cacher ? Oui, les problèmes gastriques de Jacques Attali n’ont plus de secret pour moi, oui j’ai offert sa première guitare à la fille adoptive de Johnny (celui-ci s’est d’ailleurs exclamé à l’ouverture du paquet cadeau : « Mais elle est bien trop petite pour jouer au tennis ! »), oui, c’est moi qui ai recueilli les dernières paroles de François Mitterrand sur son lit de mort (« tu peux ouvrir la fenêtre, j’ai… » Il n’a pas eu hélas le temps de finir, mais connaissant mon François, je pense qu’il avait chaud). Oui tout cela est vrai, et le reste aussi.Mais que sont l’amour, la gloire et la beauté lorsque qu’une petite chose insignifiante se refuse à vous, injustement ? Et quelle est cette chose infime qui ose encore me résister ?Allons ne fais pas l’innocent, Chabossot, infâme crapule pétrie de la plus abjecte des jalousies, pourfendeur du véritable génie par la seule volonté de sa rancœur tenace.

Des faits ! Des faits ! Nous y voilà ! Depuis que tu as ouvert ta rubrique « Avis sur texte », vieillard priapique et analphabète, je n’ai eu de cesse de t’envoyer quelques-unes de mes sublimes créations dont je pensais que tu les livrerais aussitôt à l’admiration bêlante de la foule extatique qui te sert de lectorat. Mais en lieu et place d’une publication qui aurait serti d’un joyau de la plus pure espèce le misérable blog où se répand la répugnante diarrhée verbale qui te tient lieu de prose, un petit mail laconique et mesquin où l’on pouvait lire « Vos poèmes sont ennuyeux ». Ennuyeux, mes poèmes ? Ah crapule ! Je te mets au défi :

Ose donc publier ces quelques vers que je viens de composer en l’honneur de ma bien-aimée, ose affronter, homme pleutre, les trombes de commentaires superlatifs qui envahiront aussitôt ta minable gargote numérique !

Monsieur, je ne vous salue pas

 Vanceslas de Tiffubery de la Gouillardière

PS : Voici le poème :

 

Mon canard

 

Mon canard est le plus beau des canards

Et quand je le vois gigoter dans sa marre

Majestueux et fier comme un coq de bruyère

J’ai le cœur qui bondit dans la verte clairière

Et je lui cours après, déposer un baiser

Sur son beau bec fin, délicatement ourlé

 ____________

 


Cher Vanceslas,
 

 Sachez que de confiance, j’admire le grand auteur que vous êtes, et le rouge de la honte me monte au front à l’idée de n’avoir jamais entendu parler, pauvre inculte que je fais, d’une telle sommité des lettres.Toutefois, si le contenu de vos 85 volumes ressemblent de près ou de loin au poème que vous avez eu la bonté de transmettre, je n’aurai qu’un conseil à vous donner : prenez le maquis. Car en ce moment même, il est plus que probable qu’un bataillon armé de Green Peace soit à vos trousses, avec comme motif de condamnation: « Participation active à la déforestation de l’Amazonie pour des motifs irresponsables et futiles ".

En effet, que dire de vos vers ? Comparer un canard à un coq de bruyère, oui, effectivement, il fallait l’oser. Mais vous auriez cependant pu l’oser en toute intimité, sans déranger personne, non ? 

Votre bien dévoué, 

AC

   

PS : Ah !Oui, un deuxième conseil tout de même : vraiment, prenez le maquis. Car si votre « bien-aimée » apprend incidemment que vous la comparez à un « canard » qui « gigote dans sa marre », croyez bien qu’à côté des sévices qu’elle vous fera endurer, le peloton d’exécution de Green Peace vous semblera comme une savoureuse gâterie.

canard.jpg
 
 Madame de Tiffubery de la Gouillardière au bain

 

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