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28 juin 2008 6 28 /06 /juin /2008 20:22

Chez un éditeur classique, plus de 50% du prix de vente d’un livre est consacré à la diffusion. Car il ne suffit pas d’être édité, encore faut-il être « accessible », c’est-à-dire présent sur les étales des librairies de France et de Navarre. C’est  précisément pourquoi des hordes de représentants grassement payés sillonnent l’immense superficie de notre territoire afin de caser aux libraires qui n’en peuvent mais les toutes dernières nouveautés. (« Comment j’ai réussi à soigner mon rhume » par Frédéric François, etc.) Enfin… tout ça se passe chez un éditeur classique… Chez Bénévent, éditeur déjà nettement moins classique, puisqu’il s’agit avant tout de « compte d’auteur » qui s’ignore ( Pour tout dire, c’est l’auteur qui ignore ou qui feint d’ignorer, car pour leur part, les éditions Bénévent savent très bien dans quel marigot elles évoluent…) la promotion revêt un tout autre aspect. En effet, chez eux on a choisi de s’en remettre au précepte biblique « Aide-toi, le ciel t’aidera » qui, à défaut de donner des résultats probants, permet de réduire sensiblement les coûts, puisque c’est l’auteur en personne qui est chargé de tout : démarchage auprès des libraires, commandes, etc. Soyons honnête cependant : une énorme promotion est tout de même assurée par les éditions Bénévent, puisque le livre apparaît sur leur site et peut même être commandé ! Sachant que l’auteur a tout de même versé quelques milliers d’euros pour la publication de son œuvre, on dira gentiment que c’est la moindre des choses !

FW, dont nous tairons le nom, en sait quelque chose, lui qui a imprudemment signé un contrat avec eux. Toutefois, rusé comme un lapin, il a enregistré sa conversation avec directeur de Bénévent, qui lui explique benoîtement les techniques marketing de la boîte.

Vous pouvez entendre cette instructive conversation ci-dessous


 

Du vent pour les benêts ?



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Published by Aloysius Chabossot - dans Comment écrire un roman
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27 juin 2008 5 27 /06 /juin /2008 16:27

Je reproduis ci-dessous l’échange entre un aimable lecteur de ce blog et un directeur de collection de L’Harmattan, maison d’édition reconnue qui publie « 30 nouveaux ouvrages par semaine » selon son site Internet. A priori, il s’agit uniquement de compte d’éditeur. A priori seulement, puisque la lecture du contrat laisse apparaître à ce sujet une petite surprise…

Face au refus poli mais ferme de notre honorable lecteur de souscrire à de telles pratiques, le directeur de collection se justifie comme il peut, avec un argument aussi discutable que la phrase est alambiquée (ladite phrase est en gras et en italique, au cas où certains auraient du mal à trouver). Notons toutefois pour être tout à fait juste qu’il n’a pas tout à fait tort, dans le fond : le roman, français de surcroît, se vend très mal (sauf quelques exceptions que tout le monde connaît).

Cet échange de mail s’est étalé entre janvier et juin 2008.

Je précise que, bien évidemment, tout est vrai dans cet échange. J’ai juste enlevé les noms).

 Si vous aussi vous avez eu des échanges de mails instructifs ou cocasses avec un éditeur ou assimilé, envoyez-les moi pour que je les publie.

 ************

Cher Monsieur,

Suite à votre lettre du 30 janvier concernant mon roman, je me permets de vous demander si vous avez eu le temps de procéder à une lecture complète.
bien cordialement,

Cher Monsieur,
Je suis heureux de vous informer que parmi le petit nombre d'ouvrages que j'ai décidé de retenir, le vôtre a reçu un avis favorable à la publication.
Désormais, votre dossier passe par le service littérature qui vous expédiera un pli comportant vos contrats et d'autres informations. Celui-ci est très bousculé ces derniers temps, attendez donc patiemment ledit pli : il vous parviendra.
Je vous prie de croire, Cher Monsieur, à l'assurance de mes sentiments les meilleurs.

 
Cher Monsieur,
Bien reçu le contrat.
Je suis d'accord sur tous les points sauf un. Je ne souhaite pas m'engager pour l'achat de 50 exemplaires. En espérant que ce point n'invalide pas votre proposition de publication.
Bien cordialement,

 
Cher Monsieur,
Si je comprends votre point de vue, je ne peux le valider : l'achat des 50 exemplaires permet à l'éditeur de couvrir symboliquement une partie importante des frais et des risques qu'il engage sur la publication de textes que rien ne permet de penser qu'ils le soient sinon dans l'absolu, du moins à moyenne échéance, la vie des livres étant ce qu'elle est de notre temps.
Cette clause fait partie du contrat L'Harmattan pour tout ce qui est création littéraire, c'est-à-dire la partie la moins rentable de la maison et celle qui est, par essence, risquée. Si risquée que les romans sont devenus partout inéditables, ou s'ils le sont c'est dans la proportion de 1/3000 : le public français boude la production de ses créateurs romanesques.
Il n'est pas possible de revenir sur elle, car je ne vois pas au nom de quelle exception, une injustice serait commise à l'endroit des auteurs qui y souscrivent. De toute façon, un directeur de collection n'est pas en mesure d'amender une des parties du contrat.
Il vous appartient d'accepter ou de refuser, et l'éditeur dispose aussi de cette faculté.
Croyez-moi, cher Monsieur, bien cordial.

 

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Published by Aloysius Chabossot
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18 juin 2008 3 18 /06 /juin /2008 14:59

Cette analyse de texte, déjà parue par ailleurs, se situe en droite ligne de l’article précédent consacré à « Hélène » du barde canadien sur patins, Roch Voisine.
Et si le prénom change, il s’agit là encore d’un cri d’amour désespéré et poignant jeté en pâture à l’auditeur égaré, tout à la fois confident et succédané occasionnel de l’être fraîchement disparu. Une magistrale leçon d’écriture au service des sentiments les plus purs.

 

En 1965, Christophe, jeune éphèbe blond et moustachu lance un cri déchirant à la face de la France gaullienne, trop affairée à acquérir machine à laver et autre moulin à café électrique pour s’imbiber des fulgurances poétiques qui transcendent le texte.
Au mieux, « Aline » servira à ses débuts de prétexte ambulatoire aux couples d’adolescents rougeauds tentés par le stupre estival en bord de plage, au pire elle épaulera des années plus tard les réminiscences nostalgiques de bandes de quadras chauves et siliconés (selon le sexe) en offrant à leur gorge parcheminée par la cigarette et le whisky coca un refrain facile à se remémorer avec 3,5 g d’alcool dans le sang.
Il était donc grand temps de rendre justice à cette chanson dont l’écoute, 42 ans plus tard, ne laisse de nous interloquer par la richesse de sa profondeur, à moins que ce ne soit le contraire.

  L’histoire, contée à la première personne, laisse à supposer que Christophe lui-même s’adresse à l’auditeur en lui confiant ses déboires.  

J'avais dessiné sur le sable
Son doux visage qui me souriait

Imaginons la scène : le chanteur, la moustache pleine de sable doré, nonchalamment accroupi, dessine un visage avec un bâton qu’il a sans doute trouvé dans les dunes, là où en général les gens accomplissent les divers besoins que la nature leur impose. Il n’a pas encore précisé l’objet de ce portrait, mais on se doute bien qu’il ne s’agit pas d’un ornithorynque (d’autant qu’un ornithorynque, étant donné la configuration de son orifice buccal, a beaucoup de mal à sourire). Cela dit, nous ignorons si vous avez déjà essayé de dessiner sur le sable un doux visage qui vous souriait, mais sachez que si d’aventure vous tentiez l’expérience, la chose qui en résulterait aurait bien peu de chance de vous soutirer la moindre émotion – si ce n’est un rire nerveux. Aussi il semblerait que Christophe soit un artiste, un vrai, une sorte de Caravage du sable mouillé, ou alors qu’il a plus simplement besoin d’une bonne paire de lunettes. Mais laissons de côté ces considérations futiles, car le drame s’annonce…

Puis il a plu sur cette plage
Dans cet orage, elle a disparu

Oui, déjà, en 1965, les étés étaient pourris, et on ne pouvait vraiment pas faire confiance à Météo France. Notre ami en fait l’amère expérience, et c’est avec les yeux emplis d’horreur qu’il voit l’œuvre d’une vie disparaître sous l’effet d’une pluie aussi dévastatrice que cruelle.

Les amis du vérisme feront sans doute remarquer qu’il aurait été plus simple et sans doute plus crédible que le doux visage disparaisse sous l’effet de la marrée montante.Il est vrai que le réalisme y aurait gagné en intensité. Mais au détriment de l’expression poétique, car la marée, on le sait bien, évoque plus sûrement les odeurs de moules avariées mêlées aux visions déprimantes de vieilles tongs orphelines flottants sur l’écume douteuse que le doux visage d’un amour perdu. Sans compter que Christophe, en laissant bêtement recouvrir sa création par l’eau montante comme un vulgaire gamin de 5 ans avec son château de sable, serait sans doute passé pour un imbécile aux yeux de son auditoire. Ce Christophe est vraiment trop fort !

Mais poursuivons…  

Et j'ai crié, crié, Aline, pour qu'elle revienne 

Le poète fou de douleur ne tient plus ses nerfs et nous assistons à ce que les médecins psychiatres appellent « un pétage de plomb en direct ».

Loin d’imaginer le pathétique de la situation, le chanteur imagine qu’en criant un prénom féminin choisi au hasard, son dessin va se reformer comme par enchantement. C’est évidemment une regrettable erreur d’appréciation, sans doute redevable aux 5 Gins-Martini qu’il s’est envoyés peu de temps auparavant au bar de la plage.
 
Et j'ai pleuré, pleuré, oh! j'avais trop de peine
 
Là on pourrait penser que notre ami Christophe manque un peu de dignité. Et on aura raison : c’est un véritable comportement de lopette. Espérons seulement qu’un maître nageur ne se trouvait pas dans les parages à observer la scène, sinon on n’ose imaginer le calvaire qui fut celui du chanteur pendant le reste de ses vacances (les maîtres-nageurs sont très cancaniers).
 
Je me suis assis près de son âme
Mais la belle dame s'était enfuie
 
Là, Christophe a totalement lâché prise avec le réel. Refusant l’évidence, il préfère imaginer que sa création s’est enfuie à toute jambe. S’il avait su garder son sang-froid, notre ami aurait compris qu’un doux visage dessiné dans le sable avec un bâton n’a pas de jambes et qu’il lui est donc par conséquent impossible de s’échapper. (Et quand bien même elle aurait des jambes, permettez-moi de vous dire que la mobilité reste très limitée si elles sont en sable).
 
Je l'ai cherchée sans plus y croire
Et sans un espoir, pour me guider
 
Nous apprenons où Christophe a passé le reste de ses vacances : sur la plage, occupé à marmonner des paroles incompréhensibles tout en errant sans logique apparente, les jambes lourdes et les bras ballants. C’est une scène particulièrement déchirante, surtout si l’on considère le prix exorbitant des locations saisonnières.
 
Et j'ai crié, crié, Aline, pour qu'elle revienne
Et j'ai pleuré, pleuré, oh! j'avais trop de peine
 
Parfois, pour varier les plaisirs monotones que procure une marche sans but sur une plage déserte sans rencontrer l’ombre d’un vendeur de chichi, Christophe se remet à crier, puis à pleurer, parfois les deux en même temps.
 
Je n'ai gardé que ce doux visage
Comme une épave sur le sable mouillé
 
On sent que notre ami est enfin sur le chemin de la rémission et qu’il reprend un peu du poil de la bête : certes le visage reste doux, mais c’est une épave ! Par l’entremise d’un subtil glissement sémantique, le transfert s’opère doucement entre l’objet de tous les amours et l’indifférence un tantinet dégoûtée. L’auditeur se surprend à nourrir quelque espoir concernant notre ami : un retour à la vie normale, ou pour le moins un retour sur la route goudronnée qui mène au centre-ville. Peut-être même pourra-t-il récupérer une partie du loyer de sa location, il n’est pas encore trop tard…
 
Hélas, les deux derniers vers, récurrente litanie monomaniaque, mettent un terme définitif et cruel à nos espoirs :
 
Et j'ai crié, crié, Aline, pour qu'elle revienne
Et j'ai pleuré, pleuré, oh! j'avais trop de peine

 

Christophe : "On m'y reprendra 
pas à dessiner des trucs sur le sable"

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Published by Aloysius Chabossot - dans Comment écrire un roman
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22 mai 2008 4 22 /05 /mai /2008 15:55

Quoi de mieux pour appréhender l’insondable mystère de la création et, tant qu’on y est,  les sinueux arcanes de l’écriture, que l’analyse méticuleuse d’un grand texte de la littérature française ? (Ne vous fatiguez pas à répondre, personne ne vous écoute).
J’avais initialement pensé aux « Misérables », mais c’était un peu long, aussi me suis-je rabattu sur « Héléne », le chef-d’œuvre inégalé du plus grand poète hockeyeur canadien de tous les temps, à savoir Roch Voisine.
Commençons sans plus attendre s’il vous le voulez bien (si vous ne le voulez pas, attendez encore un peu, mettons 30 minutes. Au-delà, inutile d’insister, passez à autre chose).

 

Héléne

Le titre laisse à penser que la chanson s’adresse à une jeune personne de sexe féminin. La suite confirmera cette impression.

 

Seul sur le sable les yeux dans l'eau

Quelques mots suffisent pour planter le décor, installer une ambiance, et on visualise instantanément Roch, agenouillé sur le sable, à la recherche de ses yeux tombés dans l’eau, on ne sait à la suite de quelle malencontreuse manœuvre.

 

Mon rêve était trop beau

Quel était donc ce rêve mystérieux ? Explorer les fonds marins sans mouiller son maillot de bain en jetant ses yeux dans l’eau ? A ce stade du récit, toutes les supputations sont permises, et l’auditeur,fasciné,  se perd en conjectures.

 

L'été qui s'achève tu partiras

A cent mille lieux de moi

Roch nous remet bien vite dans le droit chemin en glissant un indice capital. Il semblerait donc que le rêve trop beau concerne très directement une personne qui selon toute probabilité, pourrait être la Hélène du titre. Difficile cependant de l’affirmer avec certitude puisqu’il utilise le tutoiement. Un moment j’ai pensé qu’il s’adressait à moi, mais ce n’est pas possible, je n’ai jamais fréquenté Roch Voisine en été. Mettons alors qu’il s’agisse bel et bien d’Hélène, sans doute une surveillante de plage ou une vendeuse de beignets à la criée qui, une fois la saison terminée, prend l’avion pour retourner dans sa maison (j’ignore précisément ce que font « 100 000 lieues », mais ça doit être drôlement loin, d’où « ’avion » et non pas « 103 Peugeot » ou « pédalo » ).

 

Comment oublier ton sourire ?

Roch a raison. On peut oublier tout un tas de choses, comme de remettre des sous dans le parcmètre, de prendre sa liste de course pourtant mise en évidence par un énorme magnet « Vache qui rit » sur la porte du frigidaire, de récupérer sa belle-mère à la sortie des WC sur un parking d’autoroute un jour de grand départ en vacances, on peut tout oublier, sauf un sourire (surtout si la personne a une feuille de salade coincé dans les incisives).

 

Et tellement de souvenirs

Pour les souvenirs, Roch fait sans doute allusions aux beignets à moitié prix, ou aux leçons de natation à l’œil dont il a pu bénéficier tout au long de la saison estivale.

 

Nos jeux dans les vagues près du quai
Je n'ai vu le temps passer

On ignore tout de la nature de ces activités ludiques, mais on peut imaginer, vu que le terrain de jeux se situe « près du quai » qu’il s’agissait principalement d’éviter les galettes de mazout qui pullulent généralement à ces endroits. On comprend dès lors qu’il n’a pas vu le temps passer, d’autant que les réjouissances devaient probablement se poursuivre avec une longue séance de décrottage en règle des doigts de pieds maculés de pétrole et autre composant chimiques hautement toxiques.

 

L'amour sur la plage désertée

Le fait que Roch précise une nouvelle fois que la plage était vide de tout touriste en short et en tongs nous conforme dans l’idée d’une récente marée noire, peu propice, comme chacun le sait, aux rassemblements estivaux. Cela prouve, par ailleurs, la force de l’amour qui unit ses deux êtres. Car il faut beaucoup s’aimer pour accepter de se rouler dans le goudron tout en faisant mine d’apprécier l’expérience.

 

Nos corps brûlés enlacés

Evidemment, cette abnégation dictée par l’amour ne va pas sans quelque dommage collatéral.

 

Comment t'aimer si tu t'en vas
Dans ton pays loin là-bas

Là, Roch pose la question essentielle, qui taraude tout amoureux digne de ce nom. Comment aimer quand l’autre est parti, au travail ou au pain, et a fortiori lorsqu’il se trouve à plus de 100.000 lieues de là ? Techniquement cela paraît difficile, même si les progrès de la technologie et des mœurs combinés apportent un début de solution : web cam hot, sex-phone, etc. Pour sa part, Roch n’apporte aucune réponse (car, rappelons-le, il est tout occupé à chercher ses yeux tombés au fond de l’eau).

 

Hélène things you do make me crazy bout you

Pourquoi Roch introduit-il soudainement dans son texte l’usage d’une langue étrangère ? Effet gratuit ? Simple fanfaronnade de l’artiste désirant faire étalage de son parfait bilinguisme ? Pas du tout, Cette pratique audacieuse a de toute évidence pour fonction de « crypter » un tant soit peu des propos sans doute jugés un peu trop polissons par leur auteur. Une traduction s’impose : « Hélène, les trucs que tu fais me rendent fou à ton endroit ». On l’aura compris, la dénommée Hélène a tout d’une sacrée gourgandine pour laquelle, on peut le supposer, le tourniquet bulgare et la brouette tonkinoise n’ont plus de secret. Et l’on comprend mieux dès lors la réticence de notre ami hockeyeur à l’idée de la voir partir.

 

Pourquoi tu pars reste ici j'ai tant besoin d'une amie

Visiblement, Roch ne s’est absolument pas préparé à une abstinence qui semble pourtant aussi inéluctable que prévisible . Là où l’on réalise la pureté et la profondeur de ses sentiments, c’est qu’il n’a même pas l’idée de penser que des vendeuses de beignets, il y en a encore un paquet jusqu’à la fin du mois de septembre, et des drôlement girondes, en plus. Pas certain cependant que toutes acceptent de se rouler dans le mazout.

 

Hélène things you do make me crazy bout you

Voir plus haut. (Cette Hélène a vraiment l’air de valoir le coup)

 

Pourquoi tu pars si loin de moi
Là où le vent te porte loin de mon cœur qui bat

En bon poète, Roch est persuadé qu’Hélène, pour rentrer chez elle, va se poster à un endroit bien dégagé avec ses valises, et attendre que le vent vienne la chercher pour la déposer devant sa cage d’escalier. Dans la vie réelle, les choses ne se passent pas comme ça, ce qui est dommage d’ailleurs, car avec le vent pas de problème d’attente interminable à la douane de l’aéroport. Pas de Duty free non plus, il est vrai.

 

Hélène things you do make me crazy bout you

Voir plus haut (Bon sang ! Mais cette Hélène est un véritable démon !).

 

Pourquoi tu pars reste ici reste encore juste une nuit

Visiblement, il suffit d’une petite nuit supplémentaire pour que Roch fasse définitivement le tour de la question et qu’il n’y revienne plus. Pour Hélène cette demande doit être aussi humiliante que décevante, elle s’attendait tout de même à un peu plus de classe de la part d’un hockeyeur canadien. En fait, nous supputons, car présentement la chanson ne dit pas quelle fût la réaction d’Hélène. Au lieu de cela, Roch préfère parler de lui, encore et encore,et pleurnicher complaisamment sur sont sort. Et vu que son imagination est plutôt limitée, il recommence tout au début :

 

Seul sur le sable les yeux dans l'eau
Etc, etc, etc.

 
Roch en vérité n’est qu’un bel égoïste (doublé d’une grosse feignasse).

Hélène, je t’en prie, si tu me lis, entre vite en contact avec moi pour me raconter comment tout cela s’est terminé. As-tu cédé aux impérieux désirs de cet homme sans scrupule ? Comment s’est passé le voyage de retour?As-tu pensé à acheter deux cartouches de cigarettes et un litre d’alcool fort au Duty Free de l’aéroport ?

 

Roch cherche ses yeux

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Published by Aloysius Chabossot - dans Comment écrire un roman
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16 avril 2008 3 16 /04 /avril /2008 18:50


 


Voilà donc, habillés comme il se doit des scintillants atours de la rigueur scientifique, les résultats du grand sondage récemment lancé ici même.

Je tiens d'ores et déjà à remercier chaleureusement les 154 personnes qui ont cru bon prendre sur leur temps de loisirs afin de cliquer sur l’une des 7 réponses proposées à la question « Qu’écoutez-vous lorsque vous écrivez ? », et j’imagine avec un effroi rétrospectif l’irréductible dilemme qui a pu parfois s’emparer d’elles lorsqu’il leur a fallu choisir entre « du trash-speed-metal » et « l’intégrale d’Annie Cordy remastérisée en 48 bits » (c’est toujours le problème lorsque l’on possède une trop grande ouverture d’esprit).

Passons si vous le voulez bien à l’analyse des réponses (si vous ne voulez pas, passons plutôt au salon, nous y serons plus tranquilles pour prendre le café).

Partant du postulat que ce qu’on écoute va de près ou de loin influencer notre travail, il est dès lors aisé de tirer quelque enseignement pratique de ce petit sondage. Nous notons de prime abord qu’une majorité, certes relative, écoute avant toute chose le silence (qui lui-même est souvent relatif, surtout lorsqu’on habite à deux pas du périphérique). Ces gens-là ont raison, ces gens-là sont indubitablement sur la bonne voie. En effet, l’idée vous serait-elle venue, jeunes garnements, de passer votre Bac de Français avec un Walkman sur les oreilles ? J’en entends déjà qui s’exclament, au nom de la sacro-sainte inspiration : « Ah oui ! Mais attention c’est pas pareil du tout, le bac de Français c’est du travail, alors que l’écriture, c’est de l’Aaaaaaaaaart » Et ils insistent bien sur le « A » de Art, histoire qu’on comprenne bien à quel point on est à côté de la plaque. Vaste plaisanterie en vérité ! L’écriture est peut-être de l’art, si ça vous chante, mais c’est avant tout un travail ! Pour lequel une concentration maximale est nécessaire. Si vous n’avez pas conscience de cela, vous vous exposez à de terribles désagréments que nous allons découvrir bientôt…

Poursuivons avec le deuxième du classement. « Vos envies », avec 27,92% de votes. Ce résultat tout a fait honorable prouve une fois de plus qu’une part non négligeable des personnes interrogées répondent la plupart du temps absolument n’importe quoi. Car effectivement, on n’écoute pas ses envies, du moins pas avec un lecteur de CD ou un iPod. Il était donc grotesque de choisir cette réponse, et je m’empresse de préciser que la sévérité de mon jugement n’est en rien altérée par le fait que c’est moi qui aie rédigé le sondage en question.

Passons vite au troisième, car je sens que mes nerfs me lâchent.

Ainsi, 13,63% des écrivains en devenir écoutent du « trash-speed-black-metal ». C’est une véritable surprise, d’autant que j’ignorais jusqu’à présent l’existence d’un tel style musical, qu’on imagine intuitivement pour le moins vigoureux et un tantinet brutal, tant dans la forme que dans le fond. Forcément, la question se pose : peut-on, en écoutant du « trash-speed-black-metal » écrire autre chose que « AAAAAAAAAAAAArrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrgggggggggggggg RRRReuuuuuuuuuhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh NNNiiiaaaaaaaaaaaaaaaaaaarrrrrrrrrg… » (si vous êtes dans ce cas de figure et que vous souhaitez répondre, n’hésitez pas à laisser un commentaire ci-dessous. Abstenez-vous toutefois d’écouter votre musique préférée en le rédigeant).

Nous découvrons ensuite que 9,74% écoutent l’Adagio d’Albinoni. Mais il est fort possible, à l’heure où j’écris ces lignes, que le chiffre soit tombé à 4, voire à 3%. Car il est scientifiquement prouvé que l’écoute répétée de cette œuvre musicale entraîne des ouvertures compulsives de fenêtres, de veines et de robinet de gaz. Un conseil donc, réservez plutôt cette chose à la rédaction de votre testament, à condition que vous n’ayez ni trop de biens ni trop de famille : le temps vous ferait défaut et on se battrait chez le notaire pour savoir, en définitive, à qui reviennent les couverts en argent hérités en leur temps de la tante Yvette (celle qui avait de la moustache et qui sentait le café au lait).

Quelle n’a pas été ma stupeur de découvrir que 7,14% des écrivains fréquentant ce blog écoutaient NRJ, cette sympathique radio dont le seul but avoué a toujours été l’élévation des âmes de notre belle jeunesse. Voilà en vérité une nouvelle proprement incroyable et tout à fait encourageante pour l’avenir de la littérature française. Pour être honnête, je pensais qu’une seule personne aurait coché cette case : Victoria Canard. Mais c’eût été de sa part une boutade, car Victoria n’écrit pas (ou alors elle me l’a caché…) sinon des mails, sauf en ce moment, du moins pas à moi… Mais c’est une autre histoire !

A l’inverse, j’ai du mal à cacher ma déception face aux pauvres 3,24% que recueille « Mes voisins qui s’engueulent ». Pourtant quel formidable gisement fictionnel que ces prises de bec à jet continu, entrecoupées de claquement de talons hystériques sur le plancher et de vaisselles brisées sur le mur. Bon, évidemment, si le jet est vraiment continu, ça finit par énerver, et alors là, adieu l’inspiration, bonjour les idées de meurtre. Une solution que vous suggère amicalement : passez-leur, en continu et à très fort volume, l’Adagio de Machin-Chose (en ayant bien sûr pris soin de vous équiper de bouchons phoniques efficaces).

Lanterne rouge du classement, nous trouvons l’intégrale d’Annie Cordy remastérisée en 48 bits, qui recueille un piteux 2,59%. Le plus stupéfiant n’est pas tant ce chiffre ridicule qui tutoie dangereusement le score de Marie-Georges Buffet aux dernières élections présidentielles que le terrifiant constat suivant : 2 personnes sur 154, en âge de lire et écrire à peu près couramment, écoutent Annie Cordy, et qui plus est, son intégrale. Alors que, vous en conviendrez aisément, un bon « Best of » aurait largement fait l’affaire (La pétulante fantaisiste d’origine belge n’a pas produit que des chefs d’œuvres, surtout dans les années comprises entre 1978 et 1991, que les spécialistes (ceux qui font autorité, pas les autres) s’entendent pour qualifier – à juste titre – de « période noire » de l’artiste).

Je vous embrasse tous sur le front et vous dis « A bientôt ! »

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Published by Aloysius Chabossot - dans Comment écrire un roman
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6 avril 2008 7 06 /04 /avril /2008 11:46

Je fais partie de ceux qui pensent (nous sommes 47) qu’il existe une chanson adaptée à chaque occasion de la vie,  que cette  occasion soit triste ou gaie. Et lorsque nous écoutons cette chanson, au hasard d’une programmation radiophonique ou dans un supermarché de banlieue, elle contribue comme par magie à regonfler d’espoir notre petit cœur d’enfant (ou à le gonfler encore plus, c’est selon). Pour ne vous citer qu’un exemple, il m’est arrivé une fois, il y a bien longtemps, de perdre sur une plage du sud de la France une bonne amie prénommée Aline (en fait, je m’étais endormi sous le parasol et lorsque je me suis réveillé, elle n’était plus là. J’ai appris, mais bien plus tard, qu’elle était partie prendre des leçons de natation avec un de ces gommeux bodybuildés et imberbes qui se font pompeusement appeler « maître-nageur ». Le plus étonnant dans cette histoire est qu’elle se piquait d’être vice championne de la Creuse en 400 mètres nage libre. J’ai parfois du mal à suivre la logique féminine).
Inquiet, je pars bien évidemment à sa recherche, et bientôt ma quête me mène devant la pizzéria-friterie de la plage, plaisamment nommée « Chez Luigi », au moment précis où le juke-box qui équipait cet endroit se met à jouer « Aline », du grand chanteur néo-romantique Christophe. Là, pétrifié par l’émotion, je reste, les bras ballants, les pieds tremblotant dans le sable, à écouter les paroles, tandis qu’un caniche abricot, ayant probablement confondu mon mollet avec un réverbère, entreprend de se soulager sur mes tongs achetées de la veille…
Bon, je réalise que ce n’est pas un bon exemple, vu que juste après j’ai voulu me suicider en tentant de m’introduire dans le four à pizza de chez Luigi.
Je pense cependant que vous avez compris le principe.
Mais il arrive parfois que pour une occasion donnée, on soit impuissant à la trouver, cette fameuse chanson. Pourtant on sait qu’elle existe (enfin, les 46 qui pensent comme moi savent qu’elle existe). Elle est là, tapie quelque part au fond d’un garage, sous la forme désuète d’une galette de vinyle noir, ou encore pire, étalée sur une musicassette  poussiéreuse se languissant dans la boite à gants d’une Simca Gordini… Elle est peut-être là, à deux pas (mon voisin à une Simca Gordini). Mais comment le savoir ?
Et puis un jour, alors que l’on espérait plus, elle apparaît, au détour du hasard, et sa puissance évocatrice que l’outrage du temps a miraculeusement épargnée (en général c’est un vieux machin) submerge votre âme et s’empare de votre corps( surtout si la musique est entraînante).
C’est précisément ce qui m’est arrivé il y a peu.
Voilà, un jour, j’étais au téléphone depuis une petite heure avec Victoria Canard, occupé à l’entretenir de ma passion pour les renoncules (comme vous les savez, la renoncule est un genre de plante herbacée, annuelle ou vivace, de la famille des Renonculacées qui regroupe près de 1 500 espèces à travers le monde, c’est absolument fascinant) lorsque soudainement elle me raccroche au nez… Interloqué, à la limite de l’hébétude, je fixe mon combiné le regard empli d’une légitime incompréhension. Il est vrai que Victoria Canard possède son petit caractère, mais tout de même ! Pourquoi tant de haine ? Je raccroche le téléphone et me mets à tourner en rond autour de ma table de salon. « Bon sang » me dis-je à moi-même, mais pas trop fort pour ne pas me réveiller, « Bon sang, il doit exister une chanson sur le raccrochage au nez qui serait sans doute à même de m’indiquer la voie à suivre dans cette terrible épreuve… Oui, mais où ? »
Cette quête infernale, mes amis, a duré un an. Douze longs mois durant lesquels j’ai vécu un véritable calvaire : je ne mangeais pas, je ne dormais pas, je  ne regardais plus la télé, à part « Question pour un champion ». Et puis un beau jour, alors que je m’étais résolu à devenir une loque humaine (j’étais à deux doigts de m’inscrire à l’UMP), la délivrance arriva enfin, le sauveur s’appelait Frédéric Chawa. Ne me demandez pas qui est Frédéric Chawa. Eventuellement demandez-lui directement. Mais sait-il lui même qui il est ? Mais trêve de balivernes philosophantes, passons à l’essentiel.
Sur une musique dont l’apparente rusticité contribue  à magnifier le propos en lui offrant un écrin de bois brut (avec de-ci de-là quelques échardes), Frédéric Chawa venge définitivement en deux petites minutes toutes les personnes ayant été victime un jour ou l’autre d’un raccrochage au nez. Et c’est le cœur serré et les yeux révulsés par l’émotion que nous entonnons avec lui la question qui taraude chacun d’entre nous : « Mais qu’est-ce que c’est ces façons-là ? »

 

Pour écouter "Ne raccroche pas", cliquez sur ce téléphone.

 


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29 mars 2008 6 29 /03 /mars /2008 08:38

Face à la demande générale (une personne) j'ai décidé d'ouvrir une nouvelle rubrique, "le coin du musicologue". Certains diront que tout cela n'a que peu à voir avec l'écriture d'un roman. Certains auront sans doute raison. Mais certains ne sont pas obligés de lire, et peuvent passer leur chemin d'un air dédaigneux. Pour tous les autres (au moins une personne, donc) : bienvenue dans cette nouvelle rubrique !


Le 19e siècle a eu Arthur Rimbaud, les années 80 Rony Emanuel.
Rony, Belge de naissance, a commencé très tôt sa carrière, sans doute pour disparaître plus vite. Et force est de constater que, dès 1981, on perd sa trace une bonne fois pour toute. Est-il, à l’instar de son illustre prédécesseur, parti en Ethiopie revendre des armes aux autochtones, où s’est-il plus modestement reconverti dans la gérance de superette aux envions d’Anvers… Nul ne le sait.
C’est bien dommage, car « Disco laser » laissait présager d’une belle carrière. Un peu comme s’il était conscient qu’il livrait là son chant du cygne, Rony laisse sans aucune retenue éclater tous ses talents : mélodie envoûtante, paroles qui laissent entrevoir une sensibilité à fleur de peau, le tout enveloppé d’une rythmique implacable et littéralement hypnotisante.
Rony chante les déboires amoureux du laideron acnéique au cœur trop tendre qui convoite la plus belle fille de la soirée (alors qu’il aurait été plus simple, et sans doute plus efficace de convoiter un laideron acnéique de sexe féminin, cela existe). Las, la belle ne cesse de jouer l’indifférente tout en tournoyant tel un derviche sur la piste de danse illuminée. Pourtant, Rony avait sorti le grand jeu en lui proposant de lui offrir un café crème (il avait économisé la monnaie du pain spécialement pour l’occasion). Mais rien n’y fait, et Rony se retrouve seul et stupide au milieu de la piste de danse. Toutefois, contre toute attente, la demoiselle sans doute prise de remords accepte finalement de rire et de danser avec notre héros, en lui précisant cependant qu’elle ne l’aime pas. Rony, bon bougre dans le fond, semble s’en contenter, et la chanson s’achève somme toute sur une note d’optimisme bienvenue et relativement euphorisante pour tous les laiderons acnéiques au cœur trop tendre.


  Pour écouter, "Disco Laser" cliquer sur cette boule à facettes

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19 mars 2008 3 19 /03 /mars /2008 22:03

Le Salon du livre, c’est un peu comme le salon de l’agriculture, sauf que les produits du terroir sont remplacés par des livres, et les bovidés/ovidés parqués dans des étables de pacotilles par des auteurs assis à des tables, occupés à griffonner sur la page de garde de leur chef d’œuvre des choses absconses destinées à des personnes qu’ils ne connaissent même pas.
Cette vision à la froideur clinique mais néanmoins frappée au coing du bon sens m’est tout simplement dictée par une pratique assidue dudit salon durant de longues années. Néanmoins, cette fois-ci cet événement mondain revêtait un caractère inédit et puissamment euphorisant dans la mesure où je me trouvais pour la première fois à la place de la vache placide qui meugle en regardant passer les badauds.
J’arrivais donc sur les coups de 14h, accompagné de la pétillante Victoria Canard qui m’avait fait l’honneur de sa lumineuse présence, et me dirigeais vers l’entrée VIP, brandissant à qui voulait la voir la fameuse carte d’accréditation sur laquelle étaient inscrites en lettres capitales : « Professionnel ». Avisant une file d’attente longue comme un bras de mer, je glissai à Victoria : « Vous allez voir, grâce à mon passe-partout de professionnel, nous allons passer devant tous ces manants ! » Et je partais aussitôt dans un rire démoniaque dont certains se souviennent encore, les poils du coup tout hérissé et la peau de poulet sur les bras.
En fait, non. Il s’agissait de la queue des professionnels, que nous rejoignîmes, contraints et la tête basse, un peu honteux de nous être gaussés du bas peuple dont – il fallait s’y résoudre - nous faisions bel et bien partie.
Je vous passe les détails (le monsieur de la sécurité refusant obstinément  de laisser entrer Victoria sous le fallacieux prétexte qu’elle n’avait pas d’invitation, j’ai dû traverser tous le salon en courant pour lui en trouver une) nous finissons par arriver sur le stand Milan, où je prends place à ma table, une pile de mon ouvrage soigneusement rangée devant moi.
Et puis j’attends…
Comme il fallait s’en douter, la patience de Victoria Canard atteint rapidement ses limites et c’est comme hypnotisée qu’elle se dirige vers la boulangerie « Chez Paul » que la providence a eu soin de placer à quelques enjambées de notre stand.
Sur ces entre faits une demoiselle se présente à moi (dont hélas, trois fois hélas, j’ai oublié le nom) et sort de son sac un exemplaire de mon ouvrage. Inquiet je m’enquiers de savoir si elle l’a volé, mais elle me rassure aussitôt : elle l’a acheté il y a quelque temps déjà, et l’apporte exprès pour que je gribouille dessus.
« Voilà une séance de dédicace qui commence bien » me dis-je. Las, Victoria revenue entre-temps de son expédition boulangère me glisse à l’oreille que Marc Lévy, Anna Gavalda et Harlan Coben viennent d’arriver (ils sont drôlement bien renseignés chez Paul). En quelques minutes, les travées se vident et ne restent bientôt plus, en guise de chaland, que quelques papiers gras mollement agités par l’air conditionné. Connaissant le peu d’intérêt que les papiers gras portent en général aux séances de dédicace, je me dis cette fois-ci que l’affaire est bien mal engagée. Contre toute attente, deux jeunes hommes, l’air cependant soupçonneux, marquent un arrêt devant ma table. Désignant la couverture du livre, l’un d’eux demande sur un ton suspicieux : « C’est sérieux ?» A peine ai-je le temps de déclamer la première phrase de mon argumentaire que Victoria s’écrie, la bouche pleine de sandwich jambon-gruyère : « Ché vachement drôle ! ».Les deux la regardent… puis se regardent.
Puis nous tournent le dos et se dirigent d’un pas dédaigneux vers le stand de Pif-Gadget qui propose des abonnements tout à fait compétitifs à l’occasion du salon.
J’émets prudemment quelques doutes quant à la pertinence de cette intervention, mais Victoria n’en n’a cure et continue, imperturbable, de dévorer son sandwich.
Le temps s’égrène lentement…
Une dame me sort des ma torpeur en me secouant l’épaule : « Dites, c’est pour les enfants, ce livre ? », mais un grossier personnage lui passe devant et demande à brûle-pourpoint : « Vous pouvez m’indiquer le stand de Marc Lévy ?». Poliment je lui réponds que non, mais que je peux lui indiquer l’accueil qui pourra lui indiquer où se trouve le stand de Marc Lévy.  Je m’apprête à me rendormir lorsque qu’une annonce retentit dans les haut-parleurs du salon « En raison d’une vérification technique, nous prions nos aimables visiteurs de se diriger vers la sortie la plus proche ». Dans un éclair de lucidité salvateur, je comprends sur-le-champ que cette prétendue « vérification technique » n’est rien d’autre qu’une terrifiante alerte à la bombe, et qu’on va tous mourir. Mu par un admirable instinct de survie, je prends Victoria Canard par le bras et nous courrons ainsi durant 50 minutes en direction de la porte de Versailles, avant de nous réfugier dans une sanisette Decaux juste à côté du périphérique. Vers 21 heures, estimant que le risque est suffisamment éloigné, je risque une tête à l’extérieur. Tout paraît normal. Lorsque je veux informer Victoria Canard que nous sommes enfin hors de danger et que nous pouvons rejoindre en toute quiétude la bouche de métro la plus proche, je m’aperçois qu’elle a disparu.
 

Elle refuse depuis de me parler, et j’ai appris par hasard qu’elle allait se rendre le week-end prochain au salon de l’érotisme avec un certain Maurice S.

  ac-au-salon2-copie-1.jpg

  Impossible de repartir avec une lampe, elles étaient vissées aux tables.

_______________________________________________________________________________________

Trêves de plaisanterie, un grand merci à tous ceux qui sont venus me voir :

 

-         Inconnue (si vous passez dans le coin, rappelez-moi votre nom !)

Antonia (qui fréquente le site, mais n'ose pas poser de commentaire... Allez Antonia, lancez-vous !)

-         Guiseppe Salamone (merci encore pour le café !)

-         Mélodie (qui ne connaissait pas le livre avant de venir au Salon !) (Mélodie et non pas Mélody... Merci Victoria...)

-         Stéphane Lavaud (le seul, le grand, l’unique)

-         François Martini, romancier (son site : http://fr.martini.free.fr/livres/index.html)

-         Lucile (qui n’a pas été sélectionnée pour un concours de nouvelles, mais qui le sera sûrement pour le prochain !)

-         - Sébastien Fritsch, romancier (« le sixième crime », « le mariage d’Anne d’Orval »)

http://sebastienfritsch.canalblog.com/

 

Je sais qu’il y en a eu quelques autres, mais ma mémoire brinquebalante me fait défaut. N’hésitez pas à vous manifester !

 

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Published by Aloysius Chabossot - dans Actualité littéraire
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12 mars 2008 3 12 /03 /mars /2008 22:36

Monsieur Chabossot, cher Aloysius,

J’ai une ambition dans la vie : devenir une grande vedette, comme par exemple Tatiana de l’Ile de la tentation. Seulement j’ai passé le casting pour la prochaine saison et ces idiots ils n’ont pas voulu de moi à cause de mes lunettes à double foyer et mes moustaches. Ils sont trop nuls, c’est pourtant ce qui fait tout mon charme, enfin c’est ce que dit Monsieur Brissot, le gérant de la station-service à côté de chez moi, qui s’y connaît bien en esthétique vu qu’il a déjà organisé deux concours de ticheurt mouillé à la salle des fêtes du village (je devais y participer mais au dernier moment Monsieur Brissot m’a dit que je pouvais pas parce qu’il y avait plus d’eau, c’est rageant !). 

Bon alors je me suis dit que si de ce côté-là ça marchait pas, il fallait que je trouve autre chose de moins dur pour devenir célèbre. J’ai beaucoup réfléchi pendant que je coiffais Madame Gimbert au salon et j’ai finalement trouvé : je vais devenir écrivain de livre. Parce que j’ai remarqué que presque tout le temps les écrivains sont largement moins beaux que moi, et souvent carrément moches, alors il n’y a pas de raison pour qu’ils réussissent et puis pas moi. Par exemple, vous, quand on regarde votre photo sur le blog, sans vouloir vous vexer faut bien dire que vous faites pas vraiment envie, et d’ailleurs si vous voulez un conseil, vous présentez pas à un concours de ticheurt mouillé, vous avez aucune chance. 

Bon maintenant que mon choix est fixé, que je sais que je vais devenir écrivain, le plus dur est fait, sauf quand même qu’il faut que j’écrive un truc, oui, parce que sinon on risque de dire que je suis pas un vrai écrivain et tout mon plan va tomber par terre. Alors voilà Monsieur Chabossot, si vous pouviez me donner un coup de main ça serait drôlement gentil de votre part. Je vous donne quelques tuyaux pour que vous vous mettiez très vite au travail. Alors je voudrais un livre assez gros quand même, genre 300 pages, écrit petit parce que ça fait staïle et surtout sans image parce que ça fait tartignolle, sauf sur la couverture où il y aura une photo de moi en maillot de bain que M. Brissot à prise à la piscine municipale l’été dernier, qu’est trop bien. Voilà. Bon, pour l’histoire, j’ai pas trop d’idée et je préfère vous faire confiance. Mais quand même j’aimerai bien que dans les héros il y ait Jean Dujardin (parce qu’il est trop beau) et aussi Léonard Caprio (parce qu’il est trop beau). Pour le reste vous faites comme vous voulez, vous avez patte blanche. Ah si ! Quand Même, j’aimerai bien que ça se passe entre Monaco et Clermont-Ferrand, et qu’il y ait deux ou trois scènes de sexe avec Léonard et Jean (mais pas ensemble, hein !) 

Bon, j’attends votre réponse.

Et vu que je suis pas une ingrate, je vous ferai inviter sur le plateau de Fogiel (dès que je le connaîtrai)

Salutations distinguées, 

Caroline Muzoc 
_________________________________________________________________________

Chère Caroline, 

Contrairement à ce que vous pouvez penser, j’ai participé à de nombreux concours de ticheurts mouillés dont je suis plus d’une fois sorti victorieux, comme en atteste la série de trophées Marlboro qui trônent fièrement dans mon armoire à souvenir sise en face de mon bureau. Fort de cette expérience, je puis si vous le souhaitez vous prodiguer de judicieux conseils dans un domaine qui, je l’avoue modestement, n’a plus de secret pour moi (en voici un pris au hasard, juste pour le plaisir : n’oubliez pas de vous munir d’une bouteille d’eau avant de concourir).

 En revanche il va m’être difficile, en dépit de la belle éloquence dont vous avez su parer votre demande, de vous aider dans votre quête, car je dois absolument classer ma collection de timbres et surveiller une tarte aux pommes que je viens de mettre au four. Mais pourquoi ne pas essayer par vous-même ? Les éléments que vous me fournissez sont amplement suffisants pour rédiger un solide roman, qui plus est de 300 pages écrites petit.
 
 Puisque vous m’êtes sympathique (alors que, vous le noterez, je n’ai même pas encore vu votre photo en maillot de bain) voici une petite trame sur laquelle vous allez pouvoir broder à l’envie :
 
Jean et Léonardo, deux sympathiques SDF cocaïnomanes de Clermont-Ferrand décident, afin d’échapper à l’IGF, de rejoindre Monaco en stop. A la sortie de la ville, ils sont pris par un agriculteur en retraite et en 4L qui les dépose à Saint-Flour en passant par la R11 (c’est sans doute la partie la moins intéressante de l’histoire).
Nous les retrouvons ensuite marchent la tête basse et le moral en cale sèche le long d’une route poussiéreuse, le pouce mollement tendu en direction de la circulation impassible. Soudain, une Lamborghini rouge s’arrête à leur hauteur dans un crissement de pneu assourdissant. Il s’avère que la luxueuse voiture est conduite (à tour de rôle) par deux sœurs siamoises nymphomanes qui entreprennent sans plus attendre de réviser l’intégrale du Kama Sutra avec nos deux acolytes (tout en gardant un œil sur la route).
Chemin faisant, cahin caha, ils finissent par arriver à Monaco. Nos deux compères décident séance tenante de s’infiltrer dans l’armée de la principauté et d’en corrompre les plus hauts dirigeants en leur offrant des barres chocolatées. Fort du soutien de leurs nouveaux amis, ils font un putsch, renversent Albert de Monaco et prennent sa place sur le trône. Grâce à la caisse noire du Palais, ils importent un prestigieux chirurgien de Buenos Aires qui va opérer les siamoises afin de leur rendre une vie normale. L’opération est une réussite, mais les ex-siamoises n’ont plus qu’une jambe chacune pour se déplacer, et l’une d’elle tombe dans le grand escalier du palais en se brisant le coup. Fou de douleur, Jean tente de suicider en fondant le Parti Communiste Monégasque (PCM). Le chirurgien argentin, avec toute la puissance de conviction de son BAC+5 le ramène in extremis à la raison. Par la même occasion il lui apprend qu’il va prochainement changer de sexe, et Jean promet de tomber fou amoureux de lui dès qu’il s’appellera Carlotta.

L’histoire s’achève sur le mariage en grande pompe de Jean et Carlotta et de Léonardo et le morceau de siamoise qui reste.

En espérant vous avoir été utile, 

Votre AC 

PS : N’oubliez pas de m’envoyer votre photo.


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 Il semblerait que cette photo soit un faux grossier,
sinon comment expliquer l'absence de lunettes à double foyer ?

 

 

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Published by Aloysius Chabossot - dans Courrier des lecteurs
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21 février 2008 4 21 /02 /février /2008 19:44
J'ai été interrogé par Thomas Chauvineau de France Inter samedi dernier dans le cadre  de l'émission Eklectic. Ce grand moment de bonheur radiophonique (je m'avance un peu, je n'ai évidemment pas entendu le résultat)  passera sur les ondes  samedi 23 à 11 heures. Enfin, à peu près... En fait je crois que c'est plus près de la fin de l'émission, c'est-à dire midi... En fait j'en sais rien...

En fait, ça n'a pas beaucoup d'importance !


EDIT :
Si vous avez malheureusement raté ce moment  inoubliable, voici l'occasion de vous rattraper à bon compte :  cliquez ICI pour télécharger le fichier RAM  de l'émission (il faut realplayer ou mieux : Windows Media Classic).

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