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7 août 2007 2 07 /08 /août /2007 15:55







Cette section est fermée (je n'ai plus le temps de m'en occuper)
Néanmoins, je laisse les textes qui ont été précédemment envoyés afin qu'ils puissent toujours être lus.

 

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Published by Aloysius Chabossot - dans Avis sur texte
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6 août 2007 1 06 /08 /août /2007 12:18
J'ai 64 ans et je suis d'origine libanaise. Jusqu'en 2004, je n'avais écrit que du courrier commercial et administratif. Dès la retraite, encouragé par le benjamin de la famille, je me suis mis à écrire quelques courts textes autobiographiques et un peu de poésie.

- Voici un souvenir d'enfance :
 


 C'était en 1950...

 

J'allais sur mes sept ans. C'était en 1950, à Kankan en Guinée (française), par une de ces chaudes nuits de saison sèche où la température avoisinait le 40° C.
Dans la cour, en plein air, notre père avait fait installer des plateformes en bambou où, enfants, nous dormions par groupes de deux où trois. Les deux grands, Sami et Annie, sur l'une, Michel, Irène et moi sur l'autre puis Brigitte dans son berceau. Quatre poteaux de bois, entre lesquels étaient tendues des tringles de fils de fer, supportaient les grandes moustiquaires qui nous protégeaient de toutes les bestioles de la nuit.
Irène, active et souvent téméraire, qui supporte bravement la douleur physique, a toujours eu peur du noir et de l'orage. Elle dormait près de moi et je devais lui tenir la main, pour la rasséréner, pour qu'elle puisse s'endormir.

Le petit déjeuner, au petit matin, quand il y avait un semblant de fraîcheur, était à chaque fois une petite fête. Nous avions l'impression de pique-niquer, là, entre les fleurs et le jardin potager.

L'éclairage était assuré par une lampe à pétrole sous pression. Ses 500 lux fournissaient une lumière suffisamment vive dans un rayon de trois à quatre mètres. Pour les chambres et les déplacements, une lampe "tempête" suffisait.

Une main me caressait le front, j'entendais doucement prononcer mon nom. Ouvrant les yeux, je vis, penché sur moi, mon père qui me réveillait... chut !... Etonné, je regardais tout autour, ne comprenant pas ce qui se passait.
Sami, prompt à bondir, comme d'habitude, repoussait les moustiquaires de côté pendant qu'Annie se frottait les yeux. Ghazi rechignait un peu...

- Qu'est-ce qu'y a... qu'est-ce qu'y a ?... Irène, un peu effrayée, venait de se réveiller elle aussi.
- Chut ! chut !
... Ne pas réveiller maman, ni Brigitte.
Il devait être près de deux heures du matin.

Nous venions de comprendre. S'allongeant entre nous, Annie au creux d'une épaule et Ghazi au creux de l'autre, notre père, sur le dos, nous montrait le ciel du doigt.
C'était une de ces nuits africaines qu'aucune lumière parasite ne venait troubler. Et là-haut, devant nos yeux écarquillés, en une immense jonchée de diamants, la voie lactée, scintillant de tous ses feux, nous offrait le plus prodigieux des spectacles.
Le sourire jusqu'aux oreilles, immobiles et émerveillés, nos yeux débordant d'étoiles, nous avions l'impression d'assister à un miracle.

- Vous voyez là-bas, chuchotait notre père, c'est la croix du sud, et là, presque au-dessus de nous, ce grand chariot, c'est la Grande Ourse, et aussi ce petit chariot, la Petite Ourse...

Notre imagination, en mille péripéties, vagabondait du Lion au Scorpion et de l'Aigle au Dragon...
Un bonheur immense nous emplissait. Inconsciemment, nous comprenions que notre père venait de nous faire le plus merveilleux des cadeaux. J'ai encore en mémoire ce sentiment de tendresse que j'éprouvais pour lui.

Aujourd'hui encore, chaque fois que je lève les yeux vers la voûte étoilée, je me souviens !

Abidjan, Le 20 avril 2005
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Published by Aloysius Chabossot - dans Avis sur texte
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6 août 2007 1 06 /08 /août /2007 12:17
Présentation de l'auteur :
Je m'appelle Alec. Alec Gurney, homme 40 ans.


Ce texte que je soumets aujourd'hui n'est que le début d'une nouvelle écrite en 2007 d'environ 20 000 signes.
Elle s'appelle " A un cheveu près" et je vous livre les premières pages pour avis.
D'avance, je vous remercie d'avoir la chance d'être publié et d'être critiqué.


Dimanche de merde.

Je me rappelle encore chercher cette foutue carte de crédit dans le fond du sac.

Evidemment, agacé, il avait fallu que je le retourne pour étaler le contenu sur la tablette de la cabine téléphonique.

Evidemment, les clefs, les capotes, les clopes, et tout le foutoir étaient tombés au sol.

Evidemment, le portefeuille s’était ouvert pendant le plongeon, faisant valser dans les airs mes intimités.

Enfin, je retrouvais cette foutue plaquette de vinyle parmi une demi-douzaine d’autres.

            Et ce clébard au regard abruti, avec son imper Vuitton, qui me regardait ramasser mon bric-à-brac sur le plancher en alu, après avoir généreusement pissé sur la vitre à hauteur de mon visage.

Et sa matrone, à l’autre bout de la laisse,  au même regard abruti et à l’imper assorti à celui du chien.

Elle tirait sur la laisse - ou peut-être c’était le chien qui tirait - pendant que je renvoyais un rictus qui voulait dire : « j’ t’emmerde ! ».

Dimanche de merde.

 

Carte dans la fente.

Code.

Tapotage des touches avec indicatif de l’Allemagne.

Sonneries.

Deux et puis un clic.

Communication coupée.

 

Je me suis allumé un clope.

Trois bouffées.

Le téléphone sonne.

Je lance :

 

« Salut Rudy, c’est Nolan.

- Salut mec, il fait beau chez toi ?

- Il flotte pire qu’en Irlande, je déprime.

- C’est bon pour les fleurs, mec.

- Comment va ta sœur ?

- Elle est rentrée à l’hôpital ce matin, une appendicite apparemment. »

J’ai balancé le mégot d’une pichenette en entrouvrant la porte du pied.

 « On peut passer la voir ?

- Sûr mec ! Chambre 215 Rotkreuz Hopital à Munchen.

- Je passerai.

- ok, mec. »

   Clic.

 

 

 

Je suis remonté dans la 740ci flambant neuve qui me servait de carrosse en repensant à Rudy.

 

 

 

Rudy Zimmer le logisticien, l’homme de toutes les merdes, un malade planqué derrière ses téléphones, ses écrans de pc à refroidissement liquide fluorescents, téléphones satellites, scanners de flics, scanners d’aéroports, scanners des hostos, scanneurs de tout, voyeur et branleur à mort, radios à ondes courtes, diffusant en permanence et en simultané des stations du monde entier dans une cacophonie impossible, cafetières, dégueux, culottées d’une brune couche, posters de starlettes du X aux nibards siliconés, sourires Colgate en position sans équivoque avec gode dans le cul, collection de boîtes de bières du monde entier en pyramide, emballages MacDo de l’année dernière, parfum d’ambiance fétide, volets clos qui devaient être soudés depuis le temps, paire de lunettes sur le nez, une autre sur le front, trente deux mètres carrés exactement, porte blindée avec six verrous, voix gutturale et taches de rousseurs, rouquin à mort et fils de pute, enfant de putain véritable né dans un placard de Lieberstrasse à Berlin- Est.

Ce type était ma famille.

 

Ca devait faire cinq ans que je ne l’avais pas appelé, j’étais content qu’il soit toujours à l’autre bout du numéro de téléphone d’urgence.

On s’était donné rendez-vous à la brasserie Kammerzell place de la cathédrale à Strasbourg. Quinze heures pétantes demain.

 

C’était ça le motif de mon coup de fil.

Le dialogue était clair pour nous.

Le code était clair pour nous.

Les mots ne valaient rien de plus que leurs sens cachés.

 

Billet de train.

Train.

Strasbourg trois minutes d’arrêt.

Une Mercedes en loc au nom de Julien Spitller.

Brasserie Kammerzell.

15h00.

Bière blonde hollandaise.

Poil de carotte s’assoit devant moi en posant son bock.

 

« Alors ? T’as besoin ?

- J’ai besoin.

- C’est officiel ?

- Non.

- T’es dans la merde, alors »

 

Je crois avoir regardé les petits mecs qui jouaient au baby-foot comme unique réponse.

Il but une goulée haute de la moitié de son verre.

 

            « Tu veux quoi ? »

            Je tripote mon verre. Répondant. D’un trait.

 

            «  Glock 9 avec deux boîtes, ricine, un milli, solution buvable, pentothal, vingt milli, injectable, un code téléphone satellite,  trois g de coke. »

            Il but l’autre goulée jusqu’au fond du verre.

            -« Mouais….C’est pas pour partir en vacances je suppose ?!

            - Vrai. »

 

            Silence.

 

            Eddy Mitchell et sa couleur menthe à l’eau en ambiance sirupeuse dégoulinante succédait à Sardou et son lac de merde où il aurait dû se noyer depuis longtemps.

 

            «  Ok, on se revoit ce soir, vingt heures. »

 

            Il me glisse sur la table un bout de papier.

            Adresse d’un hangar en bordure du Rhin à cinquante kilomètres.

            Je le regarde partir.

 

Chambre d’hôtel en attendant.

A poil sur le lit.

Zapping réflexe des chaînes sat.

 

En y repensant, j’arrivais toujours pas à comprendre comment j’avais pu me faire berner par cette furie. Fallait vraiment que j’arrête de penser avec ma queue, ça me chloroformait les méninges.

 

Quatre semaines.

 

Quatre putains de semaines, avant de déchiffrer l’embrouille. Je vieillis, j’aurais dû prendre ma retraite comme je me l’étais dit l’année dernière. Maintenant, je viens de choper les quarante printemps et les boules en même temps. Faut que j’arrête de déconner, un jour je vais me retrouver converti en aliment complet pour verrats et consorts alors que je pourrais me retrouver peinard en Thaïlande à siroter des cocktails et à me faire masser les couilles pendant des vacances à vie.

Le roi des cons, Nolan Sampitrio, Julien Spitller, Thomas Vezel, ou n’importe quel autre identité que j’avais pu avoir ; c’était quand même moi le roi des cons.

 

Xième clope.

Dernière mignonnette de whisky du mini bar.

 
            [......]
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6 août 2007 1 06 /08 /août /2007 12:16
L'auteur de ce texte est un jeune imbécile au parcours plutôt chaotique : après un baccalauréat de gestion, obtenu avec la mention, il est allé chauffer les bancs de l'Université de Gestion commerciale, avant de se rendre compte qu'il était plus littéraire que vendeur. Il a donc fait tout ce qui était en son pouvoir pour intégrer la prestigieuse faculté de langues et de lettres de La Rochelle, où on l'attendait donc à arriver en septembre 2007. Mais c'était sans compter sur le fait qu'il s'est découvert une passion incontrôlable pour la charcuterie dans l'été. Puisque vous avez tout suivi, vous savez donc que vous avez en face de vous un grand malade, qui se prend à la fois pour un comptable, un interprète et un charutier, le tout en même temps, et qui, en plus, écrit des textes à n'en plus finir. A vous de juger de son état de santé mentale.

P.S. : Avant de juger l'auteur un peu trop vite, sachez aussi que, accessoirement, c'est moi, l'auteur.



       Un jour, alors qu'il était dans sa chambre pleine de journaux jaunis par le temps, recherchant sur internet les dernières informations transmises, Sylvain aperçut une souris bizarre se faufiler dans sa chambre : le rongeur était vert et bleu à pois marron. Le jeune garçon de 13 ans, poussé par sa curiosité, décida de l'attraper pour mieux l'examiner. La souris le vit se lancer à sa poursuite.

       Pour le semer, elle zigzagua entre les deux écrans d'ordinateurs posés sur son large bureau, pénétra dans l'armoire pleine de vêtements et en ressurgit par un petit trou dans le fond. Sylvain, déboussolé, regarda dans tous les sens et aperçu la fine queue du rongeur disparaître dans le miroir. Surpris, le jeune s'approcha d'un pas craintif de son reflet. Fait étrange : ce n'était pas lui qu'il voyait sur la surface froide, mais une nature luxuriante. De plus en plus stupéfait, il posa la main sur son miroir pour comprendre. A l'instant même où sa peau entrait en contact avec le verre, une autre main, translucide, elle, l'accrocha au pied pour l'expédier dans ce paysage. Il observa du mieux qu'il put, et se rendit compte qu'aucun être humain n'y avait jamais mis les pieds. Après avoir observé le lointain, il reporta son attention sur une absurdité comme il n'en avait jamais vue : un rocher avec des yeux. Assis sur ce rocher, un sorcier, facilement reconnaissable à son grand chapeau pointu, à son balai volant. Le plus surprenant étant encore que sa peau était assorti à ses vêtements, c'est-à-dire vert petit pois. Le seul élément de visible de son corps qui n'était pas vert était sa paire d'yeux, qui, eux, étaient rouges. Semblant s'impatienter, le nouveau venu s'exclama :

-          Bienvenue dans le monde de Fables !

-          Que c'est-il passé ? Qu'est-ce que ce monde de dingue ? Et d'abord pourquoi voles-tu ? Où est-on ?

-          Tu m'écoutes quand je parle ou quoi ? Je viens de te dire : « Bienvenue dans le monde de Fables !!!!! »

-          Ah ! Ok ! Merci ! Et ce n'est pas la peine de me percer les tympans ! Il me reste une question : que fais-je là ?

-          Bonne question. Mais à mon avis, la soureuse qui vient d'apparaître n'est pas totalement étrangère à tout cela.

-          La quoi ?

-          La soureuse : une souris verte et bleue à pois marron. C'est très bon, mangé avec de la crème fraîche. Les soureuses ont l'habitude de jouer des tours au gens pas très malins dans ton genre.

-          Pas très malin ?

-          Arrête de vouloir paraître intelligent ! j'ai dû te répéter tout ce que je t'ai dit au moins deux fois !

-          Mais où est elle partie, cette souris ?

-          La Soureuse est partie dans les bois, là bas, au nord.

-          Je dois la suivre !

-          Dans ce cas là, j'y vais aussi. Avec ton intelligence, tu ne tiendras pas deux minutes tout seul ici !

-          Je n'aime pas trop ta façon de parler, mais je crois que je n'ai pas le choix. Alors allons-y !

 

       Les deux compagnons démarrèrent donc, se dirigeant vers l'orée du bois. A peine entrés dans sous les arbres, un léger tintement se fît entendre. Le sorcier vert parut tout à coup beaucoup plus tendu qu'un instant auparavant. Sylvain lui demanda ce qu'il se passait, mais il répondit que tout allait bien. D'ailleurs, le tintement s'éloignait déjà et était passé à la frontière de l'inaudible, et le vieil homme se calma.

       Une centaine de mètre plus loin, le bruit léger s'intensifia, et Iglesia (c'était le nom du sorcier, Sylvain l'avait appris en discutant avec lui) parut s'affoler à nouveau.

       Cette fois-ci, le jeune homme insista pour savoir ce qui se passait, mais son compagnon lui répondit à nouveau que tout allait pour le mieux. Seulement, à la seconde même où il finissait sa phrase, le tintement grandit, à tel point que les deux compagnons de routes durent se boucher les oreilles. Lorsque ce vacarme fut le plus insupportable, Sylvain distingua des scintillements furtifs dans les arbres, et qui ne semblaient pas être dû à des reflets du soleil.

       En observant mieux, il vit que les scintillements avaient une étrange forme humaine. En écoutant mieux, il comprit que les tintements étaient en fait des voix suraigües qui piaillaient en continu. Malheureusement pour lui, il ne saisit ce dernier détail que lorsque des milliers de minuscules voix crièrent à l'unisson : « A l'attaque ! »

       Toutes les minuscules fées fondirent alors sur Sylvain et Iglesia, pour leur tirer les cheveux et les oreilles, pincer leurs joues où encore nouer leurs lacets entre eux pour les faire tomber.

       Nos deux héros parvinrent tout de même à avancer, mais ce harcèlement continu leur fit perdre le sens de l'orientation, et Sylvain comprit encore une fois trop tard où elles tentaient de les mener : une gigantesque mare de boue collante et puante.

       Ce qui devait arriver arriva : les jeunes gens atterrirent tête la première dans la fange, sous les trillements de rire des fées.

 

-          Tu savais ce qui se passait, n'est- ce pas ?

-          Oui, mais si on ne prête pas attention aux fées, elles n'attaquent pas. C'est parce que tu as écouté ce qu'elles disaient qu'elles nous ont harcelés. Elles détestent les malpolis.

-          Mais je ne savais même pas qu'elles parlaient ! Je cherchais juste à savoir ce que c'était que ce tintement !

-          Peut-être, mais toujours est-il que tu les as énervées. Et ne comptes pas sur moi pour les calmer. Je déteste ces petites pestes. Tu n'as qu'à te débrouiller tout seul !

 

Prenant son courage à deux mains, Sylvain s'adressa donc aux fées déchaînées :

-          Excusez-moi de vous avoir écouté, mais je ne comprenais pas d'où venez ce joli chant ! Je pensais entendre un concert de clochettes !

-          Traites-nous d'idiotes, pendant que tu y es !

-          Excusez-moi encore une fois, mais dans le monde d'où je viens, il n'y pas de fées, et je n'ai compris que trop tard que vous étiez des personnes intelligentes. C'est pour cela que je n'ai pas pu savoir que vous parliez.

-          Dans le monde d'où tu viens ? Tu viens d'un autre monde ?

-          Eh bien oui, c'est une soureuse qui m'a mené jusqu'ici, en traversant un miroir...

 

Le tintement se mua en bourdonnement comme il finissait sa phrase.

 

-          Un être venant d'un autre monde, amené par une soureuse ? Ce pourrait il que ce soit...

-          Impossible, il a l'air beaucoup trop bête...

-          Eh j'ai entendu ça ! protesta Sylvain

-          Et en plus il nous comprend lorsque nous parlons dans notre langue.

-          Et n'oubliez pas qu'il est arrivé avec lui...

-          On devrait lui en parler alors...

-          Tout à fait d'accord !

-          Dans ce cas... Sylvain, nous avons une mission à te confier.

-          Une mission à me... une minute, comment connaissez vous mon prénom ?

-          Ne nous interromps pas ! Tu vas devoir sauver le minipeuple du minityran !

-          Minipeuple ? Minityran ?

-          Je t'ai dit de ne pas nous interrompre ! Ramènes le Sel de roche, et anéantis le minityran !

 

A la fin de la syllabe « ran », Sylvain s'est senti aspiré vers le haut : des centaines de fées le tiraient pour l'extraire de la boue, et l'envoyer voltiger au dessus de la cime des arbres. Après quelques secondes d'apesanteur enivrantes, la gravité reprit ses droits, et s'appliqua à le rappeler au sol de manière accélérée. S'attendant à une chute cuisante, il se roula en boule, pour atterrir en souplesse sur le sol pierreux... et rebondit dessus comme sur comme sur un trampoline.

En se relevant, il vit une fée, le toisant à deux mètres de lui : « Crois moi, si tu veux retourner dans ton monde, tu n'as pas intérêt à échouer ! »

Et elle repartit en volant vers la forêt.

Sylvain fit alors un bilan de ce qui venait de lui arriver : se retrouvant projeté dans un univers qu'il ne connaissait pas, il devait maintenant chercher un Sel de roche dont il ignorait jusqu'à l'aspect, pour détrôner un minityran qu'il ne connaissait pas mieux, afin de libérer un minipeuple encore plus énigmatique. Et en plus il avait perdu Iglesia, qui aurait pu lui apporter une aide précieuse.

Alors qu'il se morfondait sur sa situation plus que désastreuse, il aperçut un éclair vert et bleu teinté de marron filé entre les fourrés : la soureuse !

Cette fois-ci, il ne la laisserait pas filer ! Bien décidé à la poursuivre sur des kilomètres, rusant pour la dénicher dans des endroits impossibles à détecter pour l'œil humain, il se précipita dans les buissons où venait de disparaître le rongeur... pour le découvrir sagement assis sur son derrière, semblant attendre que Sylvain approche. Le héros la prit dans ses bras, pour se rendre compte que le petit animal était assis sur un petit flacon étiqueté, avec une sorte de poudre blanchâtre à l'intérieur. Se sachant dans un monde tout à fait absurde où la pierre la plus dure se transforme en caoutchouc si elle le veut, c'est sans surprise qu'il lut sur l'étiquette, griffonné d'une main hésitante : « Sel de roche ».

Ça faisait toujours ça de moins à faire. La soureuse juchée sur son épaule et le bocal de Sel de roche dans la main, Sylvain reprit donc son chemin, pas réellement sur de la direction à prendre.

 

Une heure plus tard, il tournait en rond, depuis qu'il s'était perdu dans la montagne. Il sentit la première goutte tomber lorsque son ventre commença à lui signaler qu'il avait faim. Seulement la goutte n'était pas venue seule : elle précédait seulement toutes ses sœurs jumelles qui venaient du nuage noir qui surplombait le mont. Heureusement pour le jeune homme, la soureuse repéra aussitôt une cavité à fleur de rocher. L'antre semblait profonde et humide, mais il pouvait rester à l'entrée. En cherchant dans les coins de rochers, il découvrit des vivres, prouvant que le lieu avait déjà été visité. Tenaillé par la faim, il mordit dans ce qui ressemblait à une cuisse de poulet, lorsqu'un grognement sourd surgit du fond de la caverne, précédant la chose qui venait de se réveiller. Et la chose en question avait grossièrement la forme d'un ours, avec une dentition de loup, et à la place de la fourrure une épaisse armure de pierre.

Sylvain n'eut pas à réfléchir longtemps avant de comprendre qu'il ferait mieux de courir, et d'ailleurs ses jambes avaient du le comprendre avant lui puisqu'il galopait déjà hors de la caverne. Son premier contact avec la soureuse lui revenant en mémoire, il slaloma entre les énormes rochers qui bordaient la montagne, sauta par-dessus un buisson, avant de s'apercevoir que celui-ci cachait un énorme gouffre. Ne sachant toujours pas voler depuis la forêt des fées, il tomba.

Cette fois-ci, point de sol rocailleux pour l'accueillir, seulement une rivière de lave. Croyant une nouvelle fois son heure arrivée, il ne prit pas la peine de se roule en boule comme la première, mais rebondit tout de même sur la surface brûlante, sans aucun dommage pour lui, ni pour la soureuse qui était restée accrochée à son épaule, et encore moins pour le Sel de roche qu'il gardé bien enfermé dans son bocal, lui-même maintenu dans le poing du jeune garçon.

Sautant sur ses pieds, il vérifia d'abord si la créature ne l'avait pas suivi, et apparemment, la grosse bête n'avait pas osé sauter.

Marchant sur la lave comme sur un sentier de promenade, il atteint enfin une berge de pierre solide, où il aperçu de petits êtres qui travaillaient sous la surveillance zélée d'autres personnages tout aussi petits, à la manière des Egyptiens de l'Antiquité. D'ailleurs, un « pharaon » se tenait sur un trône, d'où il observait Sylvain dans toute sa hauteur.

-          Que fais-tu dans mon royaume, géant ?

-          Je cherche quelqu'un qui pourrait se faire appeler le minityran.

-          Il n'y a pas de minityran, ici, seulement un roi tout à fait normal qui gère son royaume d'une manière tout à fait juste et équitable, c'est-à-dire en fournissant travail et nourriture en quantité plus que suffisante à son peuple.

-          Qu'appelez vous « quantité plus que suffisante » ?

-          Eh bien cent cinquante heures de travail par semaine et par personne, et un bol de cailloux par mois et par famille.

-          Et vous appelez ça suffisant ? Vous ne mangez qu'un bol de cailloux par moi ?

-          Non, moi je mange à peu près autant que vous. Mais c'est normal, il faut garder la qualité du sang royal, tout de même...

-          Donc, vous êtes bien le minityran...

-          Je ne vous permets pas de m'insulter ! Gardes, saisissez vous de ce singe monté en graine !

-          Ah non, je me suis déjà fait avoir par les fées, alors le tyran des gnomes, il va se calmer !

 

Ce disant, une idée lui traversa l'esprit : il attrapa le minityran par la barbe (qu'il avait très longue), et introduisit le gnome dans le bocal de Sel de roche. La réaction fut instantanée : le minityran fut réduit en poudre, de la même couleur que le Sel de Roche. Sylvain eut une seconde d'hésitation, puis se tourna vers le minipeuple, qui l'ovationnait, pour le remercier de les avoir libérer de leur tyran.

     Ils lui indiquèrent la sortie la plus rapide, mais refusèrent de le suivre le long de ce tunnel. Il comprit pourquoi : la sortie de ce tunnel était la grotte où il s'était abrité durant l'orage. Pour preuve : la créature qu'il avait réveillée à son premier passage l'y attendait, les babines retroussées en un sourire carnassier.

Une fois encore, les jambes du héros réagirent avant sa tête, et le portèrent à vive allure hors de la grotte. La poursuite dura longtemps, et le mena dans la forêt d'où il était parti. A peine avait-il pénétré dans les sous-bois que deux branches s'abattirent : une repoussa le monstre qui le suivait, l'autre le projeta dans les airs, pour l'expédier dans une mare de boue qui ne lui pas totalement étrangère. D'ailleurs, Iglesia l'y attendait encore. Se relevant pour la énième fois de la journée, il tendit le bocal de Sel de roche aux fées, en s'excusant :

-                       Il n'est pas tout à fait intact, j'y ai dissout le minityran...

-                       C'est parfait, ne t'inquiètes pas ! Maintenant, ouvre le bocal et verse-le dans la mare !

 

Ne comprenant pas le regard horrifié d'Iglesia, Sylvain s'exécuta, et versa le Sel jusqu'au dernier grain. Une réaction chimique eut alors lieu : la boue se mit à bouillonner et à chauffer... C'est alors que le héros compris le regard du magicien, un peu aidé par le cri de ralliement des fées : « A table ! »

 

C'est à ce moment là que Sylvain s'est réveillé, la forme des touches de son clavier imprimée sur sa joue. Sa sœur tambourinait sur la porte de sa chambre, en hurlant de sa petite voix stridente : « A table ! Et va chercher du sel à la cave, la salière est vide ! »
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6 août 2007 1 06 /08 /août /2007 12:15
L’aube est un moment – sinon le moment – où les esprits s’éveillent, vierges de toute pollution cognitive, de nouveau prêts à affronter les épreuves d’un jour nouveau. Il en est ainsi pour la grande majorité des espèces vivant en ce monde.

Mais pour d’autres, ce court instant de transition où le départ des astres laisse au Soleil la faveur de régner sur un monde grouillant de vie, marque la fin de toute activité physique et mentale. C’est dans cet ordre – ou désordre ! - que va la vie de Boo.

 

I - (titre)

 

            Une lumière vive assaillit son esprit ; ce matin là, les brumes annonçant la venue du jour ne résistèrent pas longtemps à l’assaut des rayons du soleil. Mais la lueur intense et agressive n’était pas la seule cause de sa veillée. Car Boo était décidé. Il savait. Il savait que le moment propice était venu, et il était bien décidé à en profiter.

            A ses côtés, Pixel, son compagnon de maison, s’endormait doucement. Ce flemmard d’adolescent ne risquerait pour rien au monde de chambouler son rythme de vie ! Un rythme bien rodé au demeurant, quoique très banal… manger, dormir… et rien ! Mais Boo n’était pas de ces rats là, car pour ce petit être, la vie ne pouvait pas se limiter à ces fonctions triviales. D’autres valeurs bien plus nobles, bien plus importantes aux yeux du jeune adulte méritaient son intérêt. Et c’est en ce but qu’il quittait le plus silencieusement du monde la petite cahute de plastique – jaune et bleue – qui leur servait de dortoir.

            Bruissements de petits pas… Devant lui s’ouvrait à présent l’espace vide de leur cage. Vide, oui, mais de rats seulement ! Car si l’agitation nocturne avait désormais fait place au calme le plus absolu, le domaine de Pixel et Boo restait toujours aussi peuplé, encombré de milles et uns restes de repas – graines de tournesol, riz soufflé, légumineuses, croquettes pour chat, pattes, et d’autres… - de jouets en tous genres, et meublé de cabanes de cartons.

            A sa gauche se trouvait l’unique étage de leur territoire : un quart de cercle en plastique accroché aux barreaux, à mi-hauteur de cage. Ce promontoire était surmonté d’une petite litière d’angle, dont la fonction première n’avait pour une fois pas échappé aux petits rongeurs…

            Empruntant le chemin de plastique gris, Boo se trouva en quelques enjambées – si tant est que les rats aient des jambes - au bord du vide le séparant du sol. S’il ne voulait pas faire de bruit, il savait qu’il ne devait pas agir comme il avait l’habitude de le faire : tout simplement se laisser tomber de l’étage et heurter vingt centimètres plus bas la litière de son généreux postérieur, dans un nuage festif de copeaux de lin !

            Aussi choisit-il d’accéder au sol par les parois. La technique était bien rodée. Il devait s’agripper aux barreaux de la cage, à la verticale, tête vers le haut, afin de ne pas capoter cul par-dessus tête, et descendre un à uns les longs câbles métalliques. Il s’exécuta, non sans quelque appréhension ; car désormais, Boo n’était plus très loin de son but. Il allait pouvoir exprimer une part de lui-même, qui le poussait inexorablement à agir.

            Il jeta un rapide coup d’œil sur sa droite, où trônait maintenant la Porte ; le principal moyen d’accès au dehors était un carré de barreaux articulés, dans la face découverte de la cage. C’est par ce trou d’Hommes que les rongeurs recevaient régulièrement leurs repas, ou se trouvaient extraits de leur lieu de vie pour être un temps enfermés dans de petites boîtes aveugles. Mais ce n’était pas cet élément équivoque qui faisait en cet instant l’objet de son intérêt. Non. Boo ne pensait qu’à une chose. Attraper la touffe de poil bleu qui jaillissait - inconsciente et provocante – d’un angle du Mur.

            Cette touffe appartenait à Minus, le gros mâle bleu. C’est avec ce rat que Boo s’était une fois battu, et avait été ridiculisé par la force bien supérieure à la sienne de son aîné. Depuis ce jour, les trois mâles avait vécu séparés par une double paroi de verre et de métal, solide et hermétique : le Mur. Mais le jeune albinos n’avait jamais digéré cette défaite humiliante et, il ne savait pas pourquoi, quelque chose au fond de sa petite conscience de rongeur le poussait à obtenir vengeance. Il n’avait pu supporter de découvrir sa faiblesse de cette façon. Mais il n’avait été qu’un jeune adolescent. Suffisamment fort et désormais décidé, il pouvait, sinon prétendre vaincre son adversaire, lui infliger une juste correction.
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6 août 2007 1 06 /08 /août /2007 12:14
A nous de vous faire préférer le train

 A peine installé sur mon siège, dans un wagon presque vide, je suis interpellé par un jeune homme trapu, dont le crâne rasé révèle une peau halée. Sa bouche cernée d’un petit bouc pointu me dit demande avec un étrange accent :

- C’est libre ?

Evidemment je réponds oui.

Il s’assied à côté de moi. Pourquoi ? Il y a des places libres partout dans le wagon.

Je n’ai pas le temps d’espérer qu’il me laisse lire tranquillement, puisqu’à peine assis, il engage la conversation.

Il parle beaucoup, questionne comme un enfant. Sa voix est saccadée, et haut perchée. Tout le monde doit l’entendre dans le wagon et je déteste ça. Son dialogue est décousu, il passe du coq à l’âne, me parlant dans la même phrase du concert qu’il a vu il y a deux jours, et de sa petite sœur morte sous ses yeux dans un accident de voiture.

Il me fait peur. J’aimerais qu’il parte. Je cherche bien inutilement de l’aide dans le regard du contrôleur, mais je dois simplement avoir l’air de bavarder avec un ami. Je ne veux pas qu’il soit mon ami. Ni qu’il croie que je suis le sien.

Je réponds à ses innombrables questions, le plus brièvement possible, regardant par la fenêtre aussi souvent et longtemps que la politesse le permet, rêvant de me perdre dans la forêt de bouleaux qui défile interminablement.

- C’est quoi ton soda préféré ?

Je me tourne vers lui, interloqué.

- Euh, je sais pas trop. Le coca je pense.

- Pepsi ! hurle-t-il, c’est pepsi le meilleur soda, et tu ferais bien de ne pas l’oublier.

Je devine les sourires en coin des autres voyageurs, qui doivent tous remercier le ciel que cet étrange personnage ne se soit pas assis à côté d’eux.

Je vais aux toilettes, tenter de reprendre mes esprits, de faire une pause, de trouver un échappatoire.

Respirer.

Simplement.

Mais il faut que je sorte. Quelqu’un attend derrière la porte. Je dois y retourner, je ne peux pas faire si long.

Je titube dans le couloir sous les cahots du train. Les passagers évitent mon regard, gênés, lâches.

Je me rassieds. Il demande :

- Tu aimes quoi comme beurre de cacahuètes ?

- Je n’en mange que très rarement, je n’aime pas trop ça, alors tu sais, je ne connais pas les marques.

- Pourtant il n’y en a qu’une qui soit vraiment du beurre de cacahuètes, tu sais ?

- Sans doute oui, murmuré-je, pour essayer de lui faire comprendre qu’il n’a pas besoin de parler si fort. Et c’est laquelle alors, histoire que je puisse y goûter et peut-être que j’aimerais.

- C’est sûr que tu aimerais, répond-il brutalement.

- C’est quoi alors ?

- Je ne te le dirais pas, non. Tu ne le mérites pas, soupire-t-il.

Je me tais.

Pendant environ trois minutes, c’est le silence. Le plus long silence depuis près de deux heures. Je reprends espoir.

Il ne tarde pourtant pas à recommencer. Ses questions sont de plus en plus saugrenues. Je les entends à peine. Je vois simplement son bouc s’agiter autour de sa bouche. Je suis sonné, saoulé, hagard. Il a l’air agacé.

«  Tu aimes la pluie ? Pourquoi pas ? Tu trouves que c’est admissible qu’un bus ait du retard ? Ta mère fait de la confiture aux fraises ? Tu te touches beaucoup quand tu voyages seul ? Tu préfères la salade verte ou de carotte ? Pourquoi ?…. »

Encore dix minutes. Dix minutes, et ce foutu train s’arrêtera. Je pourrai enfin descendre, m’enfuir.

Je ne me sens pas bien. Je n’en peux plus. Je veux être tranquille. Je le lui dit. En douceur.

Il me fait répéter.

Son regard est dur.

Ma voix tremble.

- Tu sais, rétorque-t-il, la nature est à tout le monde, et ne pas vouloir partager, vouloir voyager seul, c’est voler.

Et il pose sa main sur mon poignet quand je saisis mon livre. Elle est froide, ferme.

Le train ralentit. Je me dépêche de prendre ma veste.

- Pourquoi es-tu si pressé mon ami ?

Je suis au milieu du wagon, debout, entouré de passagers, quelqu’un, lui, me parle et pourtant, je ne me suis jamais senti aussi seul.

Je prétexte un mal de ventre, le besoin d’aller aux toilettes de la gare :

- Il ne faut pas m’attendre, pars devant, je te rejoindrai.

Il acquiesce, sourit. Je respire un peu mieux.

Bien avant que le train ne soit arrêté, je suis devant la porte. Il est juste derrière moi. Je ne me retourne pas, j’aimerais l’ignorer. Mais je le sens.

Je saute du train dès que les portes s’ouvrent, en le saluant de l’air de plus jovial possible.

- Vas-y déjà, je te rattrape…

D’un pas rapide que j’espère assuré malgré mes jambes en coton, je me dirige vers les toilettes, prêt à y rester pour l’éternité s’il le faut.

J’entre dans la cabine, et je referme la porte. Elle me résiste et me repousse en arrière.

Ses yeux perçants me glacent quand le bouc pointu me dit d’un ton égal : « il ne faut pas faire ça mon ami… »

Cette simple phrase me fait froid dans le ventre, comme un éclair de métal : « je ne suis pas ton ami » ai-je envie de hurler.

Et je vois sa main.

Et la lame rougie qui s’éloigne de moi.

Puis elle revient.

C’est frais, cela ne fait pas mal.

« Tant mieux », ai-je le temps de penser, avant de la sentir encore glisser.

Je m’affale sur la cuvette. Il fait froid.

Sans un mot, il se retourne. La porte se referme lentement sur son absence, avec un léger grincement. Je fixe la trace rouge de ses doigts sur la paroi.

« Enfin, enfin, il est parti… Je vais attendre encore un peu ici, pour être sûr ».
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6 août 2007 1 06 /08 /août /2007 12:13
L'auteur :
Me présenter en tant qu'auteur, n'est ce pas un peu présomptueux ? Si le premier pas à franchir est celui du choix du pseudo d'écriture, alors je serais "Second Fondateur" - les adeptes de sf ne manqueront pas de reconnaitre dans le pseudo mon auteur préféré... J'écris avant tout pour moi, pour donner forme aux univers trop à l'étroit dans mon esprit et qui me donnent la migraine à tourner en rond dans mon crâne :p)
 
Présentation du texte :
Voici un extrait d'une courte nouvelle dont l'idée m'est venue subitement et que j'ai écrite quasiment d'une traite. C'est d'ailleurs mon premier texte "complet", ma première création en quelque sorte. C'était il y a deux ans...
 
 

Le dealer émet un rire dément et silencieux, et s’enfuit dans le parc. Sa silhouette noire se perd déjà entre les arbres des grandes allées sombres, que les réverbères fracassés au sol n’éclairent plus. Johnny souffle de soulagement. Il pensera à descendre avec son flingue la prochaine fois. Il se trouvera aussi un autre dealer ; ce pauvre paumé avait vraiment l’air au bord de la rupture. Avant de remonter dans sa piaule, Johnny se retourne et contemple le désespoir étalé devant lui. Ici, dans les ghettos, la misère coule des murs et déborde des poubelles. Les murs de briques ne sont plus rouges ; l’air pollué les a noircis. Parfois, là où la couche de crasse a été grattée, le rouge sang d’origine réapparaît en taches diffuses ; ou bien est-ce réellement du sang ? Les véhicules n’empruntent plus les chaussées défoncées. Depuis les émeutes au début de la Crise, les forces de l’ordre ont abandonné ces quartiers. La violence est à la hauteur du désespoir de tous les fous qui se terrent ici. Ici, même les immeubles meurent, victime de délabrement ; ils s’effondrent ou brûlent, et leurs carcasses s’étalent alors dans les rues, et les poutres, le métal et les pierres enchevêtrés serviront de tombe aux squatteurs malchanceux. Ici, les hommes ne sont plus que des rats. Johnny pousse un soupir et se décide à remonter.

 

 

 

 Dedans, ce n’est pas forcément mieux que dehors, mais au moins c’est chez lui. Le hall d’entrée abrite les boites aux lettres défoncées qui ne reçoivent plus de courrier depuis longtemps. Au fond du hall glauque, la cage d’ascenseur est un trou béant. Johnny habite au sixième. Il se sent mal à l’aise. La misère l’agresse plus qu’à l’accoutumée. Une crise d’angoisse, signe que son organisme utilise pour lui réclamer la drogue.  A chaque pallier les détritus s’amoncellent. La tapisserie humide et jaunie se décolle des murs en grands rouleaux. Si ça ne tenait qu’à lui, il arrêterait de prendre cette merde. Mais son corps l’exige, chaque fois plus violemment. A cause de ces pilules, il n’est plus maître dans son propre corps. Enfin, Johnny ouvre un à un les sept verrous de sa porte. Cette fois, il veut tenir. Encore un peu. Il se barricade dans son studio, et jette le sachet qu’il serrait dans sa main sur son lit. Le désordre et l’odeur de renfermé lui donnent la nausée. Johnny se précipite à la fenêtre, l’ouvre et vomit dans la rue. Il se rince au lavabo. L’eau fraîche sur son visage lui fait retrouver ses esprits.

 

 

 

 Sa batterie est là, au pied de son lit. Sa guitare électrique est posée contre le mur. Johnny aime la musique ; il était musicien il y a quelques années encore. Il hurlait son dégoût et son mépris du système ; les rythmes déments de sa batterie ou les riffs puissants de sa guitare étaient son exutoire. Aujourd’hui les instruments se sont tus. Johnny ne crie plus qu’après son dealer, et sa colère et sa haine ne sortent plus. Elles sédimentent au fond de son âme. Johnny brûle et se consume par le feu de sa propre colère. Il se détruit parce qu’il n’a pu détruire le système, et  parce que le système rechigne même à l’écraser. Ce soir, Johnny veut tenir. Il ne doit pas penser à la sensation de manque qui le gagne. La musique va l’aider. La batterie commence à résonner dans l’immeuble mal insonorisé. Johnny joue faux mais il joue. Il retrouve des gestes d’une passion qu’il croyait éteinte. Ses rythmes d’autrefois. Quelque chose pourtant ne va pas. Les sons frappent et résonnent dans son crâne. Un bruit sourd revient fréquemment. Quelqu’un hurle. Quelqu’un tambourine à sa porte. Encore rempli de sa musique, Johnny regarde à travers le judas. Son voisin du dessus. Ouvrir la porte. La lame pointée sur lui…les yeux injectés de sang de l’homme.

 

 

 

« …pas le soir ! …journée pourrie...Vraiment pas ! »

 

 

 

Les hurlements ; Johnny commence à comprendre.

 

 

 

« Tu comprends quand on te parle connard! J’te surine si tu continues ! »

 

 

 

Le couteau s’agite à quelques centimètres de sa figure. Cet homme n’aime pas sa musique. Johnny réfléchit ; son automatique est posé sur sa table de nuit, et il n’est même pas chargé. Mieux vaut arrêter de jouer. De toutes façons, il n’a pas envie de tuer quelqu’un ce soir. L’homme remonte chez lui en maugréant.

 

 

 

« Pff…drogués à la con… »

 

 

 
Johnny se renferme chez lui. La nausée a repris de plus belle. Dépité, crevé, il avale sa pilule et s’allonge tout habillé sur son lit défait. Sa tête tourne, la musique résonne encore dans ses tempes. C’est le bourdonnement de son sang irriguant son cerveau sous l’effet de la drogue. Mais Johnny entend sa batterie. Ses yeux se sont fermés. Johnny rêve.

 

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6 août 2007 1 06 /08 /août /2007 12:12
Sirène

C’était un jour, c’était une nuit, je ne sais plus très bien. Je ne me rappelle plus ce que je faisais là ni d’où je venais, mais la quantité d’alcool qui rampait dans mes veines en était sûrement la cause. Tout ce dont je me souviens, c’est d’une plage, et qu’il pleuvait. Des sensations me reviennent également: La tête lourde, mes pas pesants et incertains, les plaintes de mon estomac terrassé par l’alcool. Je m’acharnai à marcher droit devant, à ne pas m’arrêter, à ne pas mourir et dieu m’est témoin que j’ai lutté contre cette saloperie de sable qui faisait tout tanguer. J’ai dû vomir, aussi.  Beaucoup. Cette odeur aigre et salée qui brûlait mes narines reste encrée dans ma mémoire. A un moment, j’ai dû m’écrouler, car je me souviens d’un petit crabe qui me regardait droit dans les yeux. Quand il a vu ce qu’il y avait au fond de mon âme, il a fui. A sa place, j’aurai fait de même. A cet instant, la simple vision de mon âme nue aurait pu tuer.
Malgré tout le sable que j’avais dans les oreilles, je n’eu aucun mal à l’entendre. Comment aurais-je pu faire autrement, cela s’est imposé à moi avec une telle force.
C’était une mélopée fantastique, envoûtante, poignante. Un chant d’une pureté à fendre le diamant, bien plus enivrant que toutes mes nuits blanches. Je n’ai jamais eu l’oreille musicale et mes connaissances en la matière peuvent se résumer en une dizaine de noms, mais je suis sûr d’une chose : Rien de ce qui était humain ne pouvait chanter avec autant d’émotion !
Cela, jamais je ne l’oublierai.
J’étais peut-être ivre mort, mais rien n’aurait pu m’empêcher de relever la tête pour voir d’où provenait ce chant si…fondamental. C’est exactement ça : Fondamental.
Alors je la vis.
Emergeant des profondeurs de l’océan, Ondine et Sirène, femme et enfant, je la vis.
Son sourire recelait tous les mystères de l’univers et lorsqu’elle chantait, des myriades d’étoiles s’en échappaient. J’ai dû plisser les yeux pour ne pas être aveuglé. Je n’avais jamais rien vu d’aussi beau. Derrière son masque d’écume, se tenait le plus doux des visages et  ses yeux étaient d’une profondeur insensés.
Lorsqu’elle a replongé dans l’océan festonné d’écume, j’eus tout juste le temps d’apercevoir sa queue, majestueuse, irréelle.
Ivre mort ou pas, je n’allai pas laisser cette miraculeuse apparition disparaître  dans des ténèbres liquides. J’ai plongé. L’eau glacée entravait lourdement mon corps mais j’aurais fait n’importe quoi pour la retrouver. J’en ai même oublié que je ne savais pas nager.
Ensuite, c’est le trou noir. Je crois que j’ai dû mourir.


Lorsque je me suis réveillé, elle était là, à mes cotés. Le sable collait à ma peau en dessinant les tracés géographiques de pays fantastiques. Elle m’a essuyé le visage sans cesser de sourire. Echoué sur cette plage, incapable de rassembler mes esprits, je n’ai rien trouve de mieux à faire que de lui rendre son sourire.
Puis je l’ai embrassé.
Lorsqu’elle me demanda de la ramener chez moi, je dû prendre un air particulièrement idiot car elle éclata de rire. Devant ma surprise, elle m’expliqua que je l’avais embrassé et qu’ainsi, selon sa coutume, elle serait ma compagne et qu’il me faudrait prendre soin d’elle.
C’était tellement dingue, tellement miraculeux que je n’ai pas hésité. Je l’ai ramené chez moi.
Et on s’est aimé. Comme on a pu.
Au début, on a pu, énormément. Mon baiser lui avait permit de substituer sa queue  à deux superbes jambes. Je lui ai appris à s’en servir. Dans un premier temps, elle s’amusa follement à les plier, les déplier, mouvoir ses orteils, ses chevilles. Puis, lorsqu’elle découvrit que ses jambes pouvaient la faire marcher, courir, sauter, elle n’arrêta plus. Son émerveillement atteignit son apogée lorsque je lui enseignai à faire l’amour avec. Elle apprit vite. L’âme vierge de toutes  pollutions morales, elle devint Aphrodite insatiable, douce Salomé, érotomane débridé et prude ingénue. Elle aimait ça et j’aimais qu’elle aime ça. Nos ébats étaient tempêtes et orages sur une mer de mercure, brise frémissante dans un ciel transparent. Et puis, l’odeur de l’océan, à chaque instant, humide et salée sur sa peau. Que le diable m’emporte dévorer mon coeur dans le septième cercle des Enfers si je puis un jour oublier cette odeur !
On ne sortait pas beaucoup, ne parlait guère plus et baisait la plupart du temps. Les plus beaux jours de ma vie. Je n'ai pas touché au plus petit verre pendant cette période. Qu'en avais-je besoin alors que je baignai dans un élixir capable d'étancher toutes les soifs? Tant de morts d'étoiles plus tard, j'en rêve encore.
C'est par un joli matin de printemps que ça a commencé à partir de travers. L'air sentait si bon et irradiait de tant de promesses que je me suis laissé avoir par le premier rayon de soleil venu. Les plus virulents orages puisent leur source dans les lacs les plus tranquille. Pourquoi ne me suis-je pas tronçonné les deux jambes ce matin-là?  
J'avais décidé de l'emmener à la piscine. Après lui avoir difficilement expliqué l'utilité d'un maillot de bain, nous avons pris la route. A peine arrivé, des problèmes apparurent. Tout d'abord, il y eu le vestiaire. Lorsqu'elle y pénétra, je vis son visage se figer en une grimace à faire pâlir les ténèbres. Elle laissa échapper un petit gémissement de douleur qui m’ouvrit la poitrine en deux. Les ailettes de son si petit nez frissonnaient d’horreur. Cette odeur chlorée, froide et agressive devait lui fendre le crâne. Elle qui ne connaissait qu’odeurs de sel et de grand large, d’embruns et d’écume, comment ne pouvait-elle pas succomber à ce viol olfactif ?  Chlorure de sodium contre douce amertume océanique, le combat était inégal.
Après, nous avons eu l’idée stupide de nous rapprocher du grand bassin. Que l’on me fouette pour ça ! Là, c’est son regard qui m’a alerté. Je ne l’avais jamais vu aussi terrifié. Comment autant de gens pouvaient tenir ensemble dans si peu d’eau ? Cette question, elle n’eut même pas besoin de me la poser. Je la devinais sur son visage crispé, dans ses yeux effarés. Ce jour là, à mon grand regret, j’appris que les sirènes tout comme les terriens étaient sensibles à la claustrophobie. Je me suis mis à imaginer un dauphin dans un puit et j’ai prié pour ne jamais connaître ça.
Je lui pris la main avant qu’elle ne se mette à hurler. 400 Kms plus tard, nous étions au bord de la mer.
Après, plus rien ne fut vraiment comme avant. Cela a commencé par de petites choses, presque anodines. Elle prenait des bains plus souvent, plus longtemps,  passait des jours entiers à regarder des vidéos sur l’océan, ajoutait des poignées de sel sur tout ce qu’elle mangeait, etc. Bien sûr, je l’emmenai le plus souvent possible à la mer et j’envisageais même de m’ouvrir les veines pour nous dégoter une petite bicoque face à l’océan.
 A présent, je le sais, tout cela aurait été vain. Rien n’aurait pu empêcher la suite.
La suite, c’est la dégringolade de jours en jours, l’esprit de plus en plus loin, le verbe de plus en plus rare, le sourire de plus en plus absent. Sa peau se ternissait, les rayons de lune ne s’accrochaient plus à ses cheveux et ses yeux devenaient de pâles lacs. Elle ne riait plus, ne chantait plus, même ses larmes ne coulaient plus. Au début, nous faisions encore l’amour mais même ça s’est arrêté. L’amour se fait à deux et j’étais tout seul.
Et puis un jour, elle me le demanda.
Selon sa coutume, il me fallait simplement prononcer à haute voix mon intention. La difficulté résidait dans le fait que ma voix devait sonner juste, totalement en accord avec mon coeur. Mes mots devaient être d’une sincérité sans faille. Alors, seulement, les Esprits des Océans pourraient entendre ma requête et y répondre favorablement. Je ne suis pas moins lâche qu’un autre et j’aurais tout donné pour que quelqu’un prenne ma place, mais elle m’affirma qu’étant la personne qui l’avait transformé, c’était à moi de le faire.
Alors je l’ai fait. Ce fut le plus gros effort de mon existence. J’avais déjà trimballé des frigos et des pianos pour gagner ma vie mais en comparaison, ce n’était rien. Et puis jamais un piano ne vous laissera alité cinq semaines, volet clos avec du mauvais bourbon comme seuls repas. Oui, la mort dans l’âme, je l’ai fait. Je lui ai rendu sa liberté. Cela a pris des  jours avant que je n’arrive à prononcer ces quelques mots avec sincérité. Des nuits entières à me battre contre une simple phrase. Un soir, recru de fatigue, j’ai réussi. Je lui ai dit : « je te rends ta liberté » et ma voix n’a pas tremblé. L’instant d’après, ses jambes se sont métamorphosées en queue et un rayon de lune s’est accroché à ses cheveux. Un déchirement d’âme plus tard, je la ramenais là où je l’avais rencontrée et pleurais en la regardant s’enfoncer dans l’immensité humide et ténébreuse.
Une étoile filante est passée à ce moment-là.
Rien à foutre.
Depuis, mon âme ne vaut plus rien et mon cœur est un nid de douleur, mais je survis. Je ne me suis pas foutu en l’air, ne bois qu’un jour sur deux et ai réduit sur sel. Je dors moins, mange moins, rêve plus, c’est tout. Je me suis acheté une cabane de pêcheur, le plus près possible de la mer. C’est tout petit et ça sent le poisson mais cela m’est égal. Tout ce que je veux c’est qu’elle revienne, qu’elle m’embrasse et que mes jambes se transforment en queue.
Je t’attends.

 

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6 août 2007 1 06 /08 /août /2007 12:11

Problèmes d’os

 
 Il m’a laissée seule, devant la table d’examen. Seule avec toi épuisée, étendue sur cette table glacée. Tu souffres donc trop. Et il n’y a plus aucun espoir de te guérir, de te sauver. Ce fameux jour demerde, tant redouté, nous y voici.
- Ça va être un peu douloureux.
Le vétérinaire réapparaît, muni d’une seringue qui me paraît énorme.Je lutte contre mes jambes, pour ne pas tomber. Je me bats avec mes larmes, je veux qu’à jamais tu voies mon amour, ma gratitude. Mais tu ne me regardes plus, vaincue par tant de lassitude. Tu as un sursautatroce, puis plus rien.
Pendant seize années, nous avons été inséparables. Nous avons déménagé tant de fois, partagé tant de choses. Tu étais là pour mes secrets d’adolescente, tu as connu mes premiers émois, tu as été témoin de mes joies et mes tristesses les plus secrètes. Lorsque nous vivions à la campagne, ou en rez-de-chaussée d’un immeuble de ville, tu vadrouillais à ta guise, j’adorais ta liberté et ton mystère, tu revenais toujours aimante et caressante. J’avais ta patte sur mon visage, lorsque je dormais. J’enfouissais mon nez contre ton ventre, je m’enivrais de ton odeur de noisette.
Qui comprend cela ?
- Un fourgon du crématorium viendra la chercher.
- Je peux l’emmener moi-même, au crématorium ? Je voudrais l’emmener moi-même. C’est important.
- C’est la première fois qu’on me demande ça. Et pourtant, je
travaille depuis vingt-cinq ans !
- Je dois être présente, jusqu’au bout. C’est très important, pour moi.
- Mes clients laissent tous leur animal ici. Mais d’accord ; je vais prévenir le crématorium, et vous prendre un rendez-vous. Je vais aussi vous la préparer.
- La préparer ?
- La nettoyer un peu, et l’emmailloter.
J’avais ta patte sur mon visage, lorsque je dormais. J’enfouissais mon nez contre ton ventre, je m’enivrais de ton odeur de noisette.
Qui comprend cela ?
Je ne dors plus.
Ma psy sait tout cela. Je la vois trois fois par semaine, maintenant que tu es morte. Je lui ai raconté la crémation. Cet endroit horrible, perdu en zone industrielle. Après une heure de route, j’aperçois cette cheminée monstrueuse au milieu de nulle part, je pense à Dachau.
Je me gare.
Je te prends dans mes bras, emmitouflée dans le plastique et les agrafes. Dans la salle d’attente vide, nous sommes cernées de tracts antivivisection et d’urnes – on m’a demandé d’en choisir une.
Je refuse le café, je refuse de te laisser, et me voici debout, face à un four immense. Un jeune beur me demande « le corps ». Il te place dans une pelle immense, et te dépose dans le four. Il ferme la porte, enclenche une manette, et me laisse.
Je suis debout, adossée à un mur, les yeux fixés sur le hublot qui me montre les flammes. Je reste ainsi, une heure, ou plus. L’odeur, la vision, le bruit assourdissant de ta mort. Le bruit de mes cris intérieurs, hurlements d’incompréhension, de douleur et de rage, gémissements d’animal blessé à mort, le bruit de la machine infernale dont un compteur affiche deux cents, puis trois cents degrés.
L’employé réapparaît. Il actionne de nouveau la manette, en sens inverse, et s’en va.
Un peu plus tard, le revoilà. Il ouvre la porte, et avec sa pelle, fait tomber ce qui reste de toi  dans un seau métallique. Il place le seau contre un mur, et repart.
Je m’approche, je ne sais comment. Tes os sont minuscules. Je n’en reviens pas : ils sont réellement minuscules.
L’employé revient.
- Vous allez faire quoi ?
- Broyer les os.
- C’est pas la peine.
- Ça prend pas très longtemps, allez dans la salle d’attente.
- C’est pas la question. A quoi ça sert, de les broyer ? Ils rentrent dans l’urne, non ?
- Je vais demander au patron.
J’attends. Je t’observe encore, réduite en un tas de tout petits os.
Vision atroce. Pour quoi te réduire encore ? Cette pensée m’est insupportable.
- Il paraît que vous ne voulez pas les cendres ?
- Je ne vois pas pourquoi on la réduirait encore.
Le bonhomme explose : J’ai jamais entendu ça ! En vingt de carrière, j’ai ja-mais entendu un truc pareil ! Vous me prenez pour qui ? Pour un type sans déontologie ? Dans le métier, je suis respecté, je sais ce que j’ai à faire ! Mais ça !!!…
Je ne réponds rien, incrédule. Je me prépare à devoir livrer une bataille sans merci dans laquelle le patron tirera d’un côté du seau, moi de l’autre. Je me sens anéantie de colère, de douleur et de peur, en fait. Mais il se tait lui aussi, et reste pareillement immobile.
On se jauge en silence, on s’évalue, comme deux animaux incapables de
se comprendre.
Finalement, avec un rictus de mépris profond, à la limite du dégoût, il lâche :
- D’accord, on fait comme vous exigez. Suivez-moi.
Le patron verse les os dans l’urne en céramique.
- Je vous la scelle ?
- Oui.
Il applique une colle sur les bords du capuchon, puis le presse  contre l’embouchure de l’urne. Il me la tend, je lui donne son chèque.
Je repars avec tes os, toi si libre, devenue os emprisonnés à jamais.
Ils croient que je vais faire une rechute, une nouvelle dépression.
Mais non, pas du tout.
Je continue à rire, à vivre.
Je dois juste prendre, de temps en temps, des médicaments pour dormir.
Il y a maintenant  trois mois que tu es posée sur une étagère, entre  « L’insoutenable légèreté de l’être » et « L’immortalité ». Nous  sommes en juin, et je recommence mes longues promenades en forêt.
Mais je dois de plus en plus les écourter, car mon dos me fait mal.
Juillet. Je ne peux plus marcher longtemps. J’ai si mal, en vérité,  que je ne peux plus appuyer mon dos contre une chaise. De profil face au miroir, je découvre alors un os, là, en bas de la colonne vertébrale, si proéminent qu’il dépasse de mes fesses.
Je prends rendez-vous avec un médecin, une femme que ma psy m’a recommandée juste avant de prendre ses vacances.
- Vous avez récemment maigri ? elle me demande.
- Non.
- Quel est votre poids ?
- Je ne me pèse jamais, mais je dirais, 50.
- On va vous peser.
- Je suis sûre que je n’ai pas maigri, je suis pareille depuis des années, non c’est pas la peine de me peser.
- J’ai besoin de connaître votre poids exact.
- Ecoutez… J’ai eu des problèmes d’alimentation, durant mon enfance. Je m’en suis sortie. Mais les balances, je ne peux plus. Ça m’angoisse vraiment.
- Je comprends. Mais si vous voulez que je vous aide, il faut monter.
Je monte. Je n’ose pas regarder. Puis je regarde quand même, parce qu’elle regarde, et qu’elle ne dit rien. Je regarde les chiffres. Je lis 41.
Je me mets à pleurer.

 

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6 août 2007 1 06 /08 /août /2007 12:10
 
 Le train de 17h48


Martial était content. C’était la première fois qu’il voyageait à côté d’une fille aussi belle. En général, ça le mettait mal à l’aise, car il ne se trouvait pas très mignon, ce que les femmes lui rendaient bien. Il n’était pas moche, non, mais il ne se souvenait pas d’avoir été un jour complimenté sur son physique. Il était plutôt passe-partout, et à juste titre, il ne s’était jamais fait siffler dans la rue. Quand une femme l’abordait c’était le plus souvent pour lui demander le nom de l’un des amis qui l’accompagnaient, lors de ses nombreuses sorties dans les bars d’étudiants. Ca lui allait bien comme ça, même si parfois, la compagnie d’une femme lui manquait.
Quelle chance qu’aujourd’hui il n’y ait plus d’autre place dans ce wagon. Sinon jamais il n’aurait osé s’asseoir près d’elle. Lorsqu’elle engagea la conversation, et qu’ils firent un peu connaissance, il n’en revint pas de l’aubaine. Et en même temps, il se sentait piégé. Maintenant, il serait bien obligé de lui parler, et de ne pas être trop ridicule. Il lui sourit, essayant de ne pas paraître trop crispé.
A 17h48, le train s’ébranla.
Hélène fut contente de trouver un homme attentif. Cela faisait longtemps que Julien ne s’intéressait plus vraiment à elle ni à ses projets. Elle avait besoin qu’on l’écoute. L’échéance approchait, et elle sentait la tension monter. La jeune trentenaire parlait de ses prochains examens qui lui ouvriraient les portes d’une promotion. Enfin elle pourrait faire quelque chose de plus intéressant que des recherches dans la bibliothèque pour les dossiers de son supérieur. Ce n’était pas qu’elle n’aimait plus son travail actuel, mais elle avait besoin de quelque chose de plus épanouissant, de plus stimulant. Elle voulait avoir la responsabilité de ses propres clients, et montrer à Julien ce dont elle était capable, espérant ainsi raviver quelque peu l’intérêt de son mari. Elle se sentait parfois comme une étoile qu’il avait éteinte. Mais ça, elle se garda bien de le dire à son compagnon de voyage, tout comme elle ne chercha pas à masquer son alliance, qu’elle faisait tourner autour de son doigt.
Martial l’écoutait.
Il n’avait rien d’autre à faire dans ce train.
De tout façon, il ne savait pas quoi dire. Il était toujours un peu emprunté en présence des femmes, et les laissait généralement diriger la conversation, plutôt que de s’acharner à lutter contre le silence en cherchant ce qu’il pourrait bien leur dire. Et souvent, plus le silence s’installait, moins il ne parvenait à le briser. Heureusement, celle-ci parlait. Il regardait sa bouche, et le simple mouvement de ses lèvres était plaisant.
Hélène s’attendrissait des attentions de cet étudiant maladroit, et elle accepta avec plaisir quand, au passage du bar roulant, il lui offrit un Coca light. Elle riait sans trop se forcer à ses petites plaisanteries, et s’amusait de son air un peu gauche.
Elle n’ avait rien d’autre à faire dans ce train.
Martial trouvait qu’il avait de la chance. Ce voyage qui devait être ennuyeux devenait finalement des plus agréables en compagnie de cette jolie brune, au sourire enjôleur. Et Martial n’était finalement pas si mal à l’aise.
Hélène se sentait bien. Elle se laissait bercer par le roulis régulier du wagon, tout en appréciant l’agréable compagnie de cet homme timide, mais prévenant et attentif.
Elle ne savait pas encore que, dans 58 minutes exactement, il oserait l’inviter à prendre un verre à la gare. Lui non plus ne le savait pas encore. Ce serait au buffet de la gare. « Juste un café, d’accord ? C’est quand même plus classe qu’un soda en cannette quand on veut offrir un verre à une charmante jeune femme ». Ni qu’elle accepterait avec plaisir. Ils parleraient peu, se regarderaient, échangeant des sourires gênés au son des annonces diffusées dans le hall d’arrivée.
Il ne savait pas encore que dans 2h23 il serait allongé dans une des chambres de l’hôtel en face de la gare, et qu’elle le chevaucherait, en espérant qu’il ne jouirait pas trop vite.
Elle ne savait pas encore, et ne saurait jamais, que Martial ne profiterait pas de ce moment, concentré qu’il serait à essayer de se retenir, en fixant dans la pénombre les motifs en losange des rideaux élimés. Ca faisait si longtemps. Depuis cette fête de fin d’année chez Serge, après laquelle il avait fini complètement ivre chez cette fille, une étudiante en chimie dont il n’avait jamais su le prénom, et qui était aussi saoule que lui.
En regardant les mains fines de la jeune femme qui jouaient maintenant avec la canette vide, il ne savait pas encore que Hélène parviendrait à jouir, juste avant lui, sans qu’il le sache, trop occupé à contrôler son plaisir, se focalisant sur les clignotements fragiles du « G » mourant de l’enseigne lumineuse, juste derrière les rideaux.
Elle ne savait pas encore combien elle se sentirait mal en quittant la chambre d’hôtel, ni ne s’attendait aux larmes de honte et de tristesse qu’elle regarderait couler sur ses joues dans le miroir de l’ascenseur, à peine 2h46 plus tard, tout en essayant, de ses mains tremblantes, de s’allumer une cigarette.
Martial ne savait pas qu’il aurait de la peine à s’endormir. Ni que le lendemain, il serait persuadé d’avoir rêvé, lorsqu’il se réveillerait seul dans cette chambre bon marché à la décoration vétuste.
Aucun d’eux ne savait qu’ils ne se reverraient jamais, ni ne chercheraient à se retrouver.
Elle ignorait qu’elle devrait trouver mille et un stratagèmes pour se refuser à son mari le temps de faire le test. Il ne faudrait pas qu’en plus, il soit lui aussi touché. Et comment pouvait-elle imaginer combien il serait difficile de lui cacher ses nausées avant d’avorter quelques semaines plus tard, après des nuits et des nuits d’insomnie, et des examens ratés...
Elle ne pourrait quand même pas tout dire à Julien. Elle l’aimait.
Il était maintenant 20h08. Le train entrait en gare.
Et Martial aidait Hélène à descendre sa valise du compartiment à bagage…

 
 

 

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