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3 décembre 2010 5 03 /12 /décembre /2010 12:09

J’ai reçu ce matin un mail très touchant, que je porte sans plus attendre à votre connaissance.

 

Monsieur Chabossot,

Je me permets de m’adresser à vous car la douceur de votre regard sur la photo qui orne votre blog me laisse à penser que vous êtes un ami des bêtes.

Je m’appelle Clément Houellebecq. Pour être tout à fait honnête, je m’appelle Clément tout court, mais si j’ai pris la liberté d’accoler à mon modeste prénom le patronyme de mon illustre maître, c'est pour que vous lisiez ma lettre jusqu’au bout (D’expérience, les gens n’accordent que peu d’attention aux propos d’un Clément, surtout si c'est un chien).

Michel m’a acheté dans un chenil de Seine-et-Marne en 1992. J’étais jeune à l’époque, un peu fou, et je me souviens que cette vitalité avait séduit mon futur maître, peu enclin pour sa part aux débordements euphoriques.

A cette époque, Michel était un gentil garçon employé comme informaticien au Ministère de l’agriculture. Le soir, pour se détendre de ses longues et harassantes journées, il écrivait des poèmes qu’il me déclamait ensuite d’une voie monocorde tandis que je regardais “Question pour un champion”. Globalement, je n’avais pas à me plaindre de mon existence; la gamelle était toujours copieusement remplie et j’avais même obtenu la permission de dormir dans le lit de mon maître, collé contre sa peau, certes flasque, mais tiède.

Un jour, Michel entreprit d’écrire un roman. Il attaqua bille en tête, avec à l’esprit une vague trame mettant en scène un lapin pourchassé par un fermier vindicatif. Le résultat lu à haute voix se révéla d’une part affligeant et d’autre part un sérieux obstacle à une écoute attentive de “Questions pour un champion”. Ayant réussi à le convaincre que sa prose ne valait pas un clou, je lui proposais, afin de recouvrer un peu de ma quiétude, de l’épauler dans sa tâche. Pour ne pas le vexer, je suggérais de garder le personnage du lapin, en l’incluant toutefois dans un cadre plus large incluant des personnages en butte aux affres de l’existence. Cela lui convenait, mais un problème se posa bien vite : autant il était intarissable sur les lapins pourchassés par un fermier vindicatif, autant il s’avéra sec face aux personnages en but aux affres de l’existence. Et c'est là précisément que je commis ma plus grosse erreur : je lui proposai d’écrire moi-même l’histoire, qu’il n’aurait plus qu’à signer en échange de quelques caresses sur le flanc et d’une marque supérieure de pâtée pour chien. Marché de dupe s’il en fut !

“Extension du domaine de la lutte” sortit en 1994, et les ventes, plutôt modestes au départ, permirent tout de même à Michel de s’acheter un duffle-coat tout neuf doublé en fourrure synthétique. Ayant pris bien vite goût à l’aisance matérielle - toute relative - que lui apportait cette nouvelle activité, il exigea de moi que je lui écrive un nouveau roman. Le joint de culasse de sa fuego ayant lâché, il était nécessaire, m’expliqua-t-il,  que les ventes de ce nouvel opus soit à la hauteur de son ambition, c’est-à-dire acheter une nouvelle voiture, avec radio cassette incorporé, de préférence. Pour atteindre ce but, il me demanda d’inclure dans le roman de longs passages de sexe explicite, procédé contre lequel je m’insurgeai immédiatement. Après trois longs jours enfermé dans la salle de bain sans pâtée ni eau, j’acceptai finalement et me mis au travail. Michel tenait absolument à ce que l'histoire parle de deux frères (c’est un fan d’Igor et Grischka Bogdanoff), pour le reste j’avais carte blanche.

Je ne m’étendrai pas plus, vous connaissez le destin des “particules élémentaires”. Avec le succès de ce deuxième roman, mon sort était scellé. Je suis depuis l’esclave littéraire de Michel. Pour "la Carte et le territoire", j'ai fait des semaines de 50 heures, mes coussinets étaient en sang à force de taper sur le clavier et vous savez quoi ? Lorsqu’il a eu le Goncourt, cet ingrat ne m’a même pas rapporté un doggy-bag de chez Drouant !

C’est donc une bouteille que je jette à la mer en écrivant ce mail : faites passer la nouvelle, Monsieur Chabossot ! Sous ses airs d’Alain Bougrain Dubourg sous tranxène, Michel Houellebecq n’a que mépris pour les animaux. Pire, il les exploite pour son confort personnel (il possède également une perruche, Nini, qu’il oblige à chanter du soir au matin).

Qu’on vienne me libérer ! Je n’en peux plus !

 Clément H

 

 

Ps : c’est également moi qui ai écrit “Ennemis publics”, la correspondance Lévy-Houllebecq, la partie de BHL étant assurée par un setter irlandais du nom de Gaston.

 

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« Si je n’ai pas le Goncourt, je te jette par-dessus le balcon »

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Published by Aloysius Chabossot - dans Courrier des lecteurs
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12 janvier 2010 2 12 /01 /janvier /2010 16:20

Un sympathique lecteur me pose la question : existe-il des blogs ou des sites où l’on peut déposer ses textes afin d’obtenir des avis (en toute objectivité et impartialité, bien entendu) ?

Pour ma part, en dehors des éditions Léo Scheer, qui propose aux écrivains en tout genre de donner à lire leur manuscrit sur leur site, je ne vois pas.

Et encore, il semblerait que sur le-dit site évolue plus d’auteurs en mal de reconnaissance que de commentateurs avisés (J’ai d’ailleurs tenté l’expérience il y a une dizaine de jours : un manuscrit déposé, sous un astucieux sobriquet, bien sûr : 9 téléchargement, aucun commentaire. Il y en a qui se suiciderait pour moins que ça. Heureusement, je suis doté d’une solide composition).

Donc, pour revenir à notre sujet : si quelqu’un parmi mes lecteurs connaît un site où l’on peut déposer ses textes, qu’il le fasse savoir dans les commentaires. Ce serait drôlement gentil !

 

 

auteur-distrait.jpg

 

Auteur attendant un avis de Léo Scheer

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12 mars 2008 3 12 /03 /mars /2008 22:36

Monsieur Chabossot, cher Aloysius,

J’ai une ambition dans la vie : devenir une grande vedette, comme par exemple Tatiana de l’Ile de la tentation. Seulement j’ai passé le casting pour la prochaine saison et ces idiots ils n’ont pas voulu de moi à cause de mes lunettes à double foyer et mes moustaches. Ils sont trop nuls, c’est pourtant ce qui fait tout mon charme, enfin c’est ce que dit Monsieur Brissot, le gérant de la station-service à côté de chez moi, qui s’y connaît bien en esthétique vu qu’il a déjà organisé deux concours de ticheurt mouillé à la salle des fêtes du village (je devais y participer mais au dernier moment Monsieur Brissot m’a dit que je pouvais pas parce qu’il y avait plus d’eau, c’est rageant !). 

Bon alors je me suis dit que si de ce côté-là ça marchait pas, il fallait que je trouve autre chose de moins dur pour devenir célèbre. J’ai beaucoup réfléchi pendant que je coiffais Madame Gimbert au salon et j’ai finalement trouvé : je vais devenir écrivain de livre. Parce que j’ai remarqué que presque tout le temps les écrivains sont largement moins beaux que moi, et souvent carrément moches, alors il n’y a pas de raison pour qu’ils réussissent et puis pas moi. Par exemple, vous, quand on regarde votre photo sur le blog, sans vouloir vous vexer faut bien dire que vous faites pas vraiment envie, et d’ailleurs si vous voulez un conseil, vous présentez pas à un concours de ticheurt mouillé, vous avez aucune chance. 

Bon maintenant que mon choix est fixé, que je sais que je vais devenir écrivain, le plus dur est fait, sauf quand même qu’il faut que j’écrive un truc, oui, parce que sinon on risque de dire que je suis pas un vrai écrivain et tout mon plan va tomber par terre. Alors voilà Monsieur Chabossot, si vous pouviez me donner un coup de main ça serait drôlement gentil de votre part. Je vous donne quelques tuyaux pour que vous vous mettiez très vite au travail. Alors je voudrais un livre assez gros quand même, genre 300 pages, écrit petit parce que ça fait staïle et surtout sans image parce que ça fait tartignolle, sauf sur la couverture où il y aura une photo de moi en maillot de bain que M. Brissot à prise à la piscine municipale l’été dernier, qu’est trop bien. Voilà. Bon, pour l’histoire, j’ai pas trop d’idée et je préfère vous faire confiance. Mais quand même j’aimerai bien que dans les héros il y ait Jean Dujardin (parce qu’il est trop beau) et aussi Léonard Caprio (parce qu’il est trop beau). Pour le reste vous faites comme vous voulez, vous avez patte blanche. Ah si ! Quand Même, j’aimerai bien que ça se passe entre Monaco et Clermont-Ferrand, et qu’il y ait deux ou trois scènes de sexe avec Léonard et Jean (mais pas ensemble, hein !) 

Bon, j’attends votre réponse.

Et vu que je suis pas une ingrate, je vous ferai inviter sur le plateau de Fogiel (dès que je le connaîtrai)

Salutations distinguées, 

Caroline Muzoc 
_________________________________________________________________________

Chère Caroline, 

Contrairement à ce que vous pouvez penser, j’ai participé à de nombreux concours de ticheurts mouillés dont je suis plus d’une fois sorti victorieux, comme en atteste la série de trophées Marlboro qui trônent fièrement dans mon armoire à souvenir sise en face de mon bureau. Fort de cette expérience, je puis si vous le souhaitez vous prodiguer de judicieux conseils dans un domaine qui, je l’avoue modestement, n’a plus de secret pour moi (en voici un pris au hasard, juste pour le plaisir : n’oubliez pas de vous munir d’une bouteille d’eau avant de concourir).

 En revanche il va m’être difficile, en dépit de la belle éloquence dont vous avez su parer votre demande, de vous aider dans votre quête, car je dois absolument classer ma collection de timbres et surveiller une tarte aux pommes que je viens de mettre au four. Mais pourquoi ne pas essayer par vous-même ? Les éléments que vous me fournissez sont amplement suffisants pour rédiger un solide roman, qui plus est de 300 pages écrites petit.
 
 Puisque vous m’êtes sympathique (alors que, vous le noterez, je n’ai même pas encore vu votre photo en maillot de bain) voici une petite trame sur laquelle vous allez pouvoir broder à l’envie :
 
Jean et Léonardo, deux sympathiques SDF cocaïnomanes de Clermont-Ferrand décident, afin d’échapper à l’IGF, de rejoindre Monaco en stop. A la sortie de la ville, ils sont pris par un agriculteur en retraite et en 4L qui les dépose à Saint-Flour en passant par la R11 (c’est sans doute la partie la moins intéressante de l’histoire).
Nous les retrouvons ensuite marchent la tête basse et le moral en cale sèche le long d’une route poussiéreuse, le pouce mollement tendu en direction de la circulation impassible. Soudain, une Lamborghini rouge s’arrête à leur hauteur dans un crissement de pneu assourdissant. Il s’avère que la luxueuse voiture est conduite (à tour de rôle) par deux sœurs siamoises nymphomanes qui entreprennent sans plus attendre de réviser l’intégrale du Kama Sutra avec nos deux acolytes (tout en gardant un œil sur la route).
Chemin faisant, cahin caha, ils finissent par arriver à Monaco. Nos deux compères décident séance tenante de s’infiltrer dans l’armée de la principauté et d’en corrompre les plus hauts dirigeants en leur offrant des barres chocolatées. Fort du soutien de leurs nouveaux amis, ils font un putsch, renversent Albert de Monaco et prennent sa place sur le trône. Grâce à la caisse noire du Palais, ils importent un prestigieux chirurgien de Buenos Aires qui va opérer les siamoises afin de leur rendre une vie normale. L’opération est une réussite, mais les ex-siamoises n’ont plus qu’une jambe chacune pour se déplacer, et l’une d’elle tombe dans le grand escalier du palais en se brisant le coup. Fou de douleur, Jean tente de suicider en fondant le Parti Communiste Monégasque (PCM). Le chirurgien argentin, avec toute la puissance de conviction de son BAC+5 le ramène in extremis à la raison. Par la même occasion il lui apprend qu’il va prochainement changer de sexe, et Jean promet de tomber fou amoureux de lui dès qu’il s’appellera Carlotta.

L’histoire s’achève sur le mariage en grande pompe de Jean et Carlotta et de Léonardo et le morceau de siamoise qui reste.

En espérant vous avoir été utile, 

Votre AC 

PS : N’oubliez pas de m’envoyer votre photo.


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 Il semblerait que cette photo soit un faux grossier,
sinon comment expliquer l'absence de lunettes à double foyer ?

 

 

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11 février 2008 1 11 /02 /février /2008 17:03

Aujourd’hui, un lecteur insatisfait. Le courrier commence directement.

 Immense écrivain et poète, doté d’une culture prodigieuse et d’une qualité de réflexion incomparable, je suis à la tête d’une œuvre colossale qui ne compte pas moins de 85 volumes, tous édités dans les plus prestigieuses maisons d’édition (mais dont vous n’avez bien sûr jamais entendu parler, insignifiant inculte que vous êtes) à un nombre d’exemplaires frisant la démence. Mes thèmes de prédilection sont très variés : promenade dans les bois, dîner entre amis, sortie en boîte, cinéma, et j’aime à les essaimer dans la profusion des genres que m’offre l’écriture : essais, romans, poèmes, épopées, liste de courses, cartes postales, rapports financiers… Tout est bon pour moi tant mon inspiration, que dis-je, ma voracité créative, ne connaît aucune limite.
 Par ailleurs, afin que le tableau soit achevé, je dois à la vérité de dire que le jour de ma naissance les Dieux se sont donné rendez-vous autour de mon berceau afin de parer ma personne de toutes les vertus que la terre puisse décemment porter. Ainsi chacune de mes apparitions en public est l’occasion de manifestations grotesques d’adoration mystique tout à fait déplacées, j’en conviens. Néanmoins, il m’arrive parfois, lorsque je me sens d’humeur badine, d’accorder quelques instants d’attention à une créature repérée pour sa beauté dans le tas informe de larves idolâtres qui rampent à mes pieds. A ce titre on ne compte plus mes conquêtes féminines, toutes des créatures de classe internationale qui me tombent dans les bras avec toute l’insolence de leur jeunesse, dans l’unique et fol espoir que je leur lise de ma voix chaude et délicatement timbrée quelque extrait de mon œuvre pris au hasard des pages, tandis qu’elles se prélassent, un verre de pink champagne à la main sur une peau d’ours fraîchement dépecée (mais lavée).
 Après cela, dire que je côtoie les grands de ce monde apparaît comme purement accessoire, mais pourquoi après tout le cacher ? Oui, les problèmes gastriques de Jacques Attali n’ont plus de secret pour moi, oui j’ai offert sa première guitare à la fille adoptive de Johnny (celui-ci s’est d’ailleurs exclamé à l’ouverture du paquet cadeau : « Mais elle est bien trop petite pour jouer au tennis ! »), oui, c’est moi qui ai recueilli les dernières paroles de François Mitterrand sur son lit de mort (« tu peux ouvrir la fenêtre, j’ai… » Il n’a pas eu hélas le temps de finir, mais connaissant mon François, je pense qu’il avait chaud). Oui tout cela est vrai, et le reste aussi.Mais que sont l’amour, la gloire et la beauté lorsque qu’une petite chose insignifiante se refuse à vous, injustement ? Et quelle est cette chose infime qui ose encore me résister ?Allons ne fais pas l’innocent, Chabossot, infâme crapule pétrie de la plus abjecte des jalousies, pourfendeur du véritable génie par la seule volonté de sa rancœur tenace.

Des faits ! Des faits ! Nous y voilà ! Depuis que tu as ouvert ta rubrique « Avis sur texte », vieillard priapique et analphabète, je n’ai eu de cesse de t’envoyer quelques-unes de mes sublimes créations dont je pensais que tu les livrerais aussitôt à l’admiration bêlante de la foule extatique qui te sert de lectorat. Mais en lieu et place d’une publication qui aurait serti d’un joyau de la plus pure espèce le misérable blog où se répand la répugnante diarrhée verbale qui te tient lieu de prose, un petit mail laconique et mesquin où l’on pouvait lire « Vos poèmes sont ennuyeux ». Ennuyeux, mes poèmes ? Ah crapule ! Je te mets au défi :

Ose donc publier ces quelques vers que je viens de composer en l’honneur de ma bien-aimée, ose affronter, homme pleutre, les trombes de commentaires superlatifs qui envahiront aussitôt ta minable gargote numérique !

Monsieur, je ne vous salue pas

 Vanceslas de Tiffubery de la Gouillardière

PS : Voici le poème :

 

Mon canard

 

Mon canard est le plus beau des canards

Et quand je le vois gigoter dans sa marre

Majestueux et fier comme un coq de bruyère

J’ai le cœur qui bondit dans la verte clairière

Et je lui cours après, déposer un baiser

Sur son beau bec fin, délicatement ourlé

 ____________

 


Cher Vanceslas,
 

 Sachez que de confiance, j’admire le grand auteur que vous êtes, et le rouge de la honte me monte au front à l’idée de n’avoir jamais entendu parler, pauvre inculte que je fais, d’une telle sommité des lettres.Toutefois, si le contenu de vos 85 volumes ressemblent de près ou de loin au poème que vous avez eu la bonté de transmettre, je n’aurai qu’un conseil à vous donner : prenez le maquis. Car en ce moment même, il est plus que probable qu’un bataillon armé de Green Peace soit à vos trousses, avec comme motif de condamnation: « Participation active à la déforestation de l’Amazonie pour des motifs irresponsables et futiles ".

En effet, que dire de vos vers ? Comparer un canard à un coq de bruyère, oui, effectivement, il fallait l’oser. Mais vous auriez cependant pu l’oser en toute intimité, sans déranger personne, non ? 

Votre bien dévoué, 

AC

   

PS : Ah !Oui, un deuxième conseil tout de même : vraiment, prenez le maquis. Car si votre « bien-aimée » apprend incidemment que vous la comparez à un « canard » qui « gigote dans sa marre », croyez bien qu’à côté des sévices qu’elle vous fera endurer, le peloton d’exécution de Green Peace vous semblera comme une savoureuse gâterie.

canard.jpg
 
 Madame de Tiffubery de la Gouillardière au bain

 

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7 février 2008 4 07 /02 /février /2008 15:01

Cher Monsieur Chabossot,

Je m’appelle Madeleine, j’ai 35 ans et je travaille comme hôtesse d’accueil à la coopérative vinicole de Saint-Fignac en Gironde. Il y a deux jours de cela, j’étais à la cantine avec Monsieur Gachot, adjoint au directeur commercial de la Coop, lorsque l’idée d’écrire un roman m’a subitement traversée l’esprit. J’ai aussitôt fait part de ce projet à mon collège et néanmoins supérieur, sans doute dans l’espoir de lui soutirer un semblant d’acquiescement. Au lieu de l’encouragement attendu, ce gros porc de Denis Gachot ma regardé avec ses petits yeux chiasseux et a déclaré tout en propulsant alentour le contenu de carottes râpées qui jusqu’à présent avait trouvé refuge dans sa grosse bouche molle aux chicots immondes : « Toi ? Un roman ? Laisse-moi rire ! ». Pour ajouter un peu à mon humiliation, Jacques Mertin qui passait à ce moment-là avec son plateau-repas entre les mains s’est arrêté pour rire aux éclats à la blague de son chef, alors que cette serpillière encravaté n’avait bien évidemment rien entendu. 

Mais je ne suis pas le genre de femme qui se décourage pour si peu. Le soir, à la maison, j’ai voulu parler à mon mari de ce formidable projet qui ne cessait d’habiter mon esprit depuis la cantine. Il m’a donc écouté avec toute l’attention requise tout en regardant la télé, puis lorsque j’ai eu fini, il est parti dans la cuisine se chercher une nouvelle canette de bière qu’il a décapsulé en soupirant. 

Voilà donc mon problème : je suis très motivée, je sens en moi l’étoffe d’une grande romancière, et il est clair que quand je vais m’y mettre, ça va faire très mal, une sorte de Super Guy des cars avec des morceaux de Guillaume Musso dedans, pas moins. Mais je ne me sens pas du tout soutenue par mon entourage, et du coup j’ai un mal fou à m’y mettre. J’ai pourtant un très bon titre : « Coopérative vinicole de Saint-Trougnac, bonjour ! » (Vous noterez au passage le discret hommage au « Bonjour tristesse » de Françoise Sagan ») et une histoire solidement charpentée (Virginie, une très belle femme de 35 ans, est responsable des relations publiques dans un gros trust vinicole. Un soir tard, alors qu’ils travaillent sur un gros dossier, Virginie tombe subitement amoureuse de Denis , le jeune bizness manager fraîchement promu de Harvard. Ils font l’amour à même le bureau au milieu des papiers éparpillés. S’en suit une torride liaison amoureuse qui s’étend sur des mois et brasse tour à tour gros dossiers épineux, position du kama sutra sur la moquette du couloir, lampe de bureau renversées et nuits d’hôtel au Formule 1 maquillées en frais de mission). 

Monsieur Chabossot, vous seul pouvez m’aider à prendre la bonne décision : dois-je tout envoyer promener, travail, maison, mari, afin de me consacrer corps et âme à ma passion dévorante de l’écriture ? Accessoirement, dois-je mettre un terme à cette histoire minable avec ce gros porc de Denis Gachot ? 

Je vous en supplie, répondez-moi !

Madeleine Guillomard, une femme qui ne sait pas, qui ne sait plus 

 _______________________

 


Chère Madeleine,
 

 

Tout d’abord permettez-moi de vous féliciter : une passion aussi dévastatrice que la vôtre, et qui de surcroît dure – si mes calculs sont bons – depuis plus de 48 heures, ça ne se rencontre pas tous les jours. Je ne puis que vous encourager à persévérer dans cette voie, pour au moins arriver jusqu’au week-end. 

Maintenant, est-il vraiment nécessaire de faire table rase de l’existant pour vous adonner pleinement à l’écriture de votre grand œuvre ? 

Il apparaît, à la lecture de votre « synopsis », que votre vie quotidienne, même si vous avez su la parer de tous les atours de la fiction afin que nulle influence n’y soit décelable, fournisse la matière première de votre inspiration romanesque. En supprimer les éléments les plus importants, ne serait-ce pas tarir définitivement la source ? Dès lors, que raconter ? Une énième histoire de magicien boutonneux évoluant au sein d’un monde tristement imaginaire ? Allons, Madeleine, il me semble que vous êtes d’une autre trempe, tout de même ! Aussi, je vous conseillerai de continuer comme avant, comme si de rien n’était, sauf peut-être sur un point : oublier ce Denis Gachot qui mange si salement et tenter votre chance avec Jacques Mertin. Il n’a pas l’air bien malin non plus, mais au moins n’aurez-vous  plus à supporter les jets intempestifs de nourriture lorsque vous déjeunerez en face de lui. 

A présent, j’aimerai beaucoup que vous vous mettiez au travail, car – je l’avoue sans honte – les quelques éléments de votre histoire que vous avez bien voulu me livrer m’ont particulièrement ému, touché, transporté (surtout le passage sur la moquette) et je suis impatient de tenir entre mes mains le résultat de vos efforts.

Bien à vous,

   

AC


BussinessHome2.gif.jpg

L'entreprise, ultime refuge du romanesque ?


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18 janvier 2008 5 18 /01 /janvier /2008 22:49
Il arrive parfois que des lecteurs me posent par mail des quesions qui ne manquent pas d'interpeller profondément ma pratique narrative. J'ai décidé qu'à partir d'aujourd'hui, généreux comme je suis,j'allais vous en faire profiter.

Cher Monsieur Chabossot,

Je vous expose mon problème. Je voudrais écrire un roman animalier, mais voilà, je n’y connais pas trop en animaux, mis à part les deux lapins et la poule que ma grand-mère élève (pas spirituellement parlant, mais plutôt pour les manger). Alors je me suis dit que mon roman pouvait mettre en scène des lapins, ou des poules, ou carrément les deux. Mais là c’est un autre problème qui surgit, car je ne sais pas si vous avez déjà observé ce genre de bêtes, mais je peux vous dire que ça ne fait pas grand-chose de ses journées. Du coup, je sais pas trop quoi raconter dans mon roman. J’ai pourtant essayé dur, vous pouvez me croire. Mais j’ai jamais réussi à aller plus loin que « Coco mange une carotte dans son clapier tandis que Madame Poule l’observe ». Après, je fais un blocage. Et je vous assure que pour quelqu’un comme moi, qui voudrais devenir romancier professionnel, c’est très démoralisant.
Je vous en prie, Monsieur Chabossot aidez-moi, vous êtes mon seul espoir.

 

Avec toute ma considération admirative,

 

Sébastien Frichot

 

 

 

 ______________________

 

 

 

Cher Sébastien,

 

 Force est de constater que vous disposez d’un point de départ tout à fait épatant : une poule observant un lapin qui mange une carotte, ce n’est pas tous les jours qu’on a la chance de trouver un sujet aussi riche. Deux fortes personnalités évoluant au milieu d’un décor luxuriant et complexe, que demander de plus pour aussitôt mettre en branle l’imagination sans borne de l’écrivain professionnel qui sommeille en vous ? La scène à peine entrevue, et ce sont des centaines de situations plus excitantes les unes que les autres qui devraient exploser tel un feu d’artifice fictionnel dans votre cerveau devenu trop petit pour l’occasion, petit chanceux ! Or que lis-je ? Vous laissez précisément entendre le contraire ?
Allons, séchez vos larmes, et étudions la situation avec méthode et rigueur.
Tout d’abord, les protagonistes. Coco est de toute évidence un « personnage » « larger than life », le genre de lapin bourré de charisme qui se distingue naturellement de la nuée de ses congénères par une attitude, une désinvolture face à la vie qui laisse pantois d’admiration.
Le regard perçant, l’oreille toujours en alerte, il mange sa carotte à coup d’incisive nonchalant d’où émane une sensualité terriblement troublante. Tellement troublante à vrai dire que Madame Poule, que tout a priori semble éloigner de Coco (plumage, nombre de pattes, origines sociales, etc.), finit, à force de contemplation, par tomber sous le charme capiteux de l’envoûtant lagomorphe.
Et c’est là mon cher Sébastien où votre histoire devient fascinante. En effet, comment imaginez que deux être aussi disparates, aussi opposés dans leur mode de vie (Madame Poule ne mange pas de carotte, et ce n’est qu’un exemple) puissent un jour s’aimer d’amour tendre ?
Voilà la question que se pose aussitôt le lecteur, et qui va le tenir enchaîné à la lecture de votre roman jusqu’à son ultime résolution, en oubliant de manger, de se laver et de se vêtir correctement.
Voilà aussi la question à laquelle vous devrez répondre, cher Sébastien, vous, seul à votre table de travail, en proie aux démons de la création. Pour ma part, je dois vous quitter car on m’attend à l’inauguration d’une médiathèque qui devrait porter mon nom (ou celui de Simone de Beauvoir, je ne sais plus).

 

Votre dévoué

 

Aloysius Chabossot

 
PS : Avant de vous quitter, je vous glisse une petite piste qui pourrait s’avérer riche en développements narratifs : et si, mettons à la page 150, on apprenait que Madame Poule est en fait un CANARD ? Je vous laisse méditer là-dessus.


lapin.jpgLe lapin, un personnage rromanesque de premier plan

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