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11 février 2008 1 11 /02 /février /2008 17:03

Aujourd’hui, un lecteur insatisfait. Le courrier commence directement.

 Immense écrivain et poète, doté d’une culture prodigieuse et d’une qualité de réflexion incomparable, je suis à la tête d’une œuvre colossale qui ne compte pas moins de 85 volumes, tous édités dans les plus prestigieuses maisons d’édition (mais dont vous n’avez bien sûr jamais entendu parler, insignifiant inculte que vous êtes) à un nombre d’exemplaires frisant la démence. Mes thèmes de prédilection sont très variés : promenade dans les bois, dîner entre amis, sortie en boîte, cinéma, et j’aime à les essaimer dans la profusion des genres que m’offre l’écriture : essais, romans, poèmes, épopées, liste de courses, cartes postales, rapports financiers… Tout est bon pour moi tant mon inspiration, que dis-je, ma voracité créative, ne connaît aucune limite.
 Par ailleurs, afin que le tableau soit achevé, je dois à la vérité de dire que le jour de ma naissance les Dieux se sont donné rendez-vous autour de mon berceau afin de parer ma personne de toutes les vertus que la terre puisse décemment porter. Ainsi chacune de mes apparitions en public est l’occasion de manifestations grotesques d’adoration mystique tout à fait déplacées, j’en conviens. Néanmoins, il m’arrive parfois, lorsque je me sens d’humeur badine, d’accorder quelques instants d’attention à une créature repérée pour sa beauté dans le tas informe de larves idolâtres qui rampent à mes pieds. A ce titre on ne compte plus mes conquêtes féminines, toutes des créatures de classe internationale qui me tombent dans les bras avec toute l’insolence de leur jeunesse, dans l’unique et fol espoir que je leur lise de ma voix chaude et délicatement timbrée quelque extrait de mon œuvre pris au hasard des pages, tandis qu’elles se prélassent, un verre de pink champagne à la main sur une peau d’ours fraîchement dépecée (mais lavée).
 Après cela, dire que je côtoie les grands de ce monde apparaît comme purement accessoire, mais pourquoi après tout le cacher ? Oui, les problèmes gastriques de Jacques Attali n’ont plus de secret pour moi, oui j’ai offert sa première guitare à la fille adoptive de Johnny (celui-ci s’est d’ailleurs exclamé à l’ouverture du paquet cadeau : « Mais elle est bien trop petite pour jouer au tennis ! »), oui, c’est moi qui ai recueilli les dernières paroles de François Mitterrand sur son lit de mort (« tu peux ouvrir la fenêtre, j’ai… » Il n’a pas eu hélas le temps de finir, mais connaissant mon François, je pense qu’il avait chaud). Oui tout cela est vrai, et le reste aussi.Mais que sont l’amour, la gloire et la beauté lorsque qu’une petite chose insignifiante se refuse à vous, injustement ? Et quelle est cette chose infime qui ose encore me résister ?Allons ne fais pas l’innocent, Chabossot, infâme crapule pétrie de la plus abjecte des jalousies, pourfendeur du véritable génie par la seule volonté de sa rancœur tenace.

Des faits ! Des faits ! Nous y voilà ! Depuis que tu as ouvert ta rubrique « Avis sur texte », vieillard priapique et analphabète, je n’ai eu de cesse de t’envoyer quelques-unes de mes sublimes créations dont je pensais que tu les livrerais aussitôt à l’admiration bêlante de la foule extatique qui te sert de lectorat. Mais en lieu et place d’une publication qui aurait serti d’un joyau de la plus pure espèce le misérable blog où se répand la répugnante diarrhée verbale qui te tient lieu de prose, un petit mail laconique et mesquin où l’on pouvait lire « Vos poèmes sont ennuyeux ». Ennuyeux, mes poèmes ? Ah crapule ! Je te mets au défi :

Ose donc publier ces quelques vers que je viens de composer en l’honneur de ma bien-aimée, ose affronter, homme pleutre, les trombes de commentaires superlatifs qui envahiront aussitôt ta minable gargote numérique !

Monsieur, je ne vous salue pas

 Vanceslas de Tiffubery de la Gouillardière

PS : Voici le poème :

 

Mon canard

 

Mon canard est le plus beau des canards

Et quand je le vois gigoter dans sa marre

Majestueux et fier comme un coq de bruyère

J’ai le cœur qui bondit dans la verte clairière

Et je lui cours après, déposer un baiser

Sur son beau bec fin, délicatement ourlé

 ____________

 


Cher Vanceslas,
 

 Sachez que de confiance, j’admire le grand auteur que vous êtes, et le rouge de la honte me monte au front à l’idée de n’avoir jamais entendu parler, pauvre inculte que je fais, d’une telle sommité des lettres.Toutefois, si le contenu de vos 85 volumes ressemblent de près ou de loin au poème que vous avez eu la bonté de transmettre, je n’aurai qu’un conseil à vous donner : prenez le maquis. Car en ce moment même, il est plus que probable qu’un bataillon armé de Green Peace soit à vos trousses, avec comme motif de condamnation: « Participation active à la déforestation de l’Amazonie pour des motifs irresponsables et futiles ".

En effet, que dire de vos vers ? Comparer un canard à un coq de bruyère, oui, effectivement, il fallait l’oser. Mais vous auriez cependant pu l’oser en toute intimité, sans déranger personne, non ? 

Votre bien dévoué, 

AC

   

PS : Ah !Oui, un deuxième conseil tout de même : vraiment, prenez le maquis. Car si votre « bien-aimée » apprend incidemment que vous la comparez à un « canard » qui « gigote dans sa marre », croyez bien qu’à côté des sévices qu’elle vous fera endurer, le peloton d’exécution de Green Peace vous semblera comme une savoureuse gâterie.

canard.jpg
 
 Madame de Tiffubery de la Gouillardière au bain

 

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8 février 2008 5 08 /02 /février /2008 17:14

Ce blog va bientôt franchir le cap du 1000e commentaire. Pour fêter dignement cet événement qui ne se reproduira plus jamais (un peu comme le passage au troisième millénaire, mais en plus grandiose), la direction commerciale a décidé de frapper un grand coup (et accessoirement les esprits) en offrant – j’espère que vous êtes assis – un exemplaire du livre « Comment devenir un brillant écrivain… » à l’heureux auteur dudit 1000e commentaire. 

Mais ce n’est pas tout ! (restez assis) : cet exemplaire sera dédicacé, avec un petit mot d’accompagnement charmant du genre « A ma grande Louloutte, ton grand polisson » (s’il s’agit d’une femme) ou bien « A mon vieux copain de régiment » (s’il s’agit d’un homme). 

Toutefois, afin de prévenir toute tentative de s’octroyer ce somptueux prix par des procédés douteux, nous avons été dans l’obligation de rédiger un règlement, court certes, mais inflexible : 

Art 1 : Il est interdit d’user du procédé dit du « com en rafale ». Tout contrevenant serait immédiatement sanctionné avec la plus grande barbarie. 

Art 2 : Le contenu du commentaire doit obligatoirement répondre aux critères de compréhension communément admis : syntaxe, sens, etc. Par exemple : « Geuuuuh ! » ne peut être accepté comme valide. Par ailleurs, il doit présenter un intérêt minimum. Par exemple : « J’ai gagné, là ? » n’est pas valable. 

Art 3 : Toute tentative de basse flagornerie ou de grossière intimidation entraînera la disqualification du candidat.

 
Bonne chance à tous !



Mao_book.jpg
Cet homme pense avoir gagné.
Il s'est pourtant fait berner par une vulgaire contrefaçon.

EDIT : CONCOURS GAGNE PAR MAUDIT-BIC le 12/02/08

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7 février 2008 4 07 /02 /février /2008 15:01

Cher Monsieur Chabossot,

Je m’appelle Madeleine, j’ai 35 ans et je travaille comme hôtesse d’accueil à la coopérative vinicole de Saint-Fignac en Gironde. Il y a deux jours de cela, j’étais à la cantine avec Monsieur Gachot, adjoint au directeur commercial de la Coop, lorsque l’idée d’écrire un roman m’a subitement traversée l’esprit. J’ai aussitôt fait part de ce projet à mon collège et néanmoins supérieur, sans doute dans l’espoir de lui soutirer un semblant d’acquiescement. Au lieu de l’encouragement attendu, ce gros porc de Denis Gachot ma regardé avec ses petits yeux chiasseux et a déclaré tout en propulsant alentour le contenu de carottes râpées qui jusqu’à présent avait trouvé refuge dans sa grosse bouche molle aux chicots immondes : « Toi ? Un roman ? Laisse-moi rire ! ». Pour ajouter un peu à mon humiliation, Jacques Mertin qui passait à ce moment-là avec son plateau-repas entre les mains s’est arrêté pour rire aux éclats à la blague de son chef, alors que cette serpillière encravaté n’avait bien évidemment rien entendu. 

Mais je ne suis pas le genre de femme qui se décourage pour si peu. Le soir, à la maison, j’ai voulu parler à mon mari de ce formidable projet qui ne cessait d’habiter mon esprit depuis la cantine. Il m’a donc écouté avec toute l’attention requise tout en regardant la télé, puis lorsque j’ai eu fini, il est parti dans la cuisine se chercher une nouvelle canette de bière qu’il a décapsulé en soupirant. 

Voilà donc mon problème : je suis très motivée, je sens en moi l’étoffe d’une grande romancière, et il est clair que quand je vais m’y mettre, ça va faire très mal, une sorte de Super Guy des cars avec des morceaux de Guillaume Musso dedans, pas moins. Mais je ne me sens pas du tout soutenue par mon entourage, et du coup j’ai un mal fou à m’y mettre. J’ai pourtant un très bon titre : « Coopérative vinicole de Saint-Trougnac, bonjour ! » (Vous noterez au passage le discret hommage au « Bonjour tristesse » de Françoise Sagan ») et une histoire solidement charpentée (Virginie, une très belle femme de 35 ans, est responsable des relations publiques dans un gros trust vinicole. Un soir tard, alors qu’ils travaillent sur un gros dossier, Virginie tombe subitement amoureuse de Denis , le jeune bizness manager fraîchement promu de Harvard. Ils font l’amour à même le bureau au milieu des papiers éparpillés. S’en suit une torride liaison amoureuse qui s’étend sur des mois et brasse tour à tour gros dossiers épineux, position du kama sutra sur la moquette du couloir, lampe de bureau renversées et nuits d’hôtel au Formule 1 maquillées en frais de mission). 

Monsieur Chabossot, vous seul pouvez m’aider à prendre la bonne décision : dois-je tout envoyer promener, travail, maison, mari, afin de me consacrer corps et âme à ma passion dévorante de l’écriture ? Accessoirement, dois-je mettre un terme à cette histoire minable avec ce gros porc de Denis Gachot ? 

Je vous en supplie, répondez-moi !

Madeleine Guillomard, une femme qui ne sait pas, qui ne sait plus 

 _______________________

 


Chère Madeleine,
 

 

Tout d’abord permettez-moi de vous féliciter : une passion aussi dévastatrice que la vôtre, et qui de surcroît dure – si mes calculs sont bons – depuis plus de 48 heures, ça ne se rencontre pas tous les jours. Je ne puis que vous encourager à persévérer dans cette voie, pour au moins arriver jusqu’au week-end. 

Maintenant, est-il vraiment nécessaire de faire table rase de l’existant pour vous adonner pleinement à l’écriture de votre grand œuvre ? 

Il apparaît, à la lecture de votre « synopsis », que votre vie quotidienne, même si vous avez su la parer de tous les atours de la fiction afin que nulle influence n’y soit décelable, fournisse la matière première de votre inspiration romanesque. En supprimer les éléments les plus importants, ne serait-ce pas tarir définitivement la source ? Dès lors, que raconter ? Une énième histoire de magicien boutonneux évoluant au sein d’un monde tristement imaginaire ? Allons, Madeleine, il me semble que vous êtes d’une autre trempe, tout de même ! Aussi, je vous conseillerai de continuer comme avant, comme si de rien n’était, sauf peut-être sur un point : oublier ce Denis Gachot qui mange si salement et tenter votre chance avec Jacques Mertin. Il n’a pas l’air bien malin non plus, mais au moins n’aurez-vous  plus à supporter les jets intempestifs de nourriture lorsque vous déjeunerez en face de lui. 

A présent, j’aimerai beaucoup que vous vous mettiez au travail, car – je l’avoue sans honte – les quelques éléments de votre histoire que vous avez bien voulu me livrer m’ont particulièrement ému, touché, transporté (surtout le passage sur la moquette) et je suis impatient de tenir entre mes mains le résultat de vos efforts.

Bien à vous,

   

AC


BussinessHome2.gif.jpg

L'entreprise, ultime refuge du romanesque ?


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6 février 2008 3 06 /02 /février /2008 18:43

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Oui, je sais : ça fait peur.

 

 

 

Je n’ai pas pour habitude de parler de moi à la troisième personne, mais là, force est de constater que les événements m’y poussent.
Comme point de départ à cette chasse à l’homme, un billet – fort élogieux au demeurant – de la blogueuse Bon_sens sur mon livre fraîchement paru. Billet dans lequel elle  se met, tel un Sherlock Holmes en jupon – à élaborer quelque théorie aussi intelligemment charpentée que tout à fait gratuite sur mon compte. Je ne résiste pas à l’envie de vous livrer un extrait :

« Je ne saurais être plus précise sur son expérience puisque jusqu'à ce jour personne n'est capable de dire qui est Aloysius Chabossot.
Mais j'ai récolté quelques indices...
- Il a déclaré avoir 55 ans, être professeur émérite à la retraite... C'est rarement un âge où un professeur émérite part à la retraite...
-Il a déclaré sur un blog que ses premiers disques achetés avaient été "In Rock" de Deep Purple et "Stupidity" de Dr Feelgood. Or ce dernier n'est sorti aux USA qu'en 1976... En imaginant que l'on achète son premier disque de hard rock vers 15/16 ans, en imaginant qu'il se soit jeté dessus dès 1976, il n'est donc pas né avant 1960. Cela nous fait 48 ans maximum...

- De plus, un homme d'un certain âge n'aurait aucun intérêt à se vieillir d'une barbe blanche sur une photo pour masquer son identité. Vieillir pour se travestir, c'est pas un truc de vieux ! »

Que répondre à ce faisceau de preuves accablantes ? Eh bien, tout simplement :
Ne sachant pas précisément qui je suis moi-même, je serais bien en peine de vous fournir un quelconque indice affirmant ou infirmant vos théories, chère Bon_sens. Mon âge ? Est-ce si important ? Et pour le reste, qui s’en soucie ?
Les commentaires sont à plus d’un titre également savoureux. Une certaine Line, qui fréquente également ce blog, émet l’hypothèse qu’après tout je pourrais bien être une femme. Effectivement, pourquoi pas ? Théorie en laquelle Bon_sens, de son propre aveu, a du mal à croire. Cependant, elle est catégorique sur un point : Chabossot a moins de 40 ans. Comme vous m’êtes sympathique, chère Bon_sens !
Cela étant, vous pourrez juger par vous-même de l’avancée de l’enquête en vous rendant sur le blog de Bon_sens, Cogito Rebello, au demeurant un excellent endroit (forcément on y parle de mon livre) où les avis, bon ou mauvais, sont partagés en toute sincérité.

 

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24 janvier 2008 4 24 /01 /janvier /2008 19:24

Exprimer vos impressions d’écriture, raconter vos premiers émois de lecteurs, gloser sur la littérature en général, le tout devant une petite caméra amicale : le rêve pour beaucoup d’entre vous. Inaccessible, hélas, puisque ce que vous pourriez bien raconter n’intéresse strictement personne, mis à part quelques proches conciliants. Alors que de vrais écrivains, qui ont écrit de vrais romans, vraiment publiés, alors là, c’est autre chose !
C’est justement ce que nous propose ce site : écouter des auteurs parler de leur travail, le tout en vidéo. Ils ne sont pas tous des superstars, loin de là (tiens, pas de Marc Lévy ? Ce serait pourtant follement cocasse !) mais ils ont tous des choses intéressantes à raconter.

 

Une visite s’impose, et c’est ICI


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Là, c'est Bon
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18 janvier 2008 5 18 /01 /janvier /2008 22:49
Il arrive parfois que des lecteurs me posent par mail des quesions qui ne manquent pas d'interpeller profondément ma pratique narrative. J'ai décidé qu'à partir d'aujourd'hui, généreux comme je suis,j'allais vous en faire profiter.

Cher Monsieur Chabossot,

Je vous expose mon problème. Je voudrais écrire un roman animalier, mais voilà, je n’y connais pas trop en animaux, mis à part les deux lapins et la poule que ma grand-mère élève (pas spirituellement parlant, mais plutôt pour les manger). Alors je me suis dit que mon roman pouvait mettre en scène des lapins, ou des poules, ou carrément les deux. Mais là c’est un autre problème qui surgit, car je ne sais pas si vous avez déjà observé ce genre de bêtes, mais je peux vous dire que ça ne fait pas grand-chose de ses journées. Du coup, je sais pas trop quoi raconter dans mon roman. J’ai pourtant essayé dur, vous pouvez me croire. Mais j’ai jamais réussi à aller plus loin que « Coco mange une carotte dans son clapier tandis que Madame Poule l’observe ». Après, je fais un blocage. Et je vous assure que pour quelqu’un comme moi, qui voudrais devenir romancier professionnel, c’est très démoralisant.
Je vous en prie, Monsieur Chabossot aidez-moi, vous êtes mon seul espoir.

 

Avec toute ma considération admirative,

 

Sébastien Frichot

 

 

 

 ______________________

 

 

 

Cher Sébastien,

 

 Force est de constater que vous disposez d’un point de départ tout à fait épatant : une poule observant un lapin qui mange une carotte, ce n’est pas tous les jours qu’on a la chance de trouver un sujet aussi riche. Deux fortes personnalités évoluant au milieu d’un décor luxuriant et complexe, que demander de plus pour aussitôt mettre en branle l’imagination sans borne de l’écrivain professionnel qui sommeille en vous ? La scène à peine entrevue, et ce sont des centaines de situations plus excitantes les unes que les autres qui devraient exploser tel un feu d’artifice fictionnel dans votre cerveau devenu trop petit pour l’occasion, petit chanceux ! Or que lis-je ? Vous laissez précisément entendre le contraire ?
Allons, séchez vos larmes, et étudions la situation avec méthode et rigueur.
Tout d’abord, les protagonistes. Coco est de toute évidence un « personnage » « larger than life », le genre de lapin bourré de charisme qui se distingue naturellement de la nuée de ses congénères par une attitude, une désinvolture face à la vie qui laisse pantois d’admiration.
Le regard perçant, l’oreille toujours en alerte, il mange sa carotte à coup d’incisive nonchalant d’où émane une sensualité terriblement troublante. Tellement troublante à vrai dire que Madame Poule, que tout a priori semble éloigner de Coco (plumage, nombre de pattes, origines sociales, etc.), finit, à force de contemplation, par tomber sous le charme capiteux de l’envoûtant lagomorphe.
Et c’est là mon cher Sébastien où votre histoire devient fascinante. En effet, comment imaginez que deux être aussi disparates, aussi opposés dans leur mode de vie (Madame Poule ne mange pas de carotte, et ce n’est qu’un exemple) puissent un jour s’aimer d’amour tendre ?
Voilà la question que se pose aussitôt le lecteur, et qui va le tenir enchaîné à la lecture de votre roman jusqu’à son ultime résolution, en oubliant de manger, de se laver et de se vêtir correctement.
Voilà aussi la question à laquelle vous devrez répondre, cher Sébastien, vous, seul à votre table de travail, en proie aux démons de la création. Pour ma part, je dois vous quitter car on m’attend à l’inauguration d’une médiathèque qui devrait porter mon nom (ou celui de Simone de Beauvoir, je ne sais plus).

 

Votre dévoué

 

Aloysius Chabossot

 
PS : Avant de vous quitter, je vous glisse une petite piste qui pourrait s’avérer riche en développements narratifs : et si, mettons à la page 150, on apprenait que Madame Poule est en fait un CANARD ? Je vous laisse méditer là-dessus.


lapin.jpgLe lapin, un personnage rromanesque de premier plan

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9 janvier 2008 3 09 /01 /janvier /2008 15:49

Samedi après-midi, je me suis rendu à la grande librairie parisienne « Gibert Jeune » afin de constater si mon opuscule s’y trouvait en bonne place (ou plus modestement, s’il s’y trouvait tout court).
Pour l’occasion, je m’étais adjoint la présence rassurante – quoique parfois un peu encombrante -de mon frère Théophraste (il faudra un jour que je vous parle de lui plus en détail).

 

Ainsi flanqué de cet incomparable soutien, j’explorais un par un les rayons, l’œil aux aguets, la narine frémissante, mais toujours emprunt de cette dignité dont Victor Hugo en exil a fait sa marque de fabrique lorsqu’il posait seul, cheveux aux vents et regard perdu sur son rocher de Guernesey. On ne pouvait hélas pas en dire autant de Théophraste qui exsudait de tout son être une euphorie brouillonne et tapageuse frisant la camisole de force, soulevant chaque pile de livre avec une précipitation hystérique comme un enfant excité soulèverait un par un les galets de la plage à la recherche d’un hypothétique crustacé, ponctuant chacune de ses déceptions (et elles furent nombreuses) d’un cri déchirant et lugubre. Résultat, nous fûmes assez rapidement pris en filature par deux vigiles au physique imposant qui nous observaient de loin, les sourcils froncés, tout en chuchotant dans leur talkie-walkie avec des airs de conspirateurs tchétchènes.
A l’issue d’une longue quête qui serait tout à fait fatigante de narrer ici, nous finîmes toutefois par atteindre le Saint Graal, que les employés de la maison avaient modestement disposé sur une table émanant de toute évidence d’un magasin d’origine suédoise bien connu. Le livre était bien là, en cinq exemplaires, occupant un angle et menaçant à chaque instant de tomber dans le vide sous la pression des autres opuscules peuplant tant bien que mal le même espace confiné. En contemplant ce désolant spectacle, je ne pus m’empêcher de penser au « Radeau de la Méduse » et je me dis in petto, tout en massant pensivement ma barbe auguste, que l’affaire n’était pas gagnée.
C’est alors que Théophraste, qui se pique d’être un commercial de génie, tout ça parce qu’il a vendu pendant 3 semaines des chaussettes sur un marché de banlieue, m’empoigna par les épaules et entreprit de me crachoter dans les oreilles l’idée qui venait de traverser son esprit embrumé. Voilà, me dit-il en substance, il suffit de se poster à côté de la table, et de faire semblant de lire un exemplaire du livre tout en riant à gorge déployée. Cet habile stratagème* ne manquerait pas, selon lui, de piquer la curiosité du chaland qui dès lors n’aurait de cesse de s’emparer du chef-d’œuvre ainsi mis en lumière et de courir à la caisse ventre à terre. Théophraste était visiblement très satisfait de son idée, comme en témoignaient la suractivité globulaire de ses yeux et le mince filet de salive qui s’écoulait de chaque côté de sa bouche purpurine. Je m’empressai toutefois de tempérer son ardeur en émettant quelques réserves sur l’efficacité du projet, dont « à la louche » j’évaluai les chances de réussite à un peu moins d’une sur un million. Tandis qu’il se lamentait bruyamment de mon manque d’enthousiasme sous l’œil de plus en plus soupçonneux des deux vigiles, j’entrevis un quidam qui baguenaudait autour de la sainte table, puis qui contre toute attente s’empara de mon livre et s’abîma aussitôt dans la lecture de la quatrième de couverture. Au bout de moins de temps qu’il n’en faut à une Ferrari pour parcourir un cent mètres, il reposa l’objet d’un air carrément dédaigneux et poursuivi son chemin au milieu des rayons, la mine goguenarde et le pas innocent. C’en fut évidemment trop pour Théophraste dont l’émotivité de demoiselle combinée à une capacité de pondération comparable à celle du taureau débouche parfois sur des réactions inconsidérées. Après avoir pris un élan raisonnable, il sauta sur notre infortuné ami, le plaqua au sol et commença à lui marteler le crâne de ses deux poings velus. C’est précisément le moment que choisirent les vigiles pour intervenir. Hurlements, tables renversées, os qui craquent sinistrement, femmes enceintes qui s’évanouissent : la suite de l’histoire s’avère un peu confuse à narrer. J’imagine qu’entre-temps le directeur du magasin, soucieux de la bonne tenue de son établissement avait alerté les forces de l’ordre puisqu’une cohorte de cerbères uniformisés a rapidement fait irruption sur les lieux du chaos avant que de s’emparer sans la moindre délicatesse de nos personnes pour nous déposer lourdement dans une fourgonnette garée en bas du boulevard.

 

Nous passâmes donc, mon frère et moi, le reste de la journée et toute la nuit au commissariat du Vème, dans une sorte de cellule dépourvue du confort le plus élémentaire mais en contrepartie plaisamment fréquentée. Nous fîmes ainsi la connaissance de Gustave, un homme charmant quoiqu’un peu négligé et dont le dernier moment de lucidité devait remonter à l’élection de René Coty. Il y avait également Madame Gisèle, une femme d’un certain âge dont la contemplation du maquillage nécessitait le port de lunettes de ski, avec laquelle nous avons longuement disserté sur l’affaire des surprimes américaines et de sa désastreuse influence sur l’économie mondiale.

 

 En résumé, j’ai passé un excellent week-end.

 

Pour ce qui est des ventes du livre, j’ai appris de source sûre que Stéphane Lavaud s’en était procuré un exemplaire. J’ignore toutefois s’il l’a payé ou plus simplement volé. Mais qu’importe, c’est un excellent départ.

 
 
 
 

* private joke

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Le celèbre magasin est depuis ce week-end fermé pour rénovation.
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4 janvier 2008 5 04 /01 /janvier /2008 16:44

Avez-vous déjà eu un jour l’intuition scientifique, si j’ose m’exprimer ainsi, que les vœux de bonne année prodigués par tout un chacun avec une générosité sans pareille courant janvier s’étaient avérés pour les récipiendaires d’une quelconque efficacité lors des onze mois restant?
En ce qui me concerne, non.

 

Bien sûr, on peut objecter (toujours avec la rigueur scientifique qui caractérise ce blog) que si nous ne les avions pas reçu, c’eut été encore pire. Mais qu’on y pense : combien de pauvres hères à qui l’on a souhaité une santé éclatante en 2007 sont morts dans d’atroces souffrances quelque temps après, qui terrassé par la grippe espagnole, qui étouffé par le dernier roman de Guillaume Musso ? Et la santé n’est ici qu’un exemple, ça marche bien sûr avec le reste : prospérité, amour, tous ces constituants de l’existence sans l’épanouissement desquels l’homme moderne (oui, celui qui squatte le rayon « Epanouissement personnel » de la Fnac) ne peut raisonnablement pas se déclarer heureux.

 

Alors pourquoi s’obstine-t-on dans cette coutume aussi inutile que stupide et qui de surcroît fait perdre un temps fou en envoi de mails empesés ou simili rigolos destinés des gens dont on ignore la plupart du temps jusqu’au véritable prénom ? Et encore, s’il n’y avait que ça : un envoi groupé à tout le carnet d’adresse et le tour serait joué. Mais il y a les vœux « physiques » également, ceux qui se traduisent par un serrage de paluche ou pire, par une série de bises sur des joues inconnues et moites, comme si au mois de janvier, toutes les collègues de bureau se métamorphosaient subitement en Tatie Simone, vous savez, cet abominable ancêtre sentant la naphtaline et l’eau de Cologne qu’enfant on vous obligeait à embrasser à chaque réunion familiale.

 
Aussi ne comptez pas sur moi pour vous adresser le moindre vœu. Ah si, un peut-être : que le mois de janvier file à une allure supersonique et qu’on en finisse au plus vite avec ces simagrées !



bonne-annee-2006.jpg

















Assez ! Assez de ces traditions abêtissantes et grotesques !

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21 décembre 2007 5 21 /12 /décembre /2007 17:10

Que fait l’auteur en devenir pour Noël ? Profite-t-il de ce week-end allongé d’un jour chômé grâce à la naissance du petit Jésus pour se mettre à sa table de travail ? Ainsi éloigné du tumulte des réjouissances factices, s’empare-t-il de cette occasion inespérée, alors que les voisins du dessus, ivres morts, déambulent autour de la table du salon sur le rythme hypnotisant de la «  danse des canards », pour s’atteler à son grand œuvre, (ou du moins aux premières pages) celui qui lui permettra, enfin, de dénicher un éditeur digne de ce nom ?
Pas du tout. En période de fêtes l’auteur en devenir se comporte comme le dernier des consommateurs décérébrés venu : il réveillonne. Loin de la mesure élégante et un rien empesée que l’amour de la littérature lui confère en temps normal, il se sert une coupe de champagne dès son arrivée sur les lieux, puis deux, puis trois, et lorsque la bouteille est vide il se récure le gosier au pastis sans glaçon avant que d’attaquer le foie gras avec de vrais morceaux dedans tout en entonnant un florilège des chansons paillardes promptes à épouvanter le marquis de Sade en personne.
Il faut bien reconnaître qu’un comportement aussi révulsant étonne et déçoit de la part de quelqu’un qui, à jeun, ambitionne les plus hautes destinées éditoriales. Et permettez-moi de vous dire, jeunes amis décadents, que ce n’est pas en vous vautrant dans le stupre et la débauche que vous aurez une chance d’être édité un jour.
Cependant…
Cependant, n’existe-il pas, au cours de cette soirée marquée par le sceau infâmant de la déchéance intellectuelle, une minuscule oasis de sensibilité littéraire surnageant miraculeusement sur l’océan de médiocrité qui semble engloutir chaque convive ? (Même Jacques, le beau-frère, d’ordinaire si pincé, propose en hoquetant un « concours de tee-shirt mouillé » et menace de se jeter par la fenêtre si mamie Ghislaine ne participe pas.) ?
Oh ! Dites-le moi, je vous en prie !

Oui, ce moment existe (je vois qu’il faut tout faire soi-même), et se situe avec précision juste après la bûche glacée, dégoulinant cauchemar de diabétique parsemé de grotesques figurines en plastique figées dans une torpeur imbécile et censées représenter une cohorte de lutins en plein labeur.
C’est le moment des cadeaux, et c’est là où précisément l’auteur en devenir va pouvoir enfin donner tout e sa mesure (et tenter au passage de se laver tant bien que mal des turpitudes de début de soirée). Passons sur la gaine en polytunxstène de carbone de mamie Ghislaine, le GPS de Jacques qui depuis 25 ans fait tous les matins le même trajet Villetaneuse – Drancy, passons également sur le DVD « Comment aborder le tournant de la ménopause » que Jacques offre à Pauline, ce qui vaut à notre ami une retentissante paire de claques.
Oui, passons sur tout cela et concentrons-nous sur l’auteur en devenir.
Qu’offre-t-il ?
Des livres. Mais pas n’importe quel livre : des livres qu’il a écrits avec ses doigts, et fait publier à grands frais par l’un des nombreux éditeurs-charlatan qui pullulent sur le net.
Notre auteur, sûr de son fait, n’a pas fait les choses à moitié : chaque convive a droit à son exemplaire, avec une dédicace personnalisée (Pour Jacques, par exemple, nous avons :« A mon beau-frère, ma source d’inspiration principale pour le barman irrascible qui apparaît furtivement à la page 52 »).
Bien sûr, l’assistance qui a un peu de mal à réaliser toute la portée d’un tel présent, se regarde quelques minutes en chien de faïence tandis que mamie Ghislaine soupèse l’objet en se demandant s’il ne fera pas trop de bruit en tombant dans le vide-ordures collectif de son immeuble. Oui, les voisins sont très soupe au lait, et elle a déjà eu des problèmes avec des bouteilles en verre jetées après 20 heures).
Bien sûr, tout cela est bien embarrassant… Il faut dire qu’on a déjà eu du mal à finir le dernier Paulo Coehlo, alors on va tout de même pas se farcir le bouquin de ce prétentieux rien que pour lui faire plaisir…Les regards s’évitent, l’atmosphère s’épaissit…
Heureusement, Pauline, fine psychologue brisera ce moment de marasme intense en décrétant qu’ « il fait soif » et débouchera aussi sec une nouvelle bouteille de champagne. Dans la fouléee on allumera la télé histoire de voir comment les autres s’amusent, puis on s’assoupira gentiment dans le canapé en émettant des bruits de chaudière mal réglée.

 

Au petit matin, on aura bien sûr oublié le livre.

 

Définitivement.

 

 

 
Bonnes fêtes à tous, quand même…

 

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Published by Aloysius Chabossot - dans Comment écrire un roman
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19 décembre 2007 3 19 /12 /décembre /2007 19:40
Ceci n’est pas à proprement parler un « billet » ou un « article » - comme vous voulez – mais bel et bien une réclame tout à fait inutile et superfétatoire dont le seul but est de rappeler à l’internaute volage la sortie imminente du livre finement intitulé « Comment devenir un brillant écrivain alors que rien (mais rien) ne vous y prédispose ».
Je sais pertinemment qu’en cette période de l’année – synonyme pour les uns de plantureuses agapes, pour les autres de soirées à déprimer devant Tf1 un plateau repas posé sur les genoux – que vous avez bien autre chose à penser (Pour les uns : parcourir frénétiquement les allées de Carrefour, regard fou, poignées crispées sur la barre du caddie, à la recherche de la dernière dinde disponible. Pour les autres : trouver la meilleure façon de mettre fin à ses jours sans trop déranger les voisins (les heureux acquéreurs de la dernière dinde carrefourienne)).
En somme, bien peu de client potentiel pour le livre cité plus haut.
Mais peu importe ! Car si ce modeste opuscule se vend pathétiquement mal, j’aurai eu au moins l’avantage et la fierté de devenir le premier « auteur de guide pratique » maudit. Eh oui ! En règle générale, le français est friand de ce genre de petites choses qui sont censées apprendre tout un tas de trucs dans la décontraction la plus totale, et les quelques milliers d’exemplaires écoulés sont le plus souvent la règle dans ce genre d’opération, que ce soit pour « Comment faire l’amour à une femme sans qu’elle appelle la police » ou bien « Comment planter un clou sans partir sur-le-champ aux urgences ».
Aussi comprenez-moi bien : il ne s’agit en aucun cas d’une incitation d’achat. Du reste, l’argent que vous aurez perfidement soutiré à votre vielle tante à moitié gâteuse à l’occasion des ces « fêtes de fin d’année » trouvera sans aucun doute un meilleur emploi dans l’acquisition d’un robot mixeur-épluche-patate, d’une série de casseroles bulgares en émail imputrescible, d’un portable à écran 16/9ème son surround dolby stéréo, bref, n’importe quoi sauf ce genre de livre ridicule fabriqué qui plus est avec du bois d’arbre de la forêt.
Néanmoins (comme dirait une personne chère à mon cœur) je vous livre ci-dessous le lien des sites honteusement commerciaux qui le proposent à la vente, car après tout, vous faites ce que vous voulez, et puis de toute façon, je ne vous connais même pas.


ICI


LA

  (disponible le 3 janvier (et normalement le 4 aussi))

dedicace.jpg













Non, il n'y aura pas de séances de dédicace.

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Published by Aloysius Chabossot - dans Actualité littéraire
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