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Bouche à oreille

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Mardi 15 juillet 2008

Il existe actuellement une émission de télé réalité qui mérite toute l'attention des apprentis écrivains. Il s'agit de "L'amour est dans le pré", produite et diffusée par l'amie de la culture et des Arts, M6 (ne pas confondre avec M6, le roi du Maroc Mohammed 6 que ses copains appellent ainsi pour le taquiner).
Voici un extrait du concept pondu par la chaîne : "Ils vivent dans les plus belles régions de France, ils ont entre 25 et 48 ans, ils sont viticulteurs, céréaliers, éleveurs de chèvres ou de vaches, Pour L’Amour est dans le pré, dix agriculteurs ont accepté de se dévoiler pour trouver l’âme-sœur."
Bon, je reprends la main pour aller plus vite : chaque agriculteur va choisir (sur photo/CV) deux prétendantes qui viendront passer quelques jours à la ferme. Sur place une lutte à morts va vite s'engager entre les concurrentes afin de gagner les faveurs de notre ami fermier : c'est à celle qui sera la plus sympa, la plus drôle, la plus aguicheuse, et surtout la plus apte à traire les vaches sans en foutre partout. Jusque-là, rien de bien excitant pour l'auteur en devenir à la recherche de sujet. Mais attendez donc un peu, jeunes impatients ! Car aux milieux de ces histoires somme toute banales et répétitives se cache une véritable mine d'inspiration. Imaginez trois personnes : Cécile, cultivatrice de piments et éleveuse de chèvre, carrure de catcheuse, amabilité réduite au minimum syndical, une dure au mal qui ne vit que pour son travail. En face, les deux prétendants Yves et Georges.

Le premier se proclame apiculteur, mais on se dit qu'avec l'énergie qu'il déploie en toutes circonstances, sa production doit avoisiner le demi-pot de miel par an. Yves est un poète, un vrai, qui refuse de se servir d'un micro-ondes et préfère manger des glands et des racines plutôt que de fouler le sol d'un supermarché. Yves n'a évidemment aucun succès auprès de Cécile, tant leur conception du monde semble diamétralement opposée. (Cécile ne mange que des plats surgelés). Circonstance aggravante : notre ami s'avère incapable d'arracher un bâton fiché en terre alors que dans le même temps la campagnarde, flanquée de ce fayot de Georges, en déplantent des dizaines comme qui rigole. Parlons de Georges justement. On ne sait pas trop d'où il sort, mais une chose est sûre : archi-motivé pour venir vivre à la ferme, il est prêt à toutes les flagorneries pour entrer dans les bonnes grâces du maître des lieux : systématiquement d'accord avec ce que dit Cécile, il ne rate pas une occasion de dénigrer - discrètement mais sans appel - les positions extrémistes-écolo de son concurrent. Pour se faire bien voir, il pousse le vice jusqu'à exhiber dès qu'il en a l'occasion un gros livre sur les chèvres qui sont, ne cesse-t-il de répéter, "sa grande passion". Manœuvres qui laissent hélas de marbre notre paysanne acariâtre, tant elle semble en permanence accablée par la présence inopportune de ces deux dégourdis.
D'un point de vue strictement "humain", on ne pourrait que compatir à son désarroi si l'on acceptait d'oublier toutefois que personne ne l'a obligée à participer à ce jeu de dupe. Mais passons. Car toute cette histoire revêt un tout autre intérêt dès lors qu'on veut bien la considérer sous l'angle des "techniques fictionnelles". Nous sommes effectivement en présence de 3 personnages qui de part leurs antagonismes même fonctionnent parfaitement. Le schéma de départ est connu : un Auguste, Yves, qui ne cesse de commettre des bêtises, soit par la parole, soit par les actes ; un clown blanc, Cécile, qui en manifestant sa désapprobation contribue à mettre en valeur les bévues d'Yves. Et un troisième personnage, intermédiaire, qui par sa position de "Monsieur Oui Oui" amplifie le potentiel comique de chaque situation. A ce titre, la discussion sur le thème de l'amour (qui se déroule autour d'une assiette de pâtes à la béchamel, préparée par Yves, avec des grumeaux gros comme des balles de ping-pong) est éloquente : Cécile demande à Yves sa définition de l'amour. "C'est les sentiments, et le sexe" répond notre ami avec un large sourire de grand timide qu'on a toutes les peines du monde à interpréter comme égrillard. Cécile, comme on s'y attendait, n'est absolument pas d'accord et déroule pour le prouver la démonstration suivante, tout à fait imparable : elle aime son chien d'amour, et pourtant elle ne fait pas de sexe avec lui, alors, hein, qu'est-ce que tu réponds à ça ? Yves se contente de sourire, et on voit bien dans le regard de la rude fermière qu'il vient définitivement de rejoindre la clique des hommes de Néandertal obsédés sexuel. Tandis que celui-ci continue d’arborer le même sourire impénétrable, elle demande le point de vue de Georges, qui s'empresse alors de répéter le discours de Cécile, en essayant toutefois de changer quelques mots pour éviter une paraphrase trop intempestive. Cécile qui ne tombe évidemment pas dans le piège grossier tendu par le machiavélique Gilles, décide dans un soupir que ça suffit pour aujourd'hui et monte se coucher.

Bien sûr, la vision de ces trois-là fait rire, mais il n'y a pas que ça : ce sont trois solitudes qui s'affrontent sans jamais se rencontrer, et on devine que finalement, personne parmi ces personnages ne sortira gagnant d'un jeu pipé dès le départ - celui de M6, bien sûr, mais plus largement, celui que leur impose leur propre existence.

Et pour notre plus grand bonheur égoïste, le frottement de ces trois destinées crée des étincelles de fiction qu’il suffit de recueillir et d'alimenter pour allumer un grand feu (notre stock étant actuellement en court de réapprovisionnement, nous avons été contraints d'utiliser cette métaphore moisie, seule disponible. En espérant que notre aimable lectorat ne nous en tiendra pas rigueur).

 

Donc, si vous êtes en quête de personnages inspirants, ne manquez par leur dernière apparition à l'écran, lundi prochain à 20 h 50 si mes souvenirs sont bons.

 

 

 

 

 

 


    Yves et Georges : superbes

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Vendredi 11 juillet 2008
 Il est de bon ton, dans les milieux autorisés (ne me demandez pas lesquels) de se gausser de ce qu'il est convenu d'appeler la "télé réalité", ces émissions plus ou moins tardives qui fleurissent en été sur nos grandes chaînes culturelles comme fleurissent les champignons sur le fumier. Quelques noms jetés en pâture suffiront sans doute à provoquer des spasmes de dégoût à la plupart des gens raffinés qui fréquentent ce blog : "Secret story 2", "Koh-Lantah", "L'île de la tentation".
Puisque vraisemblablement vous n'avez jamais jeté un œil (Dieu vous en garde !) sur l'une de ces abominations, résumons en quelques mots.

 "Secret story 2" (qui, comme sont nom l'indique astucieusement, est la suite du 1) présente un certain nombre de jeunes gens enfermés dans un endroit qui ressemble furieusement à un magasin Ikéa, la piscine en plus. Chacune de ces personnes dissimule un secret que les autres doivent deviner. Dotées pour la plupart de la puissance de réflexion d'un gnou agonisant, elles rencontrent bien sûr quelques difficultés pour venir à bout de tous ces mystères ("Je ne me lave jamais les dents", "j'ai redoublé 3 fois mon CP", "une fois j'ai oublié de remettre de l'argent dans le parcmètre", etc). Mais en rassemblant leur force de frappe, et en se concentrant très fort, elles finissent généralement par y arriver. Entre-temps, le spectateur ravi aura eu droit à quantité d'échanges verbaux prompts à ravir le plus exigeants des prix Nobel sur des sujets variés : "Pourquoi la vie ?", "Dieu existe-t-il ?" "Qui m'a piqué ma tong ?" ou "John-Georges est-il aussi con qu'il en a l’air ?"
      


"Koh Lantah" rassemble sur deux îles perdues au milieu d'une mer de carte postale deux équipes qui vont s'affronter pour gagner qui un bol de riz dont on se partagera les grains un à un, qui une carte postale de la progéniture, prétexte à d'impressionnants niagaras lacrymaux. La production a pris soin de faire cohabiter les personnages les plus hétéroclites possible afin qu'ils se bouffent le nez dans des délais très courts. : le chef d'entreprise UMP, le jeune de banlieue, la bimbo girl, la mère au foyer, le retraité de la poste, tout ce joli petit monde passe effectivement son temps à se casser du sucre sur le dos entre deux gastros exotiques, et lorsqu'ils ne sont pas occupés à courir après un volatile non identifié qu'ils dévoreront in fine sans même l'avoir déplumée.



"L'île de la tentation" est un jeu sado masochiste où des couples décérébrés strictement hétérosexuels s'abandonnent mutuellement sur une île (d'où le titre) peuplées pour les unes de tentateur et pour les autres, de tentatrices (d'où le titre). La principale motivation de ces jeunes gens modernes est de savoir, une bonne fois pour toutes, si leur couple est aussi indestructible qu'ils le prétendent. En général pas plus de 48 heures ne seront nécessaires pour que la réponse tombe, laconique comme une dépêche de l'AFP : non. Pour arriver à ce surprenant résultat, les "tentateurs" des deux sexes ne ménagent pas leurs efforts : corps huilés, danses lascives, regards torrides et dîner romantique aux chandelles propices aux confidences ("Dès que j't'ai vu je me suis dit, celle-là elle est trop bonne, ma parole la vérité !")


Après ce rapide mais édifiant tour d'horizon, il paraît nécessaire d'apporter une précision destinée aux plus naïfs d'entre vous (s'il en existe) : la télé réalité n'a rien à voir avec la réalité, sauf bien sûr si vous pensez que prendre votre douche avec un cameraman et un preneur du son relève de la plus parfaite banalité. Tout est définitivement écrit par des cohortes de scénariste dont le seul horizon créatif reste la courbe d'audience, puis mixé, malaxé, enjolivé ( mochisé, en l’occurence) grâce à la magie du montage.

 Ceci étant dit, il est temps de s'attaquer au sujet qui a motivé l'écriture de ce billet...

A suivre (je sais, c'est insoutenable)
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